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Saint-Tujan au Cap-Sizun

Chanoine Henri Pérennès · Histoire Locale

Monographie du chanoine Henri Pérennès sur Saint-Tugen (Saint-Tujan), en Primelin, grand sanctuaire du Cap-Sizun (1936, 128 p.).

Daté du 1 janvier 1936. Ajouté le 18 septembre 2026, par Loic.

Chanoine H. Pérennès, Saint-Tujan au Cap-Sizun, Quimper, Impr. cornouaillaise, 1936. BnF, Gallica (ark bpt6k165653q). Domaine public.

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_} Chanoïine H. PÉRENNÈS
dambdler de l'Hôpital de Quimper
Vice-Président
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AU CAP-SIZUN

Quimper, Imprimerie Cornouaillaise
1936 7, ruc des Gentilshommes

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SAINT-TUJAN

AU CAP-SIZUN

So

IMPRIMATUR :
Quimper, le 20 Avril 1936.

1 AuGusre COGNEAU,

Evêque DE THABRACA,

Chanoine H. PÉRENNÈS

Aumônier de l'Hôpital de Quimper

Vice-Président
de la Société Archéologique du Finistère

TUJAN

|

RE

Cornouaillaise

imerie

Quimper, Impr

7, rue des Gentilshommes

1936

La notice que publie Monsieur le Chanoine PÉRENNES
est destinée à remplacer la brochure éditée antérieurement
par un prêtre vénérable, Monsieur l'Abbé VELL Y, qui, retiré
sur ses vieux jours dans une maison voisine, s'élait constilué
le gardien de la chapelle Saint-Tujan et le guide des nom-
breux pèlerins et touristes qui venaient la visiter.

L'étude de Monsieur PÉRENNÉS diffère notablement
de celle de son devancier. Elle se recommande par un plan
plus rationnel et une meilleure distribution des matières — par
le soin apporté à distinguer la réalité historique des détails
légendaires que l'imagination populaire y a superposés —
par la mise en œuvre de nombreux documents d'archives
qui viennent utilement corroborer les indications fournies
par les monuments — par la reconstitution de l'histoire de
la famille des du Ménez, du château de Lézurec, qui fut en
relations fréquentes avec Saint-Tujan.

Le texte est enrichi de nombreuses gravures, dont plu-
sieurs inédites, spécialement celles qui représentent la clef
et le calice de Saint-Tujan.

Je félicite vivement l'auteur de ce travail, qui contribuera
grandement à faire connaître le beau sanctuaire breton élevé
à la gloire de Saint Tujan et inspirera aux pieux pèlerins
une plus grande confiance en sa protection.

Quimper, le 20 Avril 1936.
+ Auguste COGNEAU,

ÉvêQue De THABRACA,
Auxiliaire de l’Évêque de Quimper et de Léon.

SAINT TUJAN
HISTOIRE ET LÉGENDE

Quiconque a le regard curieux et attentif
observera, près du porche méridional de la cha-
pelle de Saint-Tujan, une stèle polygonale en
granit taillé, haute d'environ O0 m. 80. Une petite
croix y est gravée. Hors du cimetière, du côté
Midi, adossée au coin d’une maison, est une
autre pierre, ayant la forme d’un gros galet,
avec cupule à l’extrémité. Près d’elle, un bloc
de granit, de forme oblongue, porte aussi une
cupule au sommet.

Au bourg de Primelin, au Sud-Est de l’église
paroissiale, on aperçoit, encastré dans le mur
du cimetière, un long et grêle menhir de pierre
brule. Que l’on avance de quelques mètres dans

6 SAINT-TUJAN

le sentier qui borde le côté Sud du cimetière,
on y découvre encore un gros galet, de forme
ovoïdale, avec cupule au sommet.

A 300 mètres environ au Nord du bourg, à
droite de la route d’Audierne à la Pointe-du-
Raz, dans ce que l’on appelle Parou Kerscoulet
«les champs du village de Kerscoulet», se
voient deux blocs de granit, à une distance
d’une cinquantaine de mètres l’un de l’autre.
Celui qui est voisin de la première maison est
à peine taillé ; le second est taillé sur le plan
d’une sphère, avec de 0 m. 50 à 0 m. 60 de dia-
mètre. Un troisième bloc est en terre, un peu
plus vers le Nord. Les trois pierres forment les.
sommets d’un triangle (1).

Qu'est-ce à dire ?

Ces pierres d’un genre particulier, surtout
les stèles à pans multiples, et les pierres à
cupule en forme de galets, se rencontrent assez
souvent dans le voisinage de nos églises et de
nos vieilles chapelles. Considérées comme l’ha-
bitat ou le symbole de la divinité, elles étaient
jadis, aux temps préhistoriques ou protohisto-
riques, de façon ou d’autre, l’objet d’un culte
païen. À l’époque chrétienne, l'Eglise en a fait
disparaître un certain nombre, en les faisant
briser ou enterrer. D’autres, elles les a chris-
tianisées, soit en y faisant graver une croix, ou

(1) En ce qui touche les curieuses pierres de la région de
Penmarc’h, voir Bénard, Favret... 2° Campagne de Fouilles dans
la région de la Torche et Iles Glénans, 1921.

SAINT-TUJAN 7

en les couronnant du signe de la Rédemption.
Dans d’autres cas, au lieu de supprimer les
centres de culte païen, elle y a établi ses monu-
ments religieux, églises, chapelles et calvai-
res (1).

C’est à la fin du v° siècle qu’abordèrent en
notre pays les Bretons d’Outre-Manche, chassés
par les Anglo-Saxons. Ils apportèrent avec eux
leurs traditions, leur langue, leur foi chrétienne.
De pieux missionnaires les accompagnent, qui
vont fonder nos premières paroisses. Pendant
deux siècles encore le mouvement d’immigra-
tion va continuer, et le christianisme se déve-
loppera en Armorique, jusqu’à l’époque de
V’invasion normande.

Aux préfixes de leurs noms Plou, Lan, Tré,
on reconnait sans peine ceux de nos établisse-
ments religieux qui sont primitifs (2). Et ceci
va nous aider à fixer l’époque à laquelle appar-
tient Saint Tujan.

Il existe, à notre connaissance, trois localités
sous le vocable de Landujan. Cest d’abord notre
Saint-Tujan de Primelin, qui, au xv° siècle,
s’appelle Landujan. 11] y a ensuite un Landujan
à Mahalon, et l’on y voit encore les ruines d’une
chapelle. C’est enfin le prieuré de Landujan, à
Duault, près de Callac, dans le Poher, région de

(1) À Penmarc’h, tout contre la base de la tour de l’église,
est un gros galet ovoïdal avec cupule. On l’appelle « Ja pierre
de Saint Nonna ».

(2) Largillière, Les Saints et l’organisation chrétienne pri-
mitive dans l’Armorique bretonne, pp. 27 ssq.

8 SAINT-TUJAN

l’ancienne Cornouaille. En ce qui touche ce
dernier, nous savons qu'il fut donné dans les
années 1079-1084, par Hoël, duc de Bretagne, à
l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé (1).

Saint Tujan appartient donc à la période des
origines du christianisme, dans l’Armorique
bretonne. M. Le Carguet a voulu démontrer
qu'il venait d’Irlande, mais aucun de ses argu-
ments n’emporte la conviction (2).

+
Ets

La Bretagne est le pays des légendes. La
légende devait s'emparer de Saint Tujan. Voici
ce qu’elle rapporte de lui et de sa sœur.

Dans un moment de ferveur, le Saint avait
voué à Dieu la virginité de sa sœur, et il se mit
en mesure de pouvoir réussir dans son entre-
prise. Jour et nuit, dans son monastère, il la
gardait près de lui, empêchant quelque homme
que ce fût de s’approcher d'elle ou de lui parler.
Quand il quittait son couvent, elle l’accompa-
gnait. S'il se présentait un homme, il la char-
geait sur ses épaules. Quand il ressentait de la
fatigue, il s’asseyait, et avant de laisser s’écar-
ter la jeune fille, il s’assurait qu'il n’y avait
point d'homme dans le voisinage. Pour cela, il
frappait de son bâton les broussailles et jetait
des pierres par-dessus les talus. Si un oiseau

(1) Bull. Soc. Arch. Fin., 1916, p. 346.
(2) Ibid., pp. 184 ssq.

SAINT-TUJAN 9

s’envolait d’un champ, c'était signe qu'il n’y
avait point d'homme à cet endroit, et le Saint
permettait à sa sœur de s’y rendre.

Or, la jeune fille était belle. La voyant passer
avec son frère, un adolescent s’éprit d’elle. Ne
pouvant toutefois lui parler, à cause de la vigi-
lance du Saint, il usa d’un détour. Il prit un
oiseau en main, et alla se cacher près de l’en-
droit où Saint Tujan et sa sœur avaient accou-
tumé de s’asseoir. Parvenu en ce lieu, le Saint
s'arrêta et prit des cailloux qu’il lança autour
de lui. A la première qui tomba dans son champ,
le jeune homme lâcha son oiseau, et Saint Tujan
permit à sa sœur de s’écarter. L’adolescent
s’avança aussitôt vers elle et entama la conversa-
tion. Stupéfait d'entendre une voix étrangère, le
Saint s’élança vers les jeunes gens, et, consta-
tant que vaines avaient été toutes ses précau-
lions, il s’écria dans un accès d’indignation :
« Mieux vaut commander une bande de chiens
enragés que garder une seule femme ! »

Après la mort du Saint, en raison de sa bonne
volonté, Dieu lui donna la garde de tous les
chiens enragés de la contrée (1).

(1) Bull. Soc. Arch. Fin., 1892, pp. 193-194.

LA CLEF DE SAINT-TUJAN
ET LA RAGE

Saint Tujan a pour attributs spéciaux la clef
et le chien.

Une clef, qui passe pour celle du Saint, est
conservée au presbytère de Primelin. C’est un
poinçon de fer, long de treize centimètres, muni
d’une poignée en forme de double volute, ren-
trante, et longue de cinq centimètres. Elle est
renfermée dans un étui de vieil argent qui a
la forme d’une clef ordinaire (1). Cet étui porte
gravées, sur le fond, les deux initiales R. B.,
puis, à-l’extrémité supérieure, la lettre K, sur-
montée d’une couronne (2).

Ici encore la tradition populaire a brodé,
D’après un vieux cantique breton, la clef vien-
drait directement du ciel: « Cette clef, chré-
tien, fut apportée à Saint Tujan par un ange
du firmament, quand le Saint était en prière. »,

(1) En 1663, un orfèvre reçoit 40 sols « pour avoir accom-
modé l’estuy de la clef de saint Tujan ».

(2) C’est une erreur de dire que cet étui « est monté sur
un pied de calice ».

SAINT-TUJAN li

L'origine de cette clef demeure obscure, et l’on
ne peut en préciser la date. Mais il y a là, note
Mgr Barbier de Montault, comme la réduction
d’un fau abbatial, ce qui viendrait en confirma-
tion de la tradition qui fait de saint Tujan un
abbé (1).

Une légende locale donne une autre explica-
tion qui se réfère à la construction de la cha-
pelle.

Ce sont les Anglais, affirme cette tradition,
qui ont bâti l’église de Saint-Tujan. Parmi eux
se trouvait un architecte fort habile, qui avant
de jeter les fondations du monument, en avait
taillé et disposé sur le sol toutes les pierres. Lors-
que la construction fut commencée, on remar-
qua que, le terrain étant plus mou du côté
Midi, la maçonnerie penchait. Que faire pour
conserver à l'édifice sa solidité, sans rien déino-
lir ? La solution était toute simple : au lieu de
placer la flèche sur la tour, la mettre sur l’un
des flancs. C’est ce qui fut fait, et voilà pour-
quoi nous voyons accolée à la tour massive, du
côté Sud-Ouest, une élégante flèche hexagonale.

Lorsque les Anglais, vaincus, durent quitter
le pays, ne pouvant emporter la belle église dont
il étaient si fiers, ils s'emparèrent de la clef. Or,
au cours de la traversée de la baie du Cabestan,
non loin de la côte, la clef tomba à la mer. Nul
n’en savait rien dans le Cap-Sizun, lorsqu'un
jour un pêcheur prit un magnifique « lieu ».

(1) Bull. Soc. Arch. Fin., 1916, p. 229.

12 SAINT-TUJAN

Malgré lui, cet homme se sentait poussé vers la
chapelle de Saint-Tujan. Il y ouvrit le poisson,
et trouva dans son estomac une clef toute rouil-
lée. Sous le coup d’une inspiration, il présenta
la clef devant la serrure de la porte. Elle y entra
toute seule. Tous crièrent au miracle. C’était la
clef du Saint, qui montrait, par ce prodige, que
son culte devait être conservé dans le pays.

Dès ce moment, la clef devint l’emblème de
la puissance de Saint Tujan, et sa chapelle où
le miracle avait eu lieu fut dénommée : Jlis
Sant Tujan an Alfe, «l’église de Saint Tujan
(possesseur) de la clef » (1).

*
#4

Le second emblème de Saint Tujan est le
chien. Et ceci montre qu'il est invoqué contre
les chiens enragés.

Les cas de rage, jadis, étaient assez nom-
breux, et l’on a pu dire, à juste titre, que le
Cap-Sizun était un domaine de choix pour les
chiens enragés. Signalés dans les confins du
Finistère et des départements voisins, on les
retrouvait quelques jours après dans le Cap.
C’est d’ailleurs une question de configuration
territoriale. La presqu’ile du Cap se soude au
continent par une bande de terre large de trois
kilomètres, qui va du coude de l'estuaire d’Au-
dierne à la baie de Douarnenez, et qui forme
comme une sorte de pont. Après avoir franchi

(1) Bull. Soc. Arch, Fin., 1891, pp. 195-196.

SAINT-TUJAN ES

ce pont, les chiens enragés parcouraient toute
l'étendue du Cap-Sizun, sans trouver doréna-
vant d’issue pour en sortir. Ils s’ébattaient à
droite et à gauche, mordant les personnes qu'ils
rencontraient, et s’affolaient de plus en plus.
Devant eux s’étalait la plaine de Saint-Tujan :
finalement leur course devenait effrénée, leur
rage s’accroissait et ils tombaient morts.

L'idée dut venir de bonne heure aux fidèles
du Cap d’invoquer contre ces bêtes malfaisantes
la puissance de Saint Tujan, qui était le grand
Saint de la région, et dont l’église constituait
le centre pieux du pays.

La prière, on le sait, obtient infailliblement
son effet, si elle a pour objet des grâces spiri-
tuelles. Adressée à Dieu ou à ses Saints, elle
n’atteint pas sûrement le résultat qu’elle vise,
dès lors qu’il s’agit de secours d’ordre temporel.
On comprend donc que Saint Tujan n'ait pas
toujours obtenu la guérison des personnes
atteintes de la rage pour qui on l’implorait.

On a enregistré à cet égard des faits regret-
tables, et que seule la bonne foi saurait excu-
ser. Mues par un sentiment de piété, allié à une
sorte d’instinct de défense personnelle, certai-
nes personnes, parfois des parents, étouffaient
entre deux couettes de balle, surchargées de
poids lourds, de malheureux enragés dans l’état
d’inconscience (1). La lugubre exécution avait

(1) Témoignage de M. Le Carguet (Bull. Soc. Arch. Fin.,
1891, pp. 198-199).

14 SAINT-TUJAN

lieu parfois au sein de lits-clos où l’on enfer-
mait, garrottés, d’infortunés patients (1).

À propos des chiens enragés, l'imagination
populaire s’est encore donnée libre carrière.

La rage, assure-t-on, se déclare dans l’espace
de neuf lunaisons, à partir du jour de la mor-
sure.

Avant de mourir, tous les chiens enragés doi-
vent comparaître devant Saint Tujan, dans son
église, pour lui rendre compte de leur conduite.
Furieux de se sentir attirés dans cette direc-
tion, ils mordent tous ceux qu'ils trouvent.
Malheur à qui les rencontre ! Vite il faut jeter
devant l’animal la petite clef bénite le jour du
« pardon ». Le chien enragé essaie de la broyer
de ses dents, et l’on a ainsi le temps de se
sauver.

Pour éviter le châtiment qu'ils ont mérité, les
chiens mentent à Saint Tujan. Il sera donc utile
de les devancer près du Saint, pour le mettre en
garde. Toute personne mordue doit courir immé-
diatement vers la chapelle en priant Saint Tujan.
Dès son arrivée, elle contournera la fontaine à
Uois reprises et regardera au fond de l’eau. Si
l’eau reflète une figure humaine, il n’y a rien à
redouter : le chien n’est pas encore venu et le
Saint a exaucé la prière, Si, par contre, l’eau
reproduit l’image d’un chien, c’est que le chien
a déjà passé et caché son méfait. Saint Tujan

(1) Attestation d’un prêtre âgé, originaire de Cléden-Cap-
Sizun, qui tient le fait de son père.

SAINT-TUJAN 15

n’a pas pu prévenir le mal, et l'individu tombe
en rage à l'instant (1).

Quand on rencontre un chien enragé, il faut
réciter la formule suivante :

Ki klaon, kerz en da hent,
Sao er park ha torr da zent ;
Erru ar groaz hag ar baniel,
Hag an Otrou sant Tuchen.

(Chien malade, passe ton chemin, saute dans le
champ et brise tes dents ; voici la croix et la ban-
niére, ainsi que Monsieur saint Tujan.) (2)

LA TRÈVE DE SAINT-TUJAN

CHAPELLES ET MANOIRS

Il est signalé dans un compte de 1537 que
Saint-Tujan est une trève, c’est-à-dire une par-
lie spéciale de la paroisse de Primelin. La trève
comportait une certaine autonomie, mais dépen-
dait en définitive du centre paroissial.

(1) Bull, Soc. Arc. Fin., 1891, pp. 197-198.
(2) Revue cellique, tome IV, p. 5.

16 SAINT-TUJAN

La trève de Saint-Tujan possédait une cha-
pelle sous le vocable de Saint Tohou, située entre
les villages de Kervran et de Kerhas-a-Bis. Cette
chapelle, qui existait encore en 1625, se trouva
ruinée en 1672. Le souvenir en subsiste toujours
dans certains noms de lieux : Parc-ar-goz-ilis (Le
champ de la vieille église) ; Parc-feunteun-sant-
Toc’hou (Le champ de la fontaine de Saint
Toc’hou) ; Ros-peulvan-Sant-Toc’hou (Le tertre
du pilier de pierre de Saint Toc’hou) (1). La
statue de Saint Tohou aurait trouvé asile dans la
chapelle de Saint-Tujan, où on lPaperçoit à gau-
che du maïître-autel.

Depuis 1672, la trève de Saint-Tujan possède
la petite chapelle de Saint-Théodore, construite
sous le rectorat de Messire Jean Pérennès, à
quelques centaines de mètres à l'Est du bourg.
On la voit très bien de la route d’Audierne à la
Pointe-du-Raz. À 40 mètres Ouest de la chapelle
se trouvait, il Y a quelque 25 ans, un dolmen
posé sur deux pierres ayant l’une 1 m. 15, l’autre
Î m. 20 de longueur. C'était une table carrée de
deux mètres de côté. Le dolmen existe toujours,
mais brisé en deux parties égales. Sous la table,
quatre pierres posées de champ forment une
sorte d’auge.

Quatre manoirs faisaient partie de la trève de
Saint-Tujan : Lézurec, La Salle, Keronou et
Kerouill.

(1) Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de
Eretagne, tome X, pp. 9-10.

LE MENHIR VOISIN DE L'ÉGLISE DE PRIMELIN

(Photo Villard)

LA STÈLE EN GRANIT VOISINE DU PORCHE MIDI
DE LA CHAPELLE SAINT-TUJAN
PLUS LOIN LE CALVAIRE

(Photo Villard)

SAINT-TUJAN. — VUE GÉNÉRALE

(Photo Villard)

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L'ÉGLISE DE S4aiNT-TUJXK- VUE DU CÔTÉ SUD-OUEST

(Photo Villard)

SAINT-TUJAN 17

À 1.500 mètres environ, au Nord de la cha-
pelle de Saint-Tujan, à droite de la route d’Au-
dierne à la Pointe-du-Raz, se trouve le manoir
de Lézurec, encore bien conservé.

Le portail d'honneur, en contrecourbe Jarge-
ment moulurée et chargé de deux écussons mar-
telés, est accosté d’une petite entrée ogivale. A
droite du portail, une aile en retour, avec tou-
relle en encorbellement et toiture en poivrière
forme saillie sur le mur d’enceinte. La haute
lucarne du pignon accuse ici l’époque de la
Renaissance.

Dans le mur des bâtiments qui terminent à
POuest la cour principale sont encastrées deux
pierres sculptées, au-dessus d’une porte cintrée
donnant entrée dans l’ancien enclos. Celle de
gauche offre un écusson mi-parti coupé au 1
d'une main, au 2 d’une croix, qui est de du Ménez,
parti au 2 d’une croix pattée accompagnée d’un
croissant, qui est de Gourcuff ; la pierre de droite
présente une main tenant une aiguière et ver-
sant de l’eau sur des fleurs, avec, au-dessous,
une banderole fruste.

A l'intérieur du manoir, au-dessus d’une porte
qui donne accès du vestibule à la grande salle,
on voit un écusson portant en relief ces mots :

PAX : OPTIMA : RERVM (1)

(1) « La paix est la meilleure des choses. »

18 SAINT-TUJAN

Plus haut figure une autre inscription indéchif-
frable. Nous y avons lu le mot : deus ; ce qui
indique qu’elle est en latin.

Dans la salle est une grande cheminée gothi-
que assez simple.

Un escalier en pierre à rampes droites mène
au premier étage. Ici, sur le devant d’une che-
mince figurent encore des traces d’un écusson
dessiné et peint, encadré de deux palmes vertes
réunies à leur base par un nœud d’or. Dans la
même salle, on à employé à murer une porte
trois pierres sculptées, dont l’une semble porter
un écusson avec une croix pattée.

Un pavillon a été démoli dans la partie Nord
du manoir. L'ancien jardin est devenu un pré.
On y voit un bassin de pierre rond, sans déco-
ration, et une fontaine maçonnée, avec un lavoir.
De cet endroit la vue s'étend par-dessus une
verdoyante vallée, vers les hauteurs de Goulien.

Tout près du manoir, au Sud-Ouest, se trouve
la chapelle, dédiée à sainte Marguerite. Au chevet
arrondi de l’édifice on voit, sculptée, la date de
1626, au-dessous d’un groupe en granii qui re-
présente la Sainte terrassant un dragon. Celle-
ci repose sur une console, dans une niche décorée
d’une coquille.

À la chapelle était accolée une petite sacristie,
aujourd’hui ruinée, avec baie en anse de panier,
lavabo et meurtrière. Il fallait y passer pour
entrer dans la chapelle qui n’a aucune ouverture
extérieure. À l’intérieur de la chapelle, on voit
les débris du maître-autel, qui était surmonté

Fer
‘ 4j :

DE
ARE

=
Ze

SNS

1. Ecartelé de du Ménez et de Brézal. — 2. Du Ménez. —
3. Mi-parti de du Ménez et de Gourcuff. — De ces trois pierres
armoriées, la 1'e et la 5% se trouvent sur le mur de clôture du
cimetière de Saint-Tujan, du côté Est, la 2 sur l’enfeu des

du Ménez.
(Clichés Feiz ha Brei

Re ne rm ha ND

20 SAINT-TUJAN

d’un grand tableau, dont le cadre à denticules
subiste seul.

A une cinquantaine de mètres au Sud-Est qu
manoir s'élève, dans un champ, un colombier
trapu.

On sort du château pour aller vers Saint-
Tujan, par une large avenue, longue d’environ
200 mètres, à l’extrémité de laquelle se profile
un moulin à vent (1).

%
K%

Le manoir de Lézurec était habité, dès le
xiv° siècle, par les du Ménez, famille ancienne,
déjà représentée en 1294 par Jehan du Ménez (2).
Nous le savons par un accord fait le 18 Février
1383 sur le partage des biens de Gestin de Guil-
lou et Marguerite de Keroüardar, sa femime,
entre Prigent Manac’h, leur gendre et Guiomar
du Ménez le Jeune, son beau-frère, sous l’auto-
rité de Guiomar du Ménez le vieux son aïeul (3).

Dans la seconde partie du xv° siècle, Lézurec
est possédé par Jehan du Ménez. Celui-ci recoit,
à Nantes, le 11 Novembre 1462, d’Isabeau, du-
chesse de Bretagne, des lettres de retenue dans
la charge de contrôleur de la Maison « sur le
fruit de l’argenterie, dépense de bouche et garde
robe » de la duchesse. Le 8 Octobre 1465, le duc
François II l’institue contrôleur ordinaire et

(1) Notes de M. Le Guennec.

(2) Lobineau, Histoire de Bretagne, II. Preuves, col. 440.

(3) Bibliothèque Nationale, Cabinet des titres, Carrés d’Ho-
zier, 427, Melun, n° 30656, Titre du Ménez, fo]. 221.

SAINT-TUJAN 21

extraordinaire de la ville de Quimpercoren-
lin (1). Dans la montre de 1481, il est qualifié
d’archer en brigantine (2). Il dut mourir avant
1521, puisque le 20 Février de la même année
a lieu le « partage noble des successions de
nobles gens, Jean du Ménez vivant sieur de
Lézurec et de Peronnelle Liziard sa veuve, fait
entre Renez du Ménez leur fils aîné et Roland,
Jean, Michel, Marie, Plezoue et Guiomarc du
Ménez ses frères et sœurs juveigneurs » (3).

René du Ménez, fils de Jehan, épousa, le
16 Octobre 1524, Marie du Fou. De cette union
naquirent René, Jacques et Roland.

2ené se maria le 25 Septembre 1549, avec
Françoise Trétout, et épousa, en secondes noces,
le 20 Janvier 1558, Jeanne Rolland, veuve de
noble Olivier de Kernéguez (4).

François du Ménez, son fils, s’unit à son tour
avec Marguerite de Kernéguez, qui lui donna au
moins trois enfants, Alain, Marie et Hélène. Il
mourut avant 1581 et le 7 Janvier de cette année,
Marguerite reçut la tutelle de ses enfants (5).

C’est donc en 1581 qu’Alain, « gouverneur
d’Audierne et capitaine garde côte du Cap Si-
zun », devint propriétaire de Lézurec. Il épousa,
vers 1600, demoiselle Marguerite de Gourcuff, du

(D) Ibid. fol=222;5223;:

(2) Fréminville, Antiquités du Finistère, I, p. 333.

(3) Bibliothèque Nationale…., fol. 224.

(4) Ibid., fol. 227-228. — En 1568, Jacques du Ménez, sieur
-e Kerbeuzec, demeure au manoir de Poulgoazec, en Plouhinec.
Quant à Roland, il habite, en 1580, le bourg de Poullan.

(o) Bibliothèque Nationale, fol. 234.

22 SAINT-TUJAN

manoir de Tréménec en Plovan (1). De cette
union naquirent deux filles et deux garçons,
Marie, Yves, Julien, Hélène.

Marie épousa, le 22 Septembre 1618, Yves
Autret, seigneur de Lezoualc’h, en Goulien, né
du mariage de Claude et de Françoise de Clisson,
fille de Jacques de Clisson, sieur du Ménez. Elle
mourra à Tréméoc le 23 Janvier 1661 (2). Quant
à Yves, il s’unit en mariage, le 12 Juillet 1623,
à Marguerite de Brézal (3), qui mourra à Saint-
Julien de Quimper, le 13 Août 1670 et sera
inhumée le lendemain aux Cordeliers. En 1636,
il appartient à l’arrière-ban de Cornouaille « fai-
sant pour Alain son père ».

Le 16 Septembre 1641 eut lieu le partage des
biens d'Alain du Ménez et de sa femme « entre
Yves du Ménez leur fils aîné et noble messire
Julien du Ménez, sieur de Keronnou, recteur de
la paroisse de Plougonnver, évêché de Tréguier,
noble homme Pierre du Couëdic et demoiselle
Hélène du Ménez sa femme. frères et sœur
juveigneur desdits Yves du Ménez.. » (4).

Yves du Ménez eut quatre enfants : Vincent,
Marguerite, Yves et Françoise. Le 17 Mars 1656,
ils héritèrent de son bien en concurrence avec
sa veuve Marguerite de Brézal. À ce moment,
Marguerite était l'épouse de Charles de la Roche-

(1) Chanoïine Pérenunès, Plovan……, pp. 16-18.

(2) D. Bernard, Le fief des Reguaires de Cornouaille (Full,
Soc. Arch. du Fin. 1911, p. 143).

(3) Bibliothèque Nationale, ubi supra, fol. 236.

(4) Ibid., fol. 237, 238.

SAINT-TUJAN 23

rousse et Françoise avait comme mari Sébastien
de Boisguehenneuc (1).

Vincent du Ménez fonda alors le couvent des
Capucins d’Audierne. Il y entra et le 16 Juin
1697, à la veille de sa profession, par testament
il disposa de ses biens et fit quelques legs pieux.
Il désignait comme exécuteur testamentaire noble
et discret messire Nicolas Saluden de ‘Frémaria,
prêtre, et signait : « Frère Vincent d’Audier-
ne » (2).

Yves du Ménez épousa, le 4 Septembre 1657,
Marguerite du Bouilly, dame des Portes (3), qui
lui donna au moins quatre enfants : René et
Olivier, nés au manoir de Lézurec, le premier
en 1658, le second en 1662, puis Anne et Yves,
ce dernier né et baptisé en 1674 à Saint-Sauveur
de Quimper.

René du Ménez prit comme épouse Marie de
Penfenteunio de Kermorvan, qui, en 1684, lui
donna une fille, Bonaventure (4). Il se maria en
secondes noces, le 26 Septembre 1689, avec
Jeanne-Olive Dourdu, dame de Coatereu (5).

Ce fut une belle fête à Lézurec, quand, le
9 Mars 1704, messire Paillart, recteur de Ploaré,
bénit dans la chapelle du manoir l'union de
Bonaventure du Ménez avec Sébastien de Gou-

(1) 1bid., fol. 239.

{2) Zbid., fol. 240.

{3) Bibliothèque Nationale, Carré d’Ilozier… fol. 241.
(4) Registres de Primelin.

(5) Bibliothèque Nationale, fol. 245.

24 SAINT-TUJAN

zillon, marquis de Quermeno, habitant la pa-
roisse de Plougonver, au diocèse de Tréguier.
Nous avons relevé au registre de Primelin, les
noms de plusieurs membres de la noblesse pré-
sents à la cérémonie : René du Ménez et sa femme
Jeanne Dourdu, le marquis de Névet, Marie-
Corentine de Gouzillon, marquise de Névet et
Marie-Agnès de Gouzillon, toutes deux sœurs du
nouveau mark, Malo de Névet, Yvonne, René et
Marguerite de Rospiec, le sieur et la dame de
Lézardant, MM. de Trémaria et Quermabon,
Claude de Tréanna, Thomas de Guermeur, Louis
Le Rouge de Penfentenio, de Trolimon du Rit,
du Frétay, Marie Luminic du Frétay.

Quelques mois plus tôt, le 25 Novembre 1703,
avait été bénit à Lézurec, par J.-B. de Kermelec,
chanoine de Quimper, archidiacre du Poher, le
mariage de Marguerite du Ménez avec Jean-
Urbain de Kerléan, seigneur de Kerhuon, en
Guipavas. |

La seconde femme de René du Ménez, Jeanne
Dourdu, lui donna au moins sept enfants : Olli-
vier-Vincent, né en 1693, Giles, né en 1701,
René-Jean, né en 1702, Jacques, Marie, Margue-
rite et Renée.

En Août 1730, c’est le mariage de Jacques
avec Marie-Marguerite de Bourgneuf, fille de
Claude, seigneur de Kervenargant et de dame
Aleno. Marie-Marguerite mourut à Saint-Matthieu
de Quimper, le 10 Février 1739 et y fut enterrée.

Olivier-Vincent du Ménez épousa Jeanne-
Marguerite de Ravily et en eut au moins quatre

SAINT-TUJAN 25

enfants : René-Olivier, Pierre-Vincent, Charlotte
et Françoise. En Mai 1754, René-Olivier se maria
à Françoise-Perrine Le Chesey, demoiselle de
Kerluttu. Charlotte épousa à son tour, le 10 Mars
1760, Hilarion-Toussaint Le Maignan de Châtil-
lon du Houblec, lieutenant de vaisseau à Brest.
Le mariage eut lieu dans la chapelle de Lézurec,
et fut bénit par Frère Antonin de Tréguier, gar-
dien des Capucins d’Audierne. L'acte de mariage
est signé en particulier par Olivier-Vincent du
Ménez, qui se qualifie de « seigneur de Kero-
diern ».

Le 26 Septembre 1778, nous trouvons à Pri-
melin, à l’occasion d’une bénédiction de cloche,
Marie-Céleste Le Gouvello de la Porte, épouse de
messire Giles-Louis-Joseph-Marie du Ménez, sei-
gneur de Lézurec, comte de Trébry, capitaine
aide-major d'infanterie. En Novembre 1782, ils
eurent un fils auquel on donna le nom de
Yves (1).

Giles du Ménez mourut en 1787. Dans les pre-
micres années de la Révolution, sa femme donna
asile au recteur de Primelin, M. Hervian, et, à
ce titre, elle fut mise d’abord à Pont-Croix,
ensuite à Quimper, sous la surveillance du dis-
trict (2).

Les du Ménez de Lézurec blasonnaient : d'azur
à la croix pleine d’or, cantonnée au premier can-
ton d'une main d'argent posée en pal.

(1) Registres de l’état-civil, Primelin.
(2) D, Bernard, Bull. Soc. Arch. Fin., 1908, p. 234.

26 SAINT-TUJAN

Le manoir de Lézurec passa à la famille
Bizien du Lézard par le mariage de Perrine du
Ménez, fille de Giles, avec Jean-Baptiste de Bizien
marquis du Lézard (1801). Perrine mourut le
4 Janvier 1850.

Depuis une vingtaine d'années, il appartient à
la famille Quéinnec.

LA CHAPELLE

EXTÉRIEUR

La façade Ouest du monument est percée
d’une superbe porte ogivale, surmontée d’une
accolade et d’un gable fleuronnés. Deux anges y
étendent des banderoles où on lit : Ave Maria et :
Pax vobis. Elle est flanquée de quatre contre-
forts, que décorent des niches à dés et des culs
de lampe garnis de statues ; les deux contreforts
qui encadrent l'entrée s'élèvent dans toute la
hauteur de la tour ; ils sont ornés de distance
en distance, puis couronnés de pinacles et de
fleurons. Au-dessus de l'entrée, une élégante
balustrade très ajourée repose en encorbellement
sur une corniche richement sculptée.

SAINT-TUJAN 27

La tour proprement dite, mesure 22 mètres de
hauteur jusqu'aux galeries, 28 jusqu’au pied de
la croix, sur 6 m. 50 de large. Imitée de celle de
la cathédrale de Quimper, elle présente sur cha-
cune de ses faces, de longues et étroites fenêtres
à multiples colonnettes, qui sont séparées par de
petits linteaux dans leur hauteur. Une autre
balustrade termine la plate-forme, sur laquelle
repose un lanternon polygonal moins ancien, et
sans grand caractère. Aux angles de cette balus-
trade, on aperçoit les substructions des pinacles
qui devaient s’élever autour de la flèche. Celle-ci
ne fut, d’ailleurs, jamais construite.

Au Sud de la façade occidentale est une lou-
relle à plan polygonal, surmontée d’une gracieuse
flèche que décorent des crochets. Cette tourelle
renferme le premier escalier menant à la galerie
extérieure ; un autre escalier, placé dans une
tourelle à plan circulaire qui se trouve à l’angie
Nord-Ouest, mène à la plate-forme supérieure,

Le visiteur est frappé par l’aspect massif de
la tour carrée, qui s’ajoure en montant, et se
termine par des gargouilles très saillantes. A
l'extrémité de la tourelle Nord-Ouest on lit,
superposées, les dates de 1569 et de 1582, puis
deux initiales 1 : C. Ces deux dates évoquent les
années du début et de la fin de la construction.

Le fronton Ouest de la chapelle est décoré de
quatre belles statues en kersanton représentant
les évangélistes avec leurs symboles. Saint Mat-
thieu a devant lui un homme, parce que son
évangile débute par la généalogie humaine du

28 SAINT-TUJAN

Christ. Saint Marc a pour symbole le lion, parce
qu'il commence son évangile par le texte d’Isaïe,
qui s'applique à saint Jean-Baptiste : « Une voix
crie dans le désert. » Cette voix évoque la voix
rugissante du lion. L’évangile de saint Luc s’ou-
vre par le sacrifice de Zacharie, au temple de
Jérusalem ; aussi cet évangéliste est-il symbo-
lisé par le bœuf. Saint Jean enfin a pour
emblème l'aigle, parce que, pour décrire la géné-
ration éternelle du Fils de Dieu, au début de son
évangile, il s'élève comme l'aigle, au-dessus des
nues.

On notera d’ailleurs que chacun des chérubins
qui apparurent au prophète Ezéchiel, avait une
face d'homme, une face de lion, une face de
taureau et une face d’aigle. (Ez. I, 10.)

Le marteau révolutionnaire a enlevé la tête de
saint Matthieu et mutilé le bœuf de saint Luc.

On aperçoit au-dessus de saint Jean, à l’extré-
mité du rampant, une Madeleine avec son vase à
parfum, et une bête héraldique.

Le porche Midi de la chapelle est vraiment
remäârquable par l’admirable proportion des
grandes masses et des détails merveilleusement
sculptés. Il s'élève sur un plan carré, flanqué de
contreforts d’angle, que décorent des niches et
des statues, et qui sont surmontés de pinacles
fleuronnés. Le tympan de l’arcade d’entrée est
ajouré, à l'instar de ceux d’autres églises de la
région. Une sorte de balustrade très légère sur-
monte les rampants du pignon, et l’accolade qui

SAINT-TUJAN 29

couronne l’arcade est accompagnée d’un gable à
crochets avec de gracieuses colonnettes.

A la façade du porche se dressent des statues
en kersanton noir, élégamment sculptées.

Pénétrons à l’intérieur du porche. À la voute
sont demeurés des débris de peinture avec les
monogrammes du Christ et de la Vierge. Dans
la hauteur, en face, on aperçoit trois vieilles sta-
tues en kersanton fin et clair, qui sont du XVI
siècle : le Sauveur, sainte Anne et la Vierge Marie.
Six niches creusées dans les parois latérales du
porche contiennent des statues d’apôtres en ker-
santon noir :

A droite, nous voyons :

1. Saint Pierre avec sa clef. Chacun sait qu'il
reçut de Notre Seigneur le pouvoir des clefs.

2. Saint André avec la croix en forme d’X, sur
laquelle il mourut.

3. Saint Jacques le Majeur, que l’on reconnait
à son costume de pèlerin : toque, pèlerine, bour-
don (à moitié brisé), lanière en bandoulière por-
tant deux coquilles. Une tradition veut que cet
apôtre ait prêché l’évangile en Espagne ; d’après
une autre, ses restes y auraient été transportés
après sa mort. À partir du 1x° siècle, ses reliques,
vénérées à Compostelle, en Galice, devinrent le
but d’un pèlerinage célèbre.

Passant à gauche, nous apercevons :

1. Saint Jacques le Mineur, évêque de Jérusa-
lem avec un battoir de foulon. Cet apôtre, après
avoir été lapidé, fut précipité du haut du Temple

30 SAINT-TUJAN

de Jérusalem, puis un foulon l’acheva de son
battoir.

2. Saint Simon avec la scie qui aurait été l’ins-
trument de son supplice.

3. Saint Thomas avec son équerre, dont il ne
reste plus qu’un fragment. Pourquoi donc ce
saint personnage a-t-il une équerre ? C’est que
les apôtres sont considérés comme les architectes
du palais qui est l'Eglise, et dont la pierre angu-
laire est Jésus-Christ. Saint Thomas était jadis
le patron des tailleurs de pierre et ce sont eux
qui ont signé son vitrail à la cathédrale de
Bourges.

À droite du porche apparaît la sacristie qui est
fâcheusement venue en rompre la symétrie. Au-
dessus de la fenêtre, munie de barres de fer, on
lit le nom du fabricien de l’époque où elle fut
construite :

J : BRECHONET. F. (1)

el l’on aperçoit en saillie le buste d’un person-
nage à figure grimaçante qui s’évertue à sortir de
la muraille. Est-ce un voleur qui cherche à se
sauver ?

Revenons à la façade du porche où Saint Tujan
avec sa clef apparaît dans la hauteur. Nous allons
trouver autour de lui les six apôtres qui man-
quent pour faire le total de douze.

(1) La lettre F ou les deux lettres F A sont les initiales du
terme : «fabrique ». Les fabriques ou fabriciens formaient
un comité chargé d’aider le clergé dans la gestion des biens
de l’église.

SAINT-TUJAN 31

À droite, voici :

1. Saint Matthieu avec sa balance. Cet apôtre,
avant de suivre Jésus, était publicain, c’est-à-dire
collecteur d'impôts. Il pesait le tribut que chacun
devait à César.

2. Saint Jean, imberbe, tenant en main un
calice, d’où sort un objet qui est probablement
un serpent. Ce calice figure la coupe empoison-
née qui fut offerte à cet apôtre.

3. Saint Jude ou Thaddée, avec un glaive qui
symbolise le martyre qu’il aurait souffert en
Mésopotamie. On notera que la niche de cet apô-
tre n’appartient pas au style gothique, la sacris-
tie étant de date plus récente.

Pis: 4 gauche c'est :

1. Saint Maithias avec une hallebarde.

2. Saint Philippe, dont le bras droit est cassé.

3. Saint Barthélemy avec le couperet. Ce large
couteau rappelle que cet apôtre fut écorché vif.
Au socle qui supporte la statue, grimacent trois
figures grotesques.

Il est à remarquer que les douze apôtres de la
chapelle de Saint-Tujan portent chacun un livre,
en leur qualité de docteurs. A peu près tous ont
eu la tête tranchée par la stupidité révolution-
naire. En 1852, les têtes furent remises en place,
et les statues furent de nouveau bénites.

Au delà de Ia sacristie, vers l'Est, la muraille
du transept porte deux inscriptions :

HH. IEAN. BRENEOL. FB. 1750

32 SAINT-TUJAN

puis, plus à droite et plus haut :
H. YVES. FOLLIC. FABRIQ. 1750

Sur la porte voisine de la sacristie, on lit aussi,
à l’intérieur, la date de 1750.

La façade du transept Nord présente les deux
inscriptions suivantes, d’une part :

LAN. 1611 : F. MOAL : F.

d'autre part :
D. MEROR FABRIQ 1611.

Un peu plus loin, cette façade porte encore
quelques restes de la litre en peinture jaunâtre
qui la décorait. Cette litre est sans doute celle
de la famille du Ménez.

INTÉRIEUR

Au bas de la tour est une entrée, anciennement
voûtée.

Du côté de l’évangile, dans le prolongement du
bas-côté Nord, on aperçoit une chambre appelée
prison de Saint-Tujan. La lumière n’y arrive que
par une petite ouverture garnie de barres de fer.
Au-dessus de la porte cintrée on déchiffre deux
inscriptions superposées. En haut :

H (ici un calice) C. R.

Plus bas :
M : SISOV : 1593.

F1

sf
L'ÉGLISE DE SAINT-TUJAN= VU DU CÔTÉ SUD-EST
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(Photo Villard)

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LE PORCHE OUI

SAINT-TUJAN.

(Photo Villard)

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E PORCHE MÉRIDIONAL

UJAN:

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HAPELLE SAIN

C

(Photo Villard.)

INTÉRIEUR DU PORCHE MÉRIDIONAL

(Photo Villard)

SAINT-TUJAN 33

A l'étage de la prison existe un local s’ouvrant
sur l’intérieur de la tour par une fenêtre à acco-
lade.

Le mur percé de la porte cintrée et de la fenê-
tre gothique a été bâti en 1593, c’est-à-dire onze
ans après l'achèvement du clocher. C’est la date
de la prison de Saint-Tujan et de la chambre qui
la surmonte, Les initiales : H. C. R. sont celles de
Henri Capitaine Recteur de Primelin à cette
époque (1).

Du côté de l’épître, dans le prolongement du
collatéral Sud, on accède à la tourelle du premier
escalier qui conduit au haut du clocher.

On aperçoit, à une certaine hauteur, à l’inté-
ricur de la tour, des barres de fer qui y ont été
mises en 1932, pour la consolider.

La chapelle de Saint-Tujan mesure 29 mètres
de long, et au transept, 25 mètres de large. Elle
est composée de trois nefs, séparées par six
colonnes sans chapiteaux, qui supportent des
arcades ogivales. Elle affecte la forme d’une croix
sans sommet ; mais le bras du transept Nord est
deux fois plus profond que l’autre, et divisé en
deux parties, séparées par deux arcades dont le
style diffère de celui du reste de l'édifice. Ces

(1) Cette prison était destinée à recevoir les ivrognes ou
autres indésirables qui troublaient l’ordre aux jours de Pardon.
Selon une tradition rapportée par M. Le Carquet, on y aurait
mis les personnes enragées pour attendre la mort. (Bulletin de
la Société Archéologique du Finistère, 1891, p. 198). Plusieurs
vieux sanctuaires avaient leur prison. Ainsi, par exemple, la
chapelle de N.-D. de Comfort, contemporaire de celle de Saint-
Tujan.

34 SAINT-TUJAN

arcades sont soutenues par trois colonnes à cha-
piteaux ioniques. Une porte aujourd’hui comblée
se voit à l’intérieur, dans le mur Ouest du tran-
sept. Ce transept a été agrandi, en 1611, par l’ad-
jonction de la partie inférieure, Quant au tran-
sept Sud, il a été largement restauré au xvin°
siècle, comme l’attestent les dates qui se trouvent
à l'extérieur, ainsi que la date de 1749 que nous
lisons, à l’intérieur, sur le mur de la sacristie,
à gauche d’un petit bénitier gothique, conservé
de l’ancienne construction.

Dans la sacristie, située au bas du transept
Sud, on remarque de beaux panneaux de chêne
sculptés, du xvi° siècle. L’un d’eux représente
une caravelle, puis au-dessous, une petite barque
portant trois hommes. On voit également dans la
sacristie un soleil de bois de 0 m. 20 de diamètre,
entouré de cinq angelots, et portant en son milieu
un triangle avec l'inscription : IABY (1). Il existe,
là aussi, une vieille armoire qui porte les dates
de 1704 et 1705, et un buffet daté de 1783 qui
renferme deux grands plats de cuivre anciens.

Un escalier vermoulu donne accès à la partie
haute de la sacristie. On y aperçoit une niche
de deux mètres de haut, appartenant au porche
de l’église. II y a là également, près d’une porte
aveuglée, un foyer qui servait à la préparation
des aliments pour le clergé et les notables aux
jours de Pardon. Le plafond est orné d’une pein-
ture du xvr° siècle, représentant un ciel où bril-

(1) I1 s’agit de : Iahvé, Dieu d’Israël.

SAINT-TUJAN 32

lent des étoiles de diverses grandeurs ; les plus
grands de ces astres sont marqués des mono-
grammes du Christ et de la Vierge. A l’une des
extrémités du ciel resplendit le Roi-Soleil, d’où
rayonnent de blanches bandes mouchetées d’her-
mines. On lit en deux cercles concentriques,
autour du soleil :

IAN PERE NES REC TEVR 16 74
puis :
PIER RE GVE GVEN FA.

De ci de là volent des angelots.

Cette salle contient un vieux bahut et une
statuette ancienne de la Vierge reposant sur un
socle quadrangulaire, Cette statuette est portée en
procession le jour du Pardon.

FRISES ET ORNEMENTS DU LAMERIS

Il y a des frises dans la nef et dans le transept.

Considérons d’abord celles de la nef : elles
figurent dans le ton marron du lambris et dans
le ton bleu.

1. DANS LE TON MARRON. — II s’agit en premier
Jieu des frises qui se trouvent dans la partie
inférieure de la chapelle jusqu’au dessus de la
chaire à précher.

Du côté de l'Evangile, au rang inférieur ce
sont des têtes bien sculptées, puis, à mi-hauteur,

-36 SAINT-TUJAN

c’est l’offrande d’écussons, de fruits. ; une
colombe présente un parchemin, un musicien
souffle dans une bombarde, puis c’est un pain en
forme de couronne...

Du côté de l’Epître, on voit, au rang inférieur,
une série de têtes entourées de guirlandes ou
-encapuchonnées, des rosaces, des fleurs... ; à mi-
hauteur, ce sont des bustes finement travaillés,
présentant des écussons, une corne d’abondance,
un livre, un poisson... À la hauteur de la longue
croix fixée à la muraille, pend un hibou.

Plus haut que la chaire :

Du côté de l'Evangile, au rang inférieur appa-
rait un personnage tenant de chaque main la
queue de deux monstres déchaînés. Il est encadré
de deux têtes, l’une d’homme, l’autre de femme,
ui se trouvent aux extrémités du tableau.

Du côté de l’Epiître, c’est la même scène avec
les deux têtes, dont l’une, cette fois, se trouve au
centre.

2. DANS LE LAMBRIS PEINT EN BLEU. — Du côté
de l'Evangile, au rang inférieur, on aperçoit une
gueule de crocodile, une tête grimaçante, des
fleurs, une tête coiffée dont la bouche crache des
branches garnies de feuillage, un personnage
silé, un lion à belle crinière dont la queue est
redressée, une tête dont la bouche vomit des
feuilles ; des fleurs.

À mi-hauteur ce sont des bustes d’une facture
soignée, offrant des banderoles ou des écussons.

Aux clefs de voûte de ia nef, c’est une série
de têtes sculptées.

SAINT-TUJAN 63

On observera que les poutres transversales des.
Jambris sont crachées de part et d'autre par des.
monstres.

Venons-en maintenant aux frises du transept
Nord.

Examinons d’abord la partie inférieure de ce
transept.

Au bas, c’est en premier lieu, un personnage
qui avale un crocodile ; il a la bouche ouverte
d’épouvante. Puis vient une tête dont les narines-
vomissent des fleurs. C’est ensuite une décora-
tion à base de marguerites, avec deux goélands.
Un personnage revêtu d’un surplis pourrait être
le Père Maunoir, Jésuite, qui prêcha plusieurs fois
dans la chapelle. A l’extrémité de la frise on voit
un homme englouti par un monstre.

Au haut, on aperçoit une bouche, d’où sortent
des motifs de décoration ; puis un seigneur pré-
sente une plaque portant les stigmates : deux
mains, deux pieds, un cœur percés. C’est ensuite
une tête à l’envers parmi des fleurs, puis une
scène fort curieuse : un monstre happe la jambe
d’un individu à tête diabolique, qui semble cou-
ché sur un personnage allongé sous lui. À lPem-
bout, dans le coin, un capucin qui figure peut-
être, dans l’idée du sculpteur, Vincent du Ménez,
fondateur du couvent des capucins d’Audierne.
Les stigmates que nous avons signalés rappel-
lent probablement Saint François d’Assise, et le
seigneur qui les présente serait peut-être aussi
Vinvent du Ménez, embrassant l'Ordre fondé par
le Poverello.

38 SAINT-TUJAN

En ce qui touche la partie supérieure du tran-
sept :

Au bas, ce sont des têtes, des serpents, trois
pigeons (1), et à l'extrémité de la frise, une
femme ébouriffée.

Au haut, on distingue un serpent dont le corps
va s’enrouler autour d’une tête ou d’un œil, puis
d’autres motifs de décoration qui forment fouil-
lis, et qu’il est difficile de déméêler.

Che

Aux clefs de voûte du transept figurent des
écussons de bois sculptés. Voici d’abord ceux du
transept Nord :

1. Trois roses : armes des Seigneurs de Keri-
diern en Cléden-Cap-Sizun et de Kerdoutoux qui
blasonnaient d’or à 3 roses de gueules.

2. Trois fleurs de lys : elles évoquent les
armoiries des Saluden de Trémaria, de Kerazan
en Ciéden, qui portaient d’or à trois fleurs de
lys de gueules, une étoile de même en abyme.

3. Ecusson où figurent, en mi parti, la croix
des du Ménez, puis une mâcle, et une demi-
mâcle rangées en fasce (?).

4 et 5. Deux écussons identiques, où l’on voit
des trangles. Il s’agit des armes des Autret, sei-
gneurs de Lezoualc’h, en Goulien, qui blason-
naient d’or à à trangles ondées d’azur.

6. La croix des du Ménez.

(1) Ces pigeons sont les armoiries de la famille de Gouzillon,
qui portent d’or à la fasce d’azur accompagnée de trois pigeons
de méme becqués et membrés de gueules.

SAINT-TUJAN 39

Au transept Sud, on aperçoit :

1. La croix des seigneurs de Lézurec.

2. L’écusson des Penfeunteunio : burellé de
dix pièces d'argent et de gueules.

3. Une sorte de lion qui pourrait figurer les
armoiries de Jeanne Dourdu, épouse de René
du Ménez.

VITRES ET PEINTURE

Avant la Révolution, notre chapelle était déco-
rée de verrières, où figuraient les armoiries des
seigneurs qui y jouissaient de prééminences.
Quelques rares débris se sont réfugiés au som-
met de l’une des vitres du transept Nord.

Au-dessus de l'arc ogival du transept Sud, une
peinture sur bois représente la Sainte Famille :
Jésus, Marie, Joseph. Un buste d'homme barbu
apparait derrière ces personnages. Qui est-ce ?
Peut-être Adam, figurant l’Ancien Testament. Au
bas du tableau, à gauche, on lit :

M JEAN PERENNES
RECTEVR DE PRIMELIN

Puis, un peu au-dessus de cette inscription :

BARADER
Pinx‘ (1)

(1) Barader pinxil « Barader est le peiutre du tableau ».

40 SAINT-TUJAN

AUTELS ET STATUES

Maître - Autel

Le maître autel est décoré d’un joli taberna-
cle, agrémenté, au centre, d’une petite niche
surmontée d’une coquille de saint Jacques. Au-
dessus, deux angelots présentent un médaillon.
Ce tabernacle est dominé par un baldaquin à
quatre colonnettes torses, couvertes de grappes
de raisin que picotent des oiseaux. Au baut
apparaît une apparence de ciborium (1), puis,
plus encore dans la hauteur, ce sont quatre
angelots, dont deux étreignent le pied d’une
CTOIX.

De chaque côté de l’autel se présentent trois
médaillons superposés. Ceux de la partie infé-
rieure sont encadrés de belles colonnes torses,
couvertes de grappes de raisin et d’oiseaux. On
remarque ici, du côté de l'Evangile, un saint
personnage, portant dans la main gauche un
livre ouvert, et tenant de la main droite un
bâton (2) ; du côté de l’Epître, saint Jean l’Evan-

(1) Le ciborium est un récipient pour conserver la Sainte
Réserve. Dans la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon il en existe
un que l’on descend ou remonte à volonté.

(2) Serait-ce saint Tohou, venu ici de sa chapelle ruinée ?
On peut penser aussi à saint Fiacre, La fabrique dépense, en
effet, en 1659, cinquante-quatre livres pour raccommoder Ja
statue de saint Fiacre et lui faire faire une niche.

SAINT-TUJAN 41

géliste avec un calice. À ses pieds, un buste
d’aigle. — Plus haut encore, on aperçoit, du
côté de l'Evangile, un évêque coiffé d’une énor-
me mitre et semblant prêcher ; il est encadré
par deux anges dont la tête repose sur l’une de
leurs mains. Il s’agit de Saint Corentin, comme
Pindique l'inscription qui est au-dessous. Du
côté de l’Epître, c’est une Vierge-Mère assistée
de deux anges, dont l’un paraît pleurer, tandis
que l’autre a un air plutôt mutin.

Au haut de la maîtresse vitre, un angelot
plane. Tout à fait dans la hauteur, on aperçoit
un grand soleil, au centre duquel un triangle
est inscrit dans un cercle. Ce triangle est le
symbole du mystère de la Sainte Trinité.

Sur le devant de l’autel est peinte une croix
de Malte, au centre de laquelle un cercle con-
tient un triangle renfermant lui-même un œil.
c’est l’œil de Dieu, ou des trois personnes divi-
nes.

Le maître-autel est daté par l'inscription qui
se trouve sur sa table :

JANET re TT 00 C0)

Le coffre de l’autel contient une vieille statue
d’abbé décapité, qui pourrait être celle de Saint
Tujan.

Le maître-autel est encadré de deux belles
statues qui reposent sur des socles très élevés.

(1) Le bois du retable, derrière la statue de saint Michel
porte gravée l’inscription : F. 1786. I1 s’agit là d’une restau-
ration.

42 SAINT-TUJAN

Du côté de l'Evangile, c’est Saint Michel, peint
en bleu pâle. De sa lance, il terrasse un épou-
vantable dragon et tient en main une balance,
dont le plateau de droite penche beaucoup,
tandis que celui de gauche est surélevé. Dans
la liturgie catholique, Saint Michel représente
les âmes devant le Juge suprême. La tradition
bretcnne lui demande de faire incliner en faveur
de l’âme chrétienne le plateau de droite de la
balance qui est censé contenir les mérites acquis
par elle : |

Aotrou sant Mikêl, balanser an eneou,

Balansit va ene en tu diou.

(Monsieur saint Michel, balanceur des âmes,
>alancez mon âme du côté droit.)

A côté de l’Epître apparaît, majestueuse, la
statue du Patron de la chapelle : Saint Tujan.
Revêtu de la chape, ceint de la mitre, il tient
la crosse de la main droite, et porte dans la
main gauche, un livre ouvert. À ses pieds, d’un
côté un chien enragé aboiïe, de l’autre côté un
enfant agenouillé prie les mains jointes et
demande d’être guéri du mal de dents dont il
souffre, et qui lui enfle les joues.

Autel de N.-D. de Grâce

Examinons d’abord la partie inférieure de ce
superbe autel. Elle est encadrée de deux colon-
nes torses somptueusement décorées de pampres

SAINT-TUJAN 43

de vigne et de grappes de raisin, que des oiseaux
picotent, Au centre, sur un socle orné d’une tête
d'ange, dans une niche dont le pourtour est
fleuri, apparaît une remarquable Vierge-Mère.
De la main gauche, elle porte l'Enfant Jésus,
et sa droite tient le sceptre royal. Le petit Jésus
porte d’une main le globe du monde, et, de
l’autre, il montre la croix sur laquelle il sera
un jour immolé. Son air un peu triste semble
déjà préluder à la grande tristesse qui accom-
pagnera son sacrifice.

La Vierge est couronnée, mais son diadème
apparaît séparé de sa tête, et fixé à la partie
supérieure du pourtour de la niche.

Aux côtés de la Vierge, se déploient deux ger-
bes splendides de diverses fleurs, parmi lesquel-
les éciatent de fort belles roses. Elles sont
surmontiées de deux argelots joufflus. A l’extré-
mité supérieure du pourtour de la niche volent
deux petits anges très gracieux. Au-dessous de
la madone figure l'inscription :

N. D. DE GRACE

Les colonnes torses s’appuient sur des socles,
où sont sculptés des médaillons. A droite : Saint
Pierre avec ses clefs au flanc. Il est assis. Au-
dessus de lui le coq chante. — A gauche : Marie-
Madeleine, assise, la tête appuyée sur le bras
droit ; du bras gauche elle tient une croix dont
le pied repose sur un crâne. On la reconnaît à
sa riche chevelure, à sa robe splendide, au vase
à parfums qui l’accompagne.

44 SAINT-TUJAN

Au bas des colonnes torses on lit, à gauche :

FAIT EN 1694
À droite :

RESTAURÉ EN 1860. JEAN GUEGEN REC-
TEUR. MANCEAUX-GUEGEN PEINTRE.

Au bas de l’autel, on voit encore deux médail-
lons. À droite de Saint Pierre, c’est une abbesse
avec la crosse ; vêtue d’un long voile, elle joint
les mains en prière. Le petit Jésus lui est pré-
senté par un ange, On pourrait penser à Sainte
Thérèse d’Avila.

À gauche de Madeleine, apparaît, devant un
calvaire, le buste d’un saint, coiffé de la barrette.
Est-ce un fondateur d’'Ordre ? Est-ce Saint Yves ?

Voici maintenant la partie supérieure de
l'autel.

On y aperçoit, au centre, la Mère de Douleurs,
tenant sur ses genoux le corps inanimé de son
Fils. Elle occupe une niche à colonnettes torses,
décorées de grappes de raisin, de fleurs et d’oi-
seaux. Le fond bleu, derrière la Vierge, est orné
de fleurs de lys. A la partie supérieure de la
niche, une colombe symbolise le Saint-Esprit.

A droite et à gauche figurent deux médail-
lons. Celui de droite présente un homme, auréolé
d’une belle chevelure, portant de la main gauche
le globe du monde et tenant levée la main droite.
Dans le médaillon de gauche, c’est une blonde
jeune femme à riche chevelure, revêtue d’un
voile blanc et d’une écharpe d’or.

SAINT-TUJAN 45

Qui sont ces personnages ? On serait tenté de
penser à Louis XIV et à Marie-Thérèse, morte en
1683. On sait que le globe était un des emblèmes
de nos rois.

En face de ces deux médaillons, deux anges
sont debout. En bas, sur le devant de l’autel, est
représenté le Roi-Soleil couronné, Louis XIV.

A gauche de l'autel, on voit une jolie statue
de Saint Christophe, et à droite celle d’un fran-
ciscain, qui est, probablement, Saint Jean Dis-
calcéat, ce bon moine des x1r1°-x1v° siècles, invo-
qué dans la Cathédrale de Quimper pour retrou-
ver les objets perdus. La statue de Saint Chris-
tophe est d’un grand intérêt ; on remarquera la
figure très fine de ce saint porteur du Christ. Il
est le patron de ceux qui voyagent en automobile.
Nous confions à son patronage les pèlerins de
Saint-Tujan, et à leur intention, nous donnons
sur ce saint la petite notice suvante :

D’après le Bréviaire des Mozarabes, dressé
par Saint Isidore et la Préface de Saint Ambroise
pour la messe de Saint Christophe, celui-ci
aurait subi le martyre sous l’empereur Dèce,
vers 250, Cananéen d’origine, il avait embrassé
la carrière des armes et s’était converti sous
l'empereur Philippe.

Jacques de Voragine, dans la Légende dorée,
fait de ce saint un géant qui, après avoir servi
le diable, mit sa force au service des voyageurs.
Il rencontra un ermite qui le convertit, et lui
demanda s’il voulait bien faire l'office de passeur

46 SAINT-TUJAN

au bord d’un fleuve. Christophe accepta, se hâtit
une demeure au bord de l’eau, et, appuyé sur
un arbre en guise de bâton, il passait ceux qui
se présentaient. Un jour un enfant eut recours
à sa charité ; mais cet enfant était si lourd, que
le géant se retourna en disant : « Il me semble
porter sur mes épaules le monde entier ! »
— «Ne t’en étonne point, répondit l'enfant, tu
portes non seulement le monde, mais Celui qui
porte le monde.» (1)

Saint Christophe fait partie des quatorze
saints Auxiliaires, célèbres pour l'efficacité de
Jeur intercession. On le reconnaît dans leur
groupe à sa haute taille et à l'Enfant Jésus qu’il
porte.

Nos ancêtres l’invoquaient dans les temps de
peste, et saluaient dévotement son image, au
sortir de l’église, pour être préservés, au cours
de la journée contre l’eau, le feu, les tremble-
ments de terre, la mort violente :

Christophori sancli faciem quicumque tuetur
Ia nempe die non morte mala morietur.

Chrétien, jette les yeux sur la face sacrée
De l’illustre géant, Christophe le martyr,
Et, dans ce jour heureux, tu ne pourras mourir
D'une sorte de mort tragique, infortunée.

À notre époque, on se munit de sa médaille,
dans les voyages dangereux. Les voyages en
automobiles sont certes de ceux-là.

(1) Le mot Christophe vient du grec et signifie « celui qui
porte le Christ ».

SAINT-TUJAN 47

Aux xv° et xvi° siècles, les images de Saint
Christophe se multiplièrent. On peut en voir
une très belle, dans une verrière du transept
Nord de Ia Cathédrale de Quimper.

Autel du Rosaire

Cet autel, qui est du xvu° siècle, se trouve
dans le transept Nord. Il est caractérisé par un
grand tableau, où nous voyons Saint Dominique
recevoir le Rosaire des mains de la Vierge Marie,
tandis que l'Enfant Jésus le confie à Sainte
Catherine de Sienne.

Avant de lui donner naissance, la mère de
Saint Dominique vit un chien portant dans sa
gueule une torche. Cette torche enflammée,
destinée à mettre le feu au monde, symbolisait
la mission de Dominique qui, par son ardente
prédication, devait éclairer et purifier les âmes.
Conformément à ces données, le tableau repré-
sente, à côté du monde, un chien tenant une
torche entre ses dents,

Au bas de la toile, on lit ces mots : « Marie
Priol de Kerlaouen, 1846 ». C’est le nom de la
donatrice.

Au haut du rétable, un cartouche porte un
écusson timbré d’un casque de face, et soutenu

d’une tête d’ange ; il porte de gueules à deux
fasces d’or.

48 SAINT-TUJAN

Tout au haut, un panneau étendu représente
le ciel étoilé. On y aperçoit dans la nuée le Père
Eternel, étendant les bras. Immédiatement au-
dessous, une colombe, entre deux anges, sym-
bolise le Saint-Esprit.

A gauche de l'autel, une niche où figure
Saint Nicolas, surmonte la petite fenêtre voisine,
qui semble du x siècle et appartenait sans
doute à l’ancienne chapelle.

Au-dessus, le lambris porte une inscription :
F:D:T:DE SIMON DAGORN. MAIRE 1810 (1)

Sur la table de l’autel repose une petite statue
de Saint Tujan, haute de 0 m. 37, que des
enfants portent en procession, aux jours de Par-
don. Le saint, couronné d’une mitre, tient aussi
la crosse. Auprès de lui est un petit chien. Une
partie de son bras droit fait défaut.

Autel de Saint-Corentin

Situé à l’angle Nord-Est de la chapelle, cet
autel porte un massif de bois sculpté, de facture
assez gauche, présentant une tête entourée d’une
guirlande et surmontée de deux femmes assises.
Au-dessus de l’autel, figure, dans une belle niche,
Saint Corentin, Patron du diocèse de Quimper

(1) Fait du temps de Simon Dagorn.

A 4


SAINT-TUJAN. — A SES PIEDS,

ATEAU OFFERT EN EX-VOTO
(Photo Villard)

ces

K*

SAINT MICHEL

(Photo S. Le Pemp)

r CHRISTOPHE

SAIN

(Photo Plomion)

LE CATAFALQUE

(Photo

Villard}

PARTIE SUPÉRIEURE DU RÉTABLE DE L'AUTEL DU ROSAIRE

{Dessin communiqué par M. G. Monot).

50 SAINT-TUJAN

et de Léon. Ceint de la mitre, il tient de la
main gauche une longue crosse, et bénit de la
main droite. Le poisson qui était à ses pieds a
disparu. On lui a substitué un tout petit poisson,
qui apparaît à ses pieds, sur la droite. — A
gauche de l’autel est une jolie crédence gothique.

Autel de Sainte-Barbe

Cet autel, adossé à l’une des colonnes qui
divisent en deux parties le transept Nord, semble
du xvi° siècle, Il consiste en une table de granit
posée sur deux montants en pierre, dont la
partie inférieure est sculptée en forme de losan-
ges. Au-dessus de la table d’autel, on aperçoit
une croix peinte, avec la lance et la pique portant
l’éponge.

Le rétable est décoré de soleils, d’angelots et
de fleurs. Une niche, d’un travail très fouillé,
exécuté au xvi° siècle, contient la statue plus
ancienne de Sainte Barbe, qui soutient de la
main gauche sa tour, et a dans la main droite
un reste de palme. Au-dessus de Sainte Barbe,
deux angelots supportent un cartouche représen-
tant en mi-parti l’alliance d'Yves du Ménez et
de sa femme Marguerite du Bouilly : ce qui date
le rétable de la seconde moitié du xvr° siècle.

Tout au haut de la niche sont assises deux
femmes pleureuses.

SAINT-TUJAN D}

L'ENFEU DES SEIGNEURS DE LÉZUREC

Dans le grand chœur qui occupe le milieu dw
transept et une partie de la nef principale, une:
dalle en ardoisine surmonte le caveau des sei-
gneurs de Lézurec. Ce caveau a 2 mètres de long
et de large, et mesure 1 m. 20 de hauteur. On
y accédait jadis par un escalier de quelques.
marches que dissimulait une trappe. L'entrée en.
a été scellée en 1922.

L'une des pierres qui la ferment porte en
mi-parti les armes de René du Ménez et de
Jeanne Dourdu. Celle-ci avait comme blason :
d'argent au lion d'azur et lampassé de gueules.
À côté on voit un bloc de kersanton qui, avant
1922, servait de bénitier, à l’entrée de l’église.
Un écusson y est sculpté, timbré d’un heaume,
et entouré d’une sorte de collier de Saint-Michel.
Il porte une croix adextrée d’une main, qui est
du Ménez ; on y lit la devise Fide et opere (1).

Un’ peu plus haut que cette tombe, la croix
des Lézurec est sculptée à l’entrée du sanctuaire.

Vers 1843, M. Pol de Courcy, visitant Saint-
Tujan, descendit dans le caveau du chœur et
n’y vit, au milieu des décombres, qu’une moitié:
de squelette dans une châsse vermoulue (2). En
1907, l’abbé Abjean, vicaire, y signale la présence:
d'un crâne et de quelques ossements.

(1) « Par la foi et les œuvres. »
(2) Revue Bretonne, 1844, pp. 283-284.

y]
[a

SAINT-TUJAN

BALUSTRADE, CONFESSIONNAL, CHAIRE

CROIX, CATAFALQUE

La balustrade en bois qui sépare lautel du
‘Rosaire du reste de l’église, date de 1652 ; si l’on
veut, en effet, bien regarder, on trouvera, gravée
sur la porte de cette balustrade, en face de l’autel
du Rosaire, l'inscription suivante :

HENRI : LE : GALLIC.
EVT SFA DNS SL RS LAN: 1092

C’est le nom du fabricien de la confrérie du
Rosaire, érigée à Saint-Tujan, en 1649.

Le confessionnal qui est dans le style Louis
XV, porte deux coquilles de Saint Jacques ados-
sées l’une à l’autre. A l’intérieur est peinte sur le
plafond une colombe entourée d’une couronne
de fleurs.

La chaire en bois de chêne porte la date de
1766. En face, contre le mur, est appendue une
longue croix, souvenir de quelque grande Mis-
‘sion.

Le catalfaque, fort original, porte en sa partie
supérieure quatre panneaux mobiles, qui s’ou-
vrent pour recevoir le cercueil, et ensuite se
referment. Sur l’un de ces panneaux est une
inscription à peine perceptible ; quelques lettres

SAINT-TUJAN 5%

mieux conservées permettent cependant de
reconstituer les quatre membres de vers suivants
qui, en réalité, font un distique à rimes internes :

Qui speculum cernis
Cur non mortalia spernis
Tali namque domo
Clauditur omnis homo.

On peut traduire ainsi :

A la vue de ce miroir,

Pourquoi ne pas mépriser les choses périssables ?
Car c’est en une telle demeure

Qu'est enfermé tout mortel.

Aux extrémités du catafalque, on remarque
deux statues de bois, les bras en croix, de façon
que les mains sont disposées pour recevoir les
cierges. Ce sont Adam et Eve. Adam, vêtu d’une
peau de bête, a les jambes croisées ; sa compa-
gne, habillée d’une large tunique, a les reins
ceints, et pose le pied sur une pomme. Nous
avons donc ici, associées, les deux idées du péché
et de la mort. « C’est par le péché, dit l’apôtre
Saint Paul, que la mort est entrée dans le
monde. >» (1)

Le catafalque est de 1642. On peut encore
deviner sur le couvercle, deux ou trois de ces
chiffres, oblitérés par la peinture.

(1) Epitre aux Romains, V, 12.

54 ® SAINT-TUJAN

LES FONTS BAPTISMAUX

LEUR CLOTURE — LEUR FOYER

Les fonts baptismaux sont renfermés dans une
petite chapelle, fort originale. Elle est constituée
par un lambris plein, surmonté d’un grillage
en bois, aux balustres tournés, dans le style
Henri Il.

A l’intérieur, sur un lambris en planches, for-
mant voûte, apparaissent trois peintures :

1. Le baptême de Jésus par Saint Jean-Baptiste.
En perspective lointaine, figurent des arbres,
une cité, des montagnes.

2. Un prêtre en rabat entend, dans un confes-
sionnal, l’aveu des fautes d’un seigneur.

3. Un évêque au superbe costume, assisté de
deux prêtres, donne la Confirmation à une fem-

me.
A la voûte est cette inscription :

M'° IAN : PERENNES : R
HERVE : PLOINEC : F : LAN : 1679

On aperçoit au haut du lambris, des coquilles
de Saint Jacques et quelques vestiges de fleurs
de lis. Les nervures sont mouchetées d’hermines.

SAINT-TUJAN 55

A l'extérieur, les panneaux de la clôture sont
couverts de peintures qui représentent des fleurs
de lis et des arabesques. Au haut, figurent deux
tab'eaux :

1. A gauche, c’est un prêtre coiffé de la bar-
relte, revêtu du surplis et de l’étole, présidant
au mariage d’un seigneur. Le seigneur et l’hom-
me qui l’accompagnent ont de beaux costumes
du xvu° siècle, tandis que la dame et les deux
femmes qu’on voit à ses côtés sont habillées
comme les paysannes de l’époque. On peut lire
au bas du tableau cette inscription :

F ;"EÉN-1709 SDS TD
YVES POVLHASAN . Fque (1)

2. A droite, c’est un prêtre en chape qui baptise
un enfant, tenu sur les fonts par un seigneur et
une chatelaine; celle-ci est remarquable par sa
grande coiffure, sa robe à panier et sa traîne.
Derrière les parrain et marraine, une femme
encapuchonnée porte un pot à eau et un essuie-
main. Encore ici une inscription :

Mr I. GLOAGVEN BAPTIS: CET ENFANT
Cri DE PRIMELIN NAY DEPUIS VN MOMENT
EN 1705

La cuve baptismale en granit est ornée de mou-
lures.

(1) Fait en 1705, du temps de Yves Poulhazan, fabrique.

56 SAINT-TUJAN

Aux fonts baptismaux se trouve un foyer avec:
deux chenêts massifs en granit. Qu’est-ce à dire ?

M. le chanoine Abgrall a constaté l'existence:
de ces foyers, dans plusieurs églises de Cor-
nouaille, situées dans la région de Pont-Croix,
Pont-l’Abbé, Douarnenez (1). A quoi donc pou-
vaient-ils servir ? D’après une opinion assez cou-
rante, à chauffer l’eau baptismale, au cours de-
l'hiver. Peut-être, ajoute-t-on, certains seigneurs
prétentieux ou de riches bourgeois exigeaient-ils.
que cette eau fût chauffée pour le baptême de
leurs enfants (2). Il faut noter, à l’encontre de ce
sentiment, que toutes nos églises ou chapelles à
foyer n’ont pas leur cheminée aux fonts baptis-
maux. C’est ainsi, par exemple, qu’en la chapelle
de Kersaint-Trémazan, en Landunvez, deux
foyers existent, l’un dans la nef, l’autre au tran-
sept. Un texte de l’histoire des Carmes en Breta-
gne mentionne dans l’ancienne chapelle de Saint-
Laurent, en Pont-l’Abbé (xiv'-xv° siècle) un foyer
près duquel des lits étaient dressés pour les
malades qui venaient y faire une neuvaine de
prières (3). Au xn° siècle la coutume existait en:
France de déposer les malades dans les églises,
durant une ou plusieurs nuits, afin d’obtenir leur
guérison. Ce procédé est encore d’usage courant
dans les pays d'Orient.

(1) Architecture Bretonne, pp. 217-218.

(2) 1bid., p. 218.

@) Bulletin dioc. d'Histoire et d'Archéologie (Quimper), 1926,
pp. 7-9.

SAINT-TUJAN 57

CLOCHES

Gravissons les 124 marches qui mènent au
haut de la grande tour carrée. Nous y trouverons
trois cloches.

La plus petite est de 1803 ; elle porte les noms
de Simon Dagorn, maire, Jean Thomas et Jean
Masson, membres du Conseil de la commune de
Primelin. Les deux autres cloches furent bénites
en 1895, le jour du Pardon, M. Bourvon étant
recteur (1). L'une, qui se nomme Marie-Anne-
Marguerite, eut pour parrain Jean Carval, tréso-
rier, pour marraine Marie-Anne Celton. Les par-
rain et marraine de l’autre furent François Lau-
rent et Marie-Anne Riou.

TRÉSOR

Trois objets précieux sont conservés au pres-
bytère de Primelin : une relique de saint Tujan,
sa clef et le calice de sa chapelle.

La relique est renfermée dans une capse en
argent, de forme ovale, mesurant 0 m. 06 sur

(1) M. l’abbé Bourvon est aujourd’hui recteur de Brasparts
et chanoine honoraire.

58 SAINT-TUJAN

0 m. 045. Le poinçon se trouve au fond, à l’exté-
rieur, où on lit les deux lettres R. B. Plus haut
est un grand K surmonté d’une couronne.

La clef de fer, terminée en pointe, compte
0 m. 13 en longueur et 0 m. 05 à la poignée ; elle
est renfermée dans un étui d'argent, en forme de
clef ordinaire, qui porte, gravées, les mêmes let-
tres que la capse-reliquaire.

Quant au calice, c’est une pièce splendide en
argent doré ; de style gothique, il appartient au
xvi° siècle. Ce calice mesure 0 m. 29 de hauteur
et 0 m. 11 de diamètre, à la coupe. Le pied est
formé de huit lobes pointus, et porte en relief
l’image du Christ en croix, assisté de la sainte
Vierge et de saint Jean. Le nœud comporte deux
étages de niches renfermant les statuettes des
douze apôtres. Le pied et la coupe sont décorés
de rubans et de feuillage et portent des rayons à
pointes et à flammes, qui disparaissent à la tige.

Le poinçon, situé à l’extérieur de la coupe,
porte les deux initiales F. L. surmontées d’une
couronne.

CALVAIRE

Au Sud de l’église se trouve le calvaire en gra-
nit, composé d’un fût hexagonal assez moderne,
posé sur le vieux socle quadrangulaire. Les faces
de ce soubassement portent, au Midi un cœur
sculpté, à l'Ouest un crâne et deux tibias, au
Nord l'inscription M. PRIOL . 1821. A la face
Est, on lit P : FRIANT : R. Aux quatre coins du
socle figurent les statues anciennes de saints per-
sonnages, parmi lesquels on reconnaît saint
Pierre à sa clef, et Madeleine à son vase d’aro-
mates. À la face orientale est adossée une vieille
et superbe Pieta en granit.

La tradition veut que ce calvaire ait été situé
jusqu’en 1821, en dehors du cimetière, face à la
grande porte monumentale Sud. A cette époque,
l’abbé Friant, recteur, le fit transférer à sa place

actuelle.

ARCS DE TRIOMPHE

Au Midi de l’église se dresse une porte monu-
mentale du xvi“ siècle. Du côté Sud, l’accolade
de l’ogive est surmontée d’un Ecce Homo en ker-
santon.

A l'Ouest de la chapelle, on voit un petit arc
de triomphe en forme de porte basse, terminée
en demi-cercle. Les enfants y entrent tout droit,
tandis que les grandes personnes sont obligées
de s’incliner.

Non loin de cette porte surbaiïissée, se dressait,
au Sud-Ouest de l’église, un ossuaire gothique,
contemporain de la chapelle actuelle, mesurant
7 mètres de long sur 3 mètres de large, avec
sept ouvertures, en forme de cœurs. Désirant faire
élargir la route et établir une prison dans le
cimetière, le Conseil municipal de Primelin, au
mois d'Avril 1862, fit une démarche près de la
Préfecture pour en solliciter la démolition. Le
recteur et le conseil de fabrique élevèrent à ce
sujet une protestation (1). Une solution fut trou-
vée : transférer l’ossuaire du Sud-Ouest à l’Ouest

(1) Arch. dép., série V, Eglises et Chapelles.

SAINT-TUJAN 61

de la chapelle, Quelques années plus tard, le
monument, tout ruineux, était envahi par des
porcs, moutons, etc. Il masquait d’ailleurs
l’église. On décida donc de le démolir, lors de la
Mission de 1889, à Primelin. Les pierres qui en
formaient les ouvertures furent transportées au
bourg, où elles figurent aujourd’hui dans la clô-
ture de la croix de mission (1).

Outre les deux arcs de triomphe, il existe deux
autres voies d’accès au cimetière, au Nord et au
Sud-Est. La belle dalle de granit qu’il faut fran-
chir au Sud-Est porte en relief l'inscription sui-
vante :

MARTIN GLOAGVEN 1702

Une pierre est encastrée dans la partie Sud du
mur qui clôt le cimetière, on y lit :

THI : HORELLOV
FAB : 1650

Sur ce mur, derrière le chevet de la chapelle,
se voient deux pierres, où figurent les armoiries
des seigneurs de Lézurec. L’une offre un écartelé
de du Ménez et de Brézal, l’autre un mi-parti de
du Ménez et de Gourcuff. L’une de ces pierres se
trouvait, il ÿ a quelques années, dans l’église
même.

(1) Témoignage de M. Bourvon, ancien recteur de Primelim.

FONTAINE

Passons sous la grande arcade triomphale du
Midi et descendons l’étroit sentier qui mène à
l’ancien manoir de la Salle ; à quelque quarante
mètres, nous trouvons la fontaine de saint Tujan,
monument du xvi° siècle. Chacune de nos églises
de pèlerinage, chacune de nos chapelles de dévo-
tion a sa fontaine sainte, qui est comme un
complément du sanctuaire et où le fidèle, après
avoir prié devant la statue vénérée du saint
Patron ou de la sainte Patronne, ne manque pas
de faire une station.

La fontaine de saint Tujan est dominée par
un édicule en pierres de taille où l’on remarque
dans une niche une statue du Saint en kersanton.
Elle est close de pierres, avec des bases égale-
ment en granit.

LA « GRANDE MAISON »

Au Nord-Ouest de la chapelle, de l’autre côté
de la route, se trouve une maison en pierres de
taille, du xvi° siècle, connue sous le nom de
Ti-bras, «grande maison ». L’une des pièces du
rez-de-chaussée est décorée d’une grande chemi-
née. Un escalier aux degrés de granit mène à
l'étage. Sur une poutre au rez-de-chaussée, ainsi
qu’à l’étage, est gravée la date de 1635, qui signale
une restauration.

D’après la tradition, cet édifice aurait servi de
presbytère aux chapelains de Saint-Tujan.

HISTORIQUE DE LA CHAPELLE

—————_——

L'église actuelle de Saint-Tujan fut précédée
d’une chapelle dont l'existence est attestée en
1118. Cette année-là, Robert, évêque de Quimper,
fait donation de certains biens à l’abbaye héné-
dictine de Marmoutiers. Au nombre de ces biens
figurent « deux tiers des dîmes de Saint-Tuian
avec deux tiers du droit d’étole de ladite cha-
pelle » (1).

Se fondant sur un texte de Clément Marot qui
se trouverait à la Bibliothèque Nationale, M.
Velly, en la 7° édition de sa plaquette sur Saint-
Tugen, avance que Marguerite d'Angoulême,
sœur de François 1°, serait venue prier en 1525
dans cette chapelle primitive. Elle y aurait fait
vœu de la transformer en grande église si elle
parvenait à obtenir de Charles-Quint la grâce de
son frère prisonnier. Exaucée, elle aurait accom-
pli son vœu quelques années plus tard.

Le malheur est que ce texte ne figure pas à la
Bibliothèque Nationale.

_ (1) Dom Morice, Preuves, I, 540.

DES SE'GNEUPS DE LÉzurec (Photo Villard)

AU‘ 2 ge ÿ.-D. DE GRACE

(Photo Villard)

ere!

ss

TE BARBE

(Photo Villard)

CLÔTURE DU BAPTISTÈRE

(Photo Villard)

SAINT-TUJAN 65

D'après M. Henri Waquet, la chapelle de Saint-
Tujan a été commencée vers 1530 (1).

Nous lisons dans un document de 1626 :
« léglise tréviale de Sainct Thugen est estendue
de plus de 85 piedz de long, à pied de roy (2) et
de travers contient 69 piedz et davantage dans
dans laquelle église il y a 10 grandes fenestres
vittrées et 9 autelz chacun les mieux ornez avecq
fond bastismal relicquaire pour les mortz tombes
enfeux deux bannieres de velours en broderye
2 croix dargent pesant plus de 45 marcs (3) 2 clo-
ches de fonte pesant plus de 1.000 livres avec
tour et clochié fort élevé ung dome couvert de
plomb avecq 6 à 7 calices dor et dargant et plu-
sieurs beaux ornemantz et ou se fait le service
divin avecq processions grandes messes et prédi-
cations et en laquelle a divers jours de lannée
les paroisses circonvoisines viennent aux par-
dons » (4).

La même pièce déclare qu’Alain du Ménez et
ses prédécesseurs sont seigneurs fondateurs de
l’église de Saint-Tujan, et qu’Alain en est de plus
le bienfaiteur, ce qui se voit par les réparations
qui y ont été faites et par le bon état dans lequel
elle se trouve à présent. IL s’agirait ici de la
restauration du transept Nord de la chapelle,

(1) Vieilles Pierres Bretonnes…., p. 142.

(2) Ancienne mesure de longueur valant 6 m. 324.
(3) Le marc pesait une demi-livre.

(4) Archives de Primelin.

66 SAINT-TUJAN

réalisée en 1611, et, peut-être aussi, de la cons-
truction de la prison qui porte la date de 1593.

En 1652 fut confectionnée la balustrade qui se
trouve devant l’autel du Rosaire.

En 1659, le fabrique dépense « pour lambris-
ser une partie de l’église pour raccommoder le
jubé de la dite église 3 livres, pour un taber-
nacle a mettre sur le grand autel 300 livres, pour
raccommoder limage de saint Fiacre estoffé et
fait une niche 54 livres, — retable de saint
Nicolas et estoffé 18 livres ».

En 1663 « raccommoder les vitres faire des
croix sur la tour charroyer la grande cloche d’Au-
dierne façon de la cloche 240 livres, une porte
de chene sur la dite église 26 livres ». La porte
dont il s’agit est celle qui donne accès à l’église
par le porche Midi ; on y lit :

ESTIENNE . ANSQUER . FAB . LAN . 1663

En 1667, construction du maître-autel.

En 1669, le compte de Saint-Tujan mentionne
qu’on a «renouvelé la peinture des images du
vortail de la dite église ». Il s’agit de l’intérieur
du porche Sud.

En 1674, « lambris neuf à lesle nord de léglise
blanchir la tour et église faire un pavé sous les
fonds baptismaux un dome et un lambris au
dessus des fonds ». La même année, on dore un
crucifix, la Vierge et saint Jean.

De la même année encore date la peinture du
plafond de l'étage de la sacristie.

SAINT-TUJAN 67

L'intérieur de la clôture des fonts baptismaux
fut peint en 1679, et l'extérieur en 1705.

En 1691, «balustre a lautel de saint Jean
27 livres, 23 milliers d’ardoises 98 livres, les cou-
vreurs 78 livres ». La toiture de l’église fut donc
sérieusement réparée cette année-là.

En 1694, confection du bel autel de la Sainte
Vierge, N.-D. de Grâce.

En 1705, « pour la réparation de léglise qui est
en pays armorique grande et exposée à la tem-
pê'e 100 livres ».

En 1706, « à un peintre pour les fonts baptis-
maux et armoire des bannières 42 livres ». Cette
armoire qui porte les dates de 1704 et 1705 se
voit toujours à la sacristie. La même année,
«au charpentier pour la chambre de l'horloge
et autres travaux 50 livres ».

En 1709, « couverture de léglise 100 livres ».
Ce crédit fut affecté à la réparation de la toiture
du transept Nord. On lit, en effet, sur le lambris
de la chapelle, au-dessus de l’autel de Sainte-
Barbe, l'inscription suivante :

TAN BITAR -- 1709 +

En 1719, « à des couvreurs pour accommoder
l'église 21 livres, pour 52 livres de fer pour faire
une croix sur la tour 10 livres, façon dune croix
neuve pour la tour 2 livres ».

C’est en 1720-1721 que fut bâtie la sacristie de
Saint-Tujan. Le fabrique de cette année paie
« pour chaux ardoises et pierres 44 livres, pour
plancher de chêne et chataignier 60 livres, à des

68 SAINT-TUJAN

massons pour batir la sacristie de la trève de
Saint Tugen pour 216 journées scavoir au mat-
tre 15 sols par jour a ses compagnons 14 sols a
un apprenti 12 sols en tout 148 livres 11 sols —
à des charpentiers pour 148 journées au maître
15 sols par jour aux compagnons 14 et a un
apprenti 4 en tout 84 livres 13 sols — à des cou-
vreurs pour couvrir la dite sacristie pour 58 jour-
nées à raison de 14 sols par jour 40 livres
12 sols ».

En 1740, le fabrique paie 4 livres 3 sols « pour
raccommoder la fontaine et des vitres a l’église
suivant le prix fait en présence du sieur Recteur
et de M. Dumenez » (1).

Les comptes signalent ensuite les dépenses
faites en vue de la grande restauration opérée
au transept Sud de la chapelle en 1749 et 1750.

En 1749, on paie « a M. du Menez de Lezurec
pour ormes et chênes 300 livres, pour la couver-
ture de léglise 84 livres, pour la maconnerie de
léglise 251 livres, pour la charpente 163 livres,
pour du fer pour la vitre 15 livres... »

Nous avons déjà constaté les dates 1749, 1750
sur les murs avoisinant la sacristie.

En 1757, le fabrique débourse « pour le chœur
et balustres du maître autel 228 livres, pour gar-
nir le chœur des ferrailles nécessaires 15 livres,
pour avoir pavé la dite église 283 livres, facon
pour parer le chœur 146 livres ». Près de la balus-

(1) En 1732, il avait versé 49 sols « pour faire la niche pour
l’image de Ja fontaine ».

SAINT-TUJAN 69

trade, à l’autel du Rosaire, on lit sur le pavé
l'inscription :

IAN PRIOL . FAB . 1763

De 1770 à 1772, c’est la tour et l’aile droite de
la chapelle qui nécessitent des réparations, com-
me en témoignent les délibérations suivantes du
corps politique : « pour obéir à l'arrêt du parle-
ment du 3 mars 1770 au sujet de nourrir les pau-
vres, nous avons convenu ce qui est après ; ayant
beaucoup d’ouvrages à l’église tréviale de Saint
T'ugen, nous allons les employer afin de leur faire
gagner leur pain, pour charroyer et tirer des
pierres et boisages et autres effects nécessaires
pour les dits ouvrages de l’église, et nous som-
mes d’avis à leur payer six livres à chaque char-
rette à condiction de faire deux voyages chaque
jour du village de Kervigoudou en la paroisse
de Beuzec-Cap-Sizun ; et pour tirer des pierres
ils seront payés de quinze sols par jour ; les
femmes et les enfants en cas de besoïn on les
paiera deux sols par jour, et à Corentin Horellou
on paiera vingt sols par jour à condiction qu’il
veille les laboureurs et qu’il travaille luy même
et donne nouvelle à Monsieur le Recteur toutes
les semaines. Pour charroyer les pierres depuis
six heures du matin jusqu’à six heures du soir,
ils auront pour chacque charrette par jour qua-
tre livres dix sols à condiction de trois chevaux
à chaque charrette ».

Le 27 Septembre 1772, les délibérants s’occu-
pent de la tour de l’église : « chargeons Sébastien

70 SAINT-TUJAN

Briant fabrique de l’église tréviale de Saint
Tugean de réparer promptement la tour de la
dite église et en conséquence nous avons remis
entre les mains du dit Briant pour faire travail-
ler la somme de six cent livres et donnons ordre
au même de couper du bois nécessaire au cime-
tière et de prendre les poutres nécessaires à Pri-
melen et avons convenu de donner 25 sols par
jour à Jean Masson et Guillaume Jaffry, à Pierre
Brénéol 20 sols et 15 sols à Guillaume Jaffry fils
comme darbareurs (1) ».

Le 7 Novembre 1773, Yves Le Cloarec, marguil-
lier de l’église de Saint-Tujan, a remontré qu'il
est nécessaire de «relever une partie du raur
costier de l’aile droite de la dite église, mais
comme il y a dans ce mur deux vitres qui por-
tent des armoiries et écussons, le remontrant
requiert que le Général (2) ait à luy prescrire
les formalités qu’il doit faire. Le Général donne
tout pouvoir au dit Cloarec de faire présenter
une requête à Messieurs les Juges des reguaires
à Quimper, juges ordinaires des lieux, de descen-
dre à la dite église à l’effet de rapporter état et
procès verbal des dites réparations à faire et des
dites armoiries pour la conservation des droits
des seigneurs ».

Voici qu’en 1789-90 éclate la tourmente révo-
lutionnaire. Le 27 Juin 1792, deux officiers muni-
cipaux de Primelin, accompagnés du greffier, se

(1) Les darbareurs faisaient le mortier.
(2) Le corps politique.

SAINT-TUJAN 71

transportent à la sacristie de Saint-Tujan pour
inventorier les titres et les biens de la chapelle.

Par un arrêté du 24 Janvier 1793, le Directoire
du district de Pont-Croix prescrivit d'envoyer au
même district les matières d’or, d'argent et de
cuivre, ainsi que les ornements qui se irou-
vaient à Saint-Tujan. Au nombre de ces objets
était une cloche pesant 387 livres qui, le 23 Mai
1793, fut dirigée sur Brest (1). Au moment où
l’on empilait dans des charrettes les objets enle-
vés, une pieuse femme de Saint-Tujan, Jeanne
Cuillandre, femme Marc Normant, trompant la
vigilance des gardes, ôta d’une de ces charrettes
le magnifique calice gothique qui est aujour-
d’hui conservé au presbytère de Primelin.

Le 10 Germinal an III (30 Mars 1795), Mathieu
Thalamot, notaire à Esquibien, et Joseph Guesno,
d’Audierne, se rendirent à Saint-Tujan pour v
procéder à l’inventaire des meubles et immeubles.
La chapelle fut estimée à 1.200 livres, y compris
le cimetière avec ses arbres et l’ossuaire. Quant
aux meubles, voici quelle fut leur estimation :
« quatre autels, trois cents livres ; une chaire à
prêcher, quarante livres ; cinq confessionnaux,
soixante livres ; une balustrade en bois et le
chœur, trente six livres ; dans la sacristie, un
buffet à huit tiroirs et deux petites armoires
ayant au dessus cinq petites armoires et cinq
petits tiroirs, soixante livres. »

La vente des objets mobiliers, faite le 7 Ther-

(1) D. Bernard, La Chapelle de Saint-Tugen… (Bull. Soc.
Arch. Fin., 1908, pp. 239-240).

72 SAINT-TUJAN

midor an III (25 Juillet 1795), donna la somme
de 823 livres 10 sols.

Le 13 Juillet précédent avait eu lieu, touchant
la chapelle elle-même, une première criée qui ne
produisit que 1596 livres. Une seconde criée, le
29 du même mois, comporta quatre feux consé-
cutifs. Au premier feu, Simon Dagorn, de Prime-
lin, offrit 2.000 livres et Guezno 5.000. Au
deuxième feu : Thalamot 6.000 livres, Guezno
2.000, Dagorn 8.000, Le Breton 9.000. Au troi-
sième feu : Guezno 11.000, Normand 12.000, Tha-
lamot 13.000, Dagorn 14.000, Thalamot 16.000,
Normant 18.000, Thalamot 19.000, Normant
20.000, Dagorn 20.100 livres. Au quatrième feu,
Dagorn reste adjudicataire (1).

Simon Dagorn, après la Révolution, fit res-
taurer l’église de Saint-Tujan et la rendit au
culte.

Les pieuses fondations qui, au cours des xvrI°
ct xvirI° siècles avaient permis de faire face à
des frais considérables de restauration, disparu-
rent dans la tourmente révolutionnaire, et les
modiques ressources de la paroisse de Primelin
purent à peine, dans la suite, suffire à l’entre-
tien de l’édifice. En 1808, 1833, 1846, 1852, 1858
et 1892, quelques centaines de francs, pris sur
les ressources disponibles de la fabrique, furent
affectés à la réparation des lambris, de la toi-
ture, des fenêtres, et de la tour (2).

(1) Arch. dép. Série Q. Domaines. District de Pont-Croix.
Procès-verbaux et adjudications, Reg. 103, ff. 267, 268.
(2) Arch, de Primelin.

SAINT-TUJAN 73

En 1908, l’église fut classée parmi les monu-
ments historiques.

Cinq ans plus tard se fixa à Saint-Tujan un
vénérable ecclésiastique, originaire de Goulien,
l'abbé Yves Velly, ancien missionnaire en Haïti.
11 fut navré de voir la détresse de l’antique sanc-
tuaire. Mal entretenue, faute de ressources, la
pauvre chapelle était lamentable : les toitures
menaçaient de s’effondrer, les bois des charpen-
tes étaient vermoulus et disjoints, l’eau s’infil-
Want dans les murs, désagrégeait pelit à petit
les maçonneries, Emu de l’état misérable de la
chapelle, M. le Recteur de Primelin, dès 1909,
avait ouvert une souscription à fin de répara-
tion. L’abbé Velly, son confrère, se hâta de lui
venir en aide. Et, à cette intention, il composa,
en 1914, une monographie de l’église de Saint-
Tujan, pour vendre au profit de la chapelle (1).
Le succès de la brochure fut considérable, et
l’auteur se vit dans la douce obligation d’en
publier jusqu’à sept éditions, dont la dernière est
de 1930. Et il faut dire, à la louange de l’écrivain,
que chacune des éditions marque sur la précé-
dente un réel progrès.

De notables réparations furent faites à l’église
Saint-Tujan, vers 1919-1920 ; l'abbé Velly y
contribua dans une large mesure et, plus d’une
fois, il adressa à l’Administrateur des Beaux-Arts
des sommes importantes.

(1) Notice sur Saint Tugen et son église. Monographie de
ses nombreux et merveilleux symbolismes.

74 SAINT-TUJAN

Le bon ecclésiastique mourut le 8 Mars 1933,
dans sa petite maison blanche, et sa dépouille
mortelle repose tout près de la chapelle qu’il a
tant aimée. Avec un zèle éclairé et méritoire, M.
l'abbé Abgrall, Recteur actuel de Primelin, conti-
nue son œuvre, et il faut espérer que grâce aux
générosités des paroissiens et des nombreux visi-
teurs que la belle saison ramène au pays, elle
restera encore longtemps debout, la vieille cha-
pelle où vinrent prier tant de générations.

BIENS ET RESSOURCES
DE LA CHAPELLE

Avant la Révolution, l’église de Saint-Tujan
était pourvue de nombreuses fondations. Signa-
lons quelques-unes des plus anciennes.

Par un contrat du 9 Septembre 1512, Saint-
Tujan acquiert au village de Lamboban, en Clé-
den-Cap-Sizun, une rente de 22 sols monnaie
payable par Yves Poulhazan et consorts.

D'un contrat de vente du 10 Juillet 1539, il
ressort que Henri Le Mauneur et Guillaume
Tanté devaient à Saint-Tujan « six boisseaux de

SAINT-TUJAN 75

blé mistillon, tiers froment, tiers seigle et tiers
orge, valant la somme de 13 livres par an de
rente foncière ».

En 1553, messire Jean Lhostis, prêtre, chape-
lain de Saint-Tujan, lègue à la chapelle du blé,
à charge de faire dire à perpétuité une messe
dans la dite chapelle, les lundis, mercredis,
vendredis et samedis.

En 1604, Alain du Ménez fit donation à l’église
tréviale de Saint-Tujan de la maison du xvi° siè-
cle qui se trouve au Nord-Ouest de la chapelle,
et qui est connue sous le nom de Ti-bras « la
grande maison » ; elle était affermée comme caba-
ret, au prix annuel de 24 livres. En retour, tous
les lundis, seront célébrés dans la chapelle un
cbit et une messe répondue par trois prêtres ou
clercs : « avant de dire la messe sera dit sur la
tombe du sieur de Lézurec par les prêtres ou
clercs, des vigiles (1), et à la fin de la messe une
prière de recommandation pour les trépassés, le
tout à haulte voix ».

D’après la tradition, cette maison aurait jadis
servi de presbytère ; il se peut, en effet, que les
chapelains y aient fixé leur résidence, particuliè-
rement au xvir siècle. Celui qui avait loué la
maison était chargé de fournir le vin de messe
et de donner à déjeûner aux prédicateurs du
Carême. Actuellement la maison sert encore
d’auberge.

(1) I s’agit des vêpres des morts.

76 SAINT-TUJAN

Saint-Tujan avait encore d’autres rentes venant
des paroisses voisines d’Esquibien, de Plogoff, de
Beuzec, et aussi de la paroïsse de Pouidergat,

Il est établi par les comptes de fabrique que
les fondations affectées à notre chapelle furent
régulièrement acquittées jusqu’à la Révolution.

Les ressources disponibles de la fabrique ser-
vaient à l’entretien de l’église et des prêtres qui
y desservaient les fondations. Elles atteignirent
en 1656, 1750 livres, en 1666, 2163 livres, en
1706, 1552 livres, en 1739, 1837 livres (1).

CONFRÉRIE DU ROSAIRE

La confrérie du Rosaire fut érigée en la cha-
pelle Saint-Tujan le 24 Août 1649, par le Révé-
rend Père Gilles Binet, docteur en théologie et
prieur des Dominicains de Quimperlé.

L’autel de Notre-Dame de Pitié fut affecté au
service et aux offices de la confrérie. Les parois-
siens de Primelin promettaient de l’orner d’un
tableau représentant la Sainte Vierge donnant
le rosaire à Saint Dominique, et dans la mesure

(1) Archives de Primelin.

SAINT-TUJAN 77

du possible de faire figurer également à l’autel
les quinze mystères du rosaire. Ils s’engageaient
aussi à nommer un fabricien du rosaire.

Le procès-verbal de l'instauration de la confré-
rie est signé par Yves du Ménez, seigneur de
Lézurec ; Christophe Henry, recteur de Prime-
lin ; Yves Blais et Jean Floch, ses prêtres ; Mar-
guerite de Brézal, dame de Lézurec ; Marie du
Menez, dame de Lezoualch ; Anna Le Rousseau,
dame de Diarnelez...

LE SERVICE LITURGIQUE

Nous avons dit que Saint-Tujan était une trève
relevant de la paroisse de Primelin. Celle-ci avait
un recteur et un vicaire habitant au bourg ; des
prêtres, souvent originaires de la paroisse, rési-
daiïent à Saint-Tujan et y desservaient les mes-
ses et fondations à titre de chapelains. En 1524
et en 1534, et longtemps auparavant, il y avait
plusieurs ecclésiastiques à Saint-Tujan (1). Ils
étaient au nombre de cinq en 1539, et s’appe-
laient : Dom François Le Guall, dom Jehan

(1) Bull. Soc. Arch. Fin., 1916, p. 325.

78 SAINT-TUJAN

Lhostis, dom G. Maduré, dom Yves Le Dantec,
et dom Follic. La présence de ces prêtres per-
mettait de donner beaucoup d'éclat aux offices
religieux de Saint-Tujan. Il ÿ avait, les diman-
ches et fêtes, grand’messe, procession, prône et
sermon ; on y administrait les sacrements ; tout
s’y passait comme dans les églises paroissiales.
En 1705, on paie pour la moitié du cahier baptis-
mal 3 livres, pour vin de messe pendant l’année
9 livres ; en 1709, pour le pain à bénir au cours de
Pannée 50 sols ; en 1738, pour le cierge pascal
3 livres, et pour les rameaux 5 sols.

Comme la paroisse-mère, la trève avait son
prédicateur de Carême. En 1663, on donne à
déjeûner au Père prédicateur, trois dimanches
de Carême; en 1724, 56 sols furent affectés aux
frais des déjeûners du prédicateur de Carême
d’une part, et d’autre part de deux Pères Capu-
cins qui prêtèrent leur assistance pour le petit
« pardon ».

Les chapelains aïdaient le clergé paroissial de
Primelin dans l'administration des sacrements ;
les messes, au demeurant, étaient souvent chan-
tées à Saint-Tujan par le recteur et le vicaire,
et les baptêmes signés par eux.

Chose à noter, les comptables paient parfois
d’assez fortes sommes pour du vin à distribuer
aux communiants. En 1622, le comptable de Pri-
melin dit avoir payé « du vin de gascoigne pour
communier le peuple pour le premier dimanche
de caresme auquel jour il y a plénière indulgence
la somme de 13 livres 10 soutz >. En 1659, la

SAINT-TUJAN 79

fabrique de Saint-Tujan paie en vin pour la
communion de Pâques 36 livres. Ceci montre
qu’à Pâques et à quelques grandes fêtes, l'usage
était de donner aux fidèles qui avaient commu-
nié un peu de vin, comme cela se fait encore le
jour de lordination pour les prêtres nouvelle-
ment consacrés. On nous signale pour quelques
paroisses de notre diocèse l'habitude de faire
venir au presbytère les enfants de la première
communion et de leur y servir du vin et du pain.

De grandes solennités avaient lieu à Saint-
Tujan les jours de « pardon ».

En 1537, sept pardons y étaient célébrés
annuellement :

1. Le dimanche précédant la Saint-Jean-Bap-
tiste.

2. Le jour de la Toussaint.

3. Le jour de la Saint-Clément (23 Novembre),
anniversaire de la dédicace de l’église.

4. Le jour de Noël.

5. Le 1° Février, « jour de la fête de Monsieur
Sainct Tugen ». Ce «pardon» portait le nom
de «pardon de Sainct Tugen et Brigitte» (1).

6. Le jour de Pâques.

7. Le jour de la Pentecôte (2).

Le grand pardon était celui du 1” Février,
pour lequel François 1° avait accordé des lettres

(1) La fête de Sainte Brigitte d’Irlande est traditionnellement
célébrée le 1er Février tout comme celle de Saint Tujan.

(2) Bull. Soc. Arch. Fin., 1916, p. 235. — Les « pardons »
étaient nombreux à cette époque. Les comptes de 1692 en signa-
lent quatre à Primelin.

80 SAINT-TUJAN

patentes datées sur parchemin du 18 Février
1530, signées du roi lui-même et apostillées du
grand sceau.

A Pont-Croix se tenait, le 1‘ Février, une foire
très importante, où se réglait le cours du blé
pour l’échéance des rentes et fermages de la
Chandeleur. Seigneurs el cultivateurs s’y ren-
daient, si bien que la foire, selon l’expression
populaire, « faisait tort» à Saint-Tujan. Emue
de la situation, la fabrique porta plainte et Fran-
çois I‘, par de nouvelles lettres patentes, donna
ordre aux juges de Quimper de faire remettre la
foire de Pont-Croix « pour estre tenue a ung
aultre jour du dict moys, obstant la veille de
la feste de la Chandeleur et pardon principal de
Sainct Tugan » (1).

A l’approche de la fête de Saint Tujan, les
pieux fidèles des alentours frémissaient d’une
joyeuse émotion, et ils croyaient entendre sonner
plus clair le carillon de sa chapelle :

Bravaad à ra kloc’h sant Tujan,
Tostaad a ra ar pardon.

(Le son de la cloche de Saint-Tujan devient plus
beau. —— Son pardon approche.)

Depuis déjà longtemps, le grand pardon de
Saint-Tujan est celui du dimanche avant la
Saint-Jean. Nombreux étaient les pèlerins qui y
accouraient. Le fameux Cantique des Miracles,
qui daterait de la seconde partie du xvrr siècle,

(1) Ibid., pp. 192, 193.

LA SAINTE-FAMILLE
PEINTURE AU TRANSEPT SUD DE LA CHAPELLE

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PEINTURE AU PLAFOND DE LA SACRISTIE HAUTE
(Photo Villard.)

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PANNEAUX SCULPTÉS, DANS LA SACRISTIE BASSE
(Photo Villard.)

E. |
ARC DE TRIOMPHE DU CÔTÉ MIDI

( (Photo Villard)

LA CLEF DE SAINT TUJAN ET SON

»

ÉTUI
(Photo Villard)

SAINT-TUJAN 81

assure qu’on y venait de toute la Bretagne. M. Le
Carguet, percepteur à Audierne, écrivait en
1890 : « C’est un lieu de pèlerinage très fréquenté.
Nous y avons remarqué, tous les ans, surtout
les costumes de Fouesnant, Coray, Châteaulin,
et quelques-uns du Morbihan. Autrefois, ceux-ci
étsient les plus nombreux. On peut évaluer à
plus de douze mille le nombre des personnes qui
défilent chaque année devant la chapelle. Le
nombre des pèlerinages augmente les années où
l’on a signalé des chiens enragés » (1).

Jusqu’en 1914, année du début de la grande
guerre, les processions des paroisses environ-
nantes venaient relever par leur présence l'éclat
de la fête (2).

L’affluence des pèlerins était telle du xvr° au
XVII" siècle qu’elle exigeait de nombreux confes-
seurs. En 1656, le Père Maunoir et son compa-
gnon, M. de Trémaria, vinrent apporter leur
concours au clergé de Saint-Tujan. «Dès le
samedi soir, 24 Juin, sur les neuf heures, la foule
immense des pélerins avaient envahi l’église et
le cimetière. Quand le Père Maunoir et M. de
Trémaria se présentérent, tout ce peuple se dis-
posait à la danse. Le vénérable (Maunoir) va
droit au sonneur qui déjà accordait son instru-
ment, lui arrache ses hautbois et convoque les

(4) Bull. Soc. Arch. Fin., 1891, p. 200.

(2) La procession de Saint-Tujan, à son tour, se rendait aux
pardons des paroisses avoisinantes. C’est ainsi, par exemple,
qu’en 1724, M. Le Gall, prêtre, les porteurs de croix et ban-
nières reçoivent 30 sols pour avoir été au « pardon » de Saint-
Laurent en Lannourec, Goulien.

6

82 SAINT-TUJAN

pèlerins à l’église. Là, il fait le catéchisme qu’il
entremêle de cantiques spirituels, et y ajoute
une prédication à la fin de laquelle il déclare que
M. de Trémaria, leur voisin (1), devenu prêtre,
sidera pendant la nuit à confesser ceux qui
désiraient communier le lendemain... (Celui-ci)
confessa les pèlerins toute la nuit et le jour sui-
vant au milieu de mille bénédictions.. Toute la
semaine se passa à catéchiser, à prêcher, à
confesser » (2).

Nous lisons dans les comptes de 1674 : « Pour
entretenir messieurs les prestres tant de la
paroisse que d’ailleurs qui estoient priés pour
ayder les confessions et autres fonctions les
ceux jouis du grand pardon 18 livres ». Puis, en
1709: « Payé à Monsieur Sicourmad pretre pour
l'assistance jour de pardon et fondation et don-
ner la clef le jour du grand pardon 19 livres
10 sols ».

Au jour du « pardon », dans la trève de Saint-
Tujan, le maître de maison conviait à déjeuner
ses parents et amis éloignés. Au milieu du repas,
il disait lui-même ce qu’on nomme les Grâces :
Pater et Ave pour tous les parents vivants, pré-
sents et absents ; De profundis pour les parents
défunts et pour tous ceux qui ont habité la mai-
son jusqu’à la neuvième génération. Après ces
prières, le festin continuait.

(1) Il était originaire de Cléden-Cap-Sizun.

(2) Séjourné, Histoire du vénérable serviteur de Dieu Julien
Maunoir… Tome I, pp. 365, 366. — Maunoir donna deux mis-
sions à Saint-Tujan en Mai 1643, puis en 1669 (tome I, p. 187 ;
tome II, p. 125).

SAINT-TUJAN 83.

Les reliefs des énormes plats de viande posés.
sur la table devaient y demeurer jusqu’au lende-
main matin, et toute personne entrant dans la
maison était invitée à en prendre sa part (1).

Dans l’après-midi, à l'issue des vêpres, a Heu
la procession. Et c’est alors un spectacle impres-
sionnant que la vue de cette foule aux costumes
variés, venue de tous les coins de la région, défi-
lant -bannières déployées, au son des cloches et
au chant des cantiques. Jadis, le cortège saeré
se rendait, à travers tout le Trez-Goarem, jus-
qu’à la belle fontaine de Saint-Onno, en Esqui-
Lien, reconstruite en 1648, aujourd’hui disparue.
Tout le long du parcours on chantait, à pleins
poumons, les 32 strophes du Cantique des Mira-
cles (2). Actuellement, la procession se rend à Ia
grève voisine, dénommée Le Trez, où l’on a érigé,
il y à quelque 40 ans, une croix de bois. Au
vieux Cantique des Miracles a succédé une nou-
velle cantilène bretonne, due à M. Bourvon, rec-
teur de Primelin, de 1888 à 1898, et qui porte la
date du 11 Mai 1894.

Au retour de Ia procession, un prêtre, revêtu
de l’étole blanche et du surplis, bénissait, à
Péglise, les pains de la clef « bara an alc’houe »,
les épingles et les petites clefs en plomb (3).

Le pain de la clef était un petit pain sans
levain, long de 0 m. 13, large de 0 m. 06, arrondi
aux extrémités. Le prêtre, pour le bénir, le

(1) Bull. Soc. Arch. Fin., 1916, p. 343.
(2) Ibid., p. 246.
(3) Ibid., pp. 229-230.

84 SAINT-TUJAN

piquait avec la clef de Saint Tujan, y appliquait
le reliquaire en argent et faisait un signe de
croix. Le compte de 1663 mentionne qu’on a
versé à un prêtre la somme de 16 sols, « pour
avoir touché la clef et les reliques de saint Tugen
au peuple le jour du grand pardon et le jour
précédent ». Les pèlerins avaient une grande
dévotion pour les petits pains de la clef et en
emportaient chez eux. La tradition populaire
prétendait qu’ils ne devaient pas moisir (1).

L'épingle de Saint Tujan (spillen Sant Tujan)
était en laiton ou en fil de fer ; elle mesurait
0 in. 04 de longueur, et se terminait, à la tête,
par une volute.

Quand à la petite clef en plomb, c’est une clef
ordinaire de O0 m. 04 de long, avec un anneau
rond, une tige décorée de feuillage en spirale,
et, sur son pourtour, les initiales S. T,

Les épingles et les clefs étaient bénites elles
aussi par l’attouchement de la clef de Saint-
Tujan et du reliquaire (2).

La bénédiction des pains de la clef est tombée
en désuétude depuis presque cent ans. Quant
aux épingles, M. Le Carguet déclare qu’un mar-

(1) André Theuriet, Revue des Deux-Mondes, 1881, tome I,
p- 353.

(2) M. Le Carguet signale dans les comptes de Saint-Tujan
pour les années 1537 et 1538 un texte curieux : « Item se charge
dauoir repceu de Yvon Le Guac pour auoir administré les
reliques a sa partie adverse a sa requete 3 sols 4 deniers. »
I1 s’agit de deux adversaires. Quand au lit de mort, la récon-
ciliation n’avait pas eu lieu, si l’une des parties s’y refusait,
l’autre lui faisait porter les reliques de saint Tujan. (Bull, Soc.
Arch. Fin., 1916, pp. 231-232.)

SAINT-TUJAN 85

chand en a encore mises en vente en 1892 (1).
On continue de bénir toujours les petites clefs
en plomb.

Il y avait autrefois des luttes au jour du par-
don. Chaque paroisse y amenait ses meilleurs
lutteurs. Les luttes étaient mises sous la protec-
tion de saint Tujan, qui passait, dans la croyance
populaire, pour modérer la rage des combat-
tants (2).

Le 17 Juin 1725, le jour du «pardon» de
Saint-Tujan, fut marqué par un tragique acci-
dent. Cinquante-deux personnes revenant de la
fête avaient pris place dans un bac pour passer
d’Audierne à Poulgoazec. Le bac coula et tous
furent noyés. On autorisa les recteurs d’Esqui-
bien, d’Audierne et des paroisses voisines à célé-
brer les obsèques des victimes (3).

M. l’abbé Velly, dans sa brochure sur Saint-
Tugen (4), retrace les détails du pardon, tels
qu’il les avait vus soixante ans auparavant :

« Des centaines de pèlerins, écrit-il, venaient
encore, à cette époque, des extrémités du diocèse
de Quimper, Morlaix, Carhaïix, Quimperlé… et
un certain nombre des diocèses voisins (Vannes
el Saint-Brieuc). Ils arrivaient le vendredi soir,
tous à pied, un bâton à la main. Ils allaient
droit à l’église saluer saint Tugen. — La grande
place et toutes les aires du village étaient cou-
vertes de tentes. Sous ces tentes on leur pré-

(1) Ibid., p. 230.

(2) Bul. Soc. Arch. Fin., 1890, p. 200.

(3) Note du chanoine Peyron, prise aux Archives départe-
mentales.

86 SAINT-TUJAN

parait à manger... La nuit venue, toutes les gran-
ges, à Saint-Tugen et aux environs, leur étaient
ouvertes. On leur fournissait la paille néces-
saire… Ils dormaient là une nuit, deux nuits, car
ils étaient fatigués. Le samedi matin, messe
basse, confessions... Grand’messe. —— Pendant la
journée on les voyait faire pieusement le tour
de l’église, à genoux ou le chapelet à la main...
Le soir il y avait grande procession... La plupart
avaient des cierges à la main. — Le dimanche
nain, à 3 heures, ils assistaient à la prière
publique, à une messe basse, communiaient,
déjeunaient, et partaient, en jetant un dernier
regard sur l’église, et imploraient la protection
de saint Tugen sur eux et sur leurs familles. —-
Le reste du dimanche, la fête était on ne peut
plus solennelle... Grand’messe à 10 hetires.. Pré-
dication nombreux clergé, foule énorme.

« Le soir, à 3 heures, vêpres, tons solennels.….
Après le Gloria Patri de chaque psaume, sur un
signe, le tambour, vieux tambour de régiment,
faisait un roulement. — Aussitôt après les vêpres,
procession... par le Reun, Penzer, et le Croisou.….
après le clergé, le tambour, puis un vétéran de
haute taille portant un immense drapeau trico-
lore.. A la tête des hommes, deux gendarmes, en
grande tenue, le sabre au clair, le grand chapeau
à bicorne sur la tête. (A cette époque, quand un
gendarme entrait dans un village, le bicorne sur
la tête, tous les enfants se sauvaient dans les
maisons ; aujourd’hui, ils courent après. (Ré-
flexion d’un vieux). — Pendant la procession, le

SAINT-TUJAN 87

tambour alternait avec le chant des litanies de
la Sainte Vierge. De temps en temps un groupe
de vétérans de la guerre de Crimée et de la guerre
d'Italie, commandés par un capitaine, faisait une
décharge à poudre. — A l’arrivée à l’église, les
deux gendarmes se plaçaient debout dans le
chœur, toujours le sabre au clair et le bicorne
sur la tête. — Au moment de la Bénédiction, il
y avait un grand roulement de tambour, puis les
gendarmes abaiïissaient leurs sabres pour saluer
et adorer le Dieu du ciel qui bénissait la foule.

« J'ai vu moi-même, tout cela, dans ma jeu-

nesse » (1).
*%

Les archives de Primelin conservent le registre
des baptêmes administrés à Saint-Tujan de 1654
à 1659.

En 1658, Mgr du Louët, évêque de Cornouaille,
y baptise René du Ménez : « Le 26 Septembre
1658 a été baptisé par Illustrissime et Révéren-
dissime René du Louet evesque de Quimper ct
comte de Cornouaille René fils légitime de mes-
sire Yves du Menez et dame Marguerite du
Bouillye, sieur et dame de Lézurec, la Salle,
Kerouil, Keronnou dont le parrain et la marraine
ont été haut et puissant messire René du Louet
chevalier de l’ordre du roy et Marguerite de Bré-
zal dame douairière dudit Lézurec, Kerouil,
Keronnou. » Suivent les signatures : « René du
Louet evesque, Mével (recteur), Goas (prêtre),
etc. »

(1) Saint-Tugen, 7° édition, 1930, p. 32.

88 SAINT-TUJA:.

En 1662, l'abbé Julien du Ménez, recteur
d'Esquibien, baptise à Saint-Tujan Ollivier du
Ménez, de Lézurec (1).

Le 1‘ Juin 1702, Giles-Yves du Ménez, fils de
René et de Jeanne Dourdu, né le 10 Juillet 1701,
reçut le baptême des mains de Joachim du Livec,
recteur d'Esquibien. Les parrain et marraine de
l'enfant furent Giles de Lestu, comte de Beau-
vais, conseiller du Roi au Parlement de Breta-
gne, et sa femme Marguerite du Bouilly.

Le 25 Novembre 1703, a lieu le baptême de
Jacques du Ménez, né le 3 du même mois, fils
de René et de Jeanne-Olive Dourdu. Le sacre-
ment est administré par Jean-Baptiste de Ker-
melec, chanoïne de Quimper, archidiacre du Po-
her. Parrain et marraine : Jean-Urbain de Ker-
léan, seigneur de Kerhuon en Guipavas, et Mar-
guerite-Yvonne du Ménez, mariés tous deux le
matin du même jour dans la chapelle du manoir
de Lézurec.

Le 22 Septembre 1710, l’abbé François Jannier,
recteur de Primelin, confère le baptême à Renée-
Marie-Thérèse du Ménez, fille de René. Jacques
et Marie du Ménez, frère et sœur de l’enfant la
tinrent sur les fonts baptismaux. Le même jour,
les cérémonies du baptême furent suppléées à
Marguerite-Clémence du Ménez, ondoyée le 29
Mai 1708.

(1) Le dimanche 20 Février 1656, M. du Ménez, alors recteur
de Plougonver, au diocèse de Tréguier, avait chanté la messe
à Saint-Tujan.

o

SAINT-TUJAN 89

Le 23 Juin 1714, Françoise-Jeanne-Marie, fille
de René, est baptisée à Saint-Tujan. Parrain et
marraine : Jean Berne, chirurgien de la marine,
et Marie-Josèphe du Ménez. |

Le 24 Décembre 1736, René-Olivier du Ménez,
fils aîné d’Olivier-Vincent, est parrain à Saint-
Tujan d’un enfant aux métayers de Lézurec.

Le 2 Août 1737, eurent lieu à Saint-Tujan les
chsèques de Jeanne-Marguerite de Ravily, épouse
d’Olivier-Vincent du Ménez, dame de Lézureec,
décédée la veille au manoir, à l’âge d’environ
35 ans. La cérémonie fut présidée par Joseph de
la Marche, docteur en Sorbonne, recteur d’Esqui-
bien, et l’inhumation se fit dans l’enfeu des
seigneurs de Lézurec, au chœur de la chapelle.

Le 8 Octobre 1750, un enfant de la métairie
de Lézurec fut tenu sur les fonts du baptême
par Vincent-Olivier du Ménez, chef de nom et
d'armes, et sa fille Charlotte-Françoise.

Enfin, le 26 Novembre 1782, M. Hervian, rec-
teur de Primelin, baptise à Saint-Tujan Yves-
François-Gilles-Marc du Ménez, fils de Gilles e!
de Marie Le Gouvello de la Porte.

%
ke

Au moment où survint la tourmente révolu-
tionnaire, le recteur de Primelin était M. Pierre
Hervian, originaire du Faouëêt. Il avait comme
vicaire Yves Le Goardon, né dans la paroisse
même de Primelin.

Tous deux refusèrent de prêter serment à la
Constitution civile du clergé.

90 SAINT-TUJAN

Le dimanche des Rameaux, 17 Avril 1791,
Gloaguen, vicaire assermenté de Cléden-Cap-
Sizun, fut installé recteur de Primelin. M. Her-
vian se retira alors au manoir de Lézurec (1).
Il y confessa, y donna la communion, et fit à
Saint-Tujan les offices de la Semaine Sainte. Le
Samedi-Saint, des délégués du district de Pont-
Croix assistèrent à la cérémonie. Quand elle fut
terminée, ils s’emparèrent de toutes les clefs,
mirent les scellés sur les armoires, où ils avaient
renfermé les vases sacrés, « passèrent le Rec- ,
teur dehors, firent patteficher et cadenasser
toutes les portes ». De là, ils furent à Lézurec,
où ils firent à la chapelle tout ce qu'ils avaient
fait à Saint-Tujan. « Ils rendirent la municipa-
lité responsable de toute fraction des scellés,
patte fiches cadenas, et de tout événements » (2).

M. Hervian resta encore quelques semaines au
manoir de Lézurec, Les 12 et 13 Juin, malgré la
défense du constitutionnel Gloaguen, il confessa
el dit Ia messe à Saint-Tujan. Le district de
Pont-Croix le fit saisir à Lézurec, et conduire à
Quimper (3). Poursuivi et traqué continuelle-
ment, il passa en Espagne (4).

Quant au vicaire de Primelin, M. Goardon, il
se cacha dans la paroisse à partir de la mi-
Juillet 1792. Après avoir été détenu aux pontons

(1) Manuscrit Boissière, p. 87.

(2) Bulletin de la Commission diocésaine d'architecture et
d'archéologie, 1907, pp. 267, 268.

(3) Arch. Départ., Délibérations du district de Pont-Croix,
Reg. n° 3, fol, 124, 125.

(4) Manuscrit Boissière, p. 88.

SAINT-TUJAN 91

de Rochefort, il revint à Primelin en Mai 1795.
Arrêté de nouveau, il fut emprisonné à Quimper
et remis en liberté avant le 30 Décembre 1796.
En 1800, il se retrouve à Primelin, où il exerce
encore le saint ministère en qualité de curé.
Trois ans plus tard, il est recteur de la paroisse.

Le pardon de Saint-Tujan eut encore lieu en
1791, et les recettes montèrent à plus de 408
livres.

Le 8 Mars 1792, Louarn, maître d’école à Saint-
Tujan, écrivit au district de Pont-Croix : « Je
vous prie de vouloir bien me permettre de dire
les prières à l’église de Saint Thugen, afir
d’amuser les vieillards qui sont au nombre
de quinze dans ce bourg... Ils me tourmentent
Journellement de leur rendre ce service. Je pour-
Tai donc avec votre permission leur dire les
prières et leur chanter les dimanches les vêpres :
« Absque licentia nihil facio, sed data a vobis
totum agam >» (1).

Le culte public ne reprit officiellement à Saint-
Tujan qu’en 1803. L'année suivante, les recettes
du pardon furent seulement de 217 francs. En
1806, elles montèrent à 450 francs.

(1) Note prise par M. le chanoine Peyron, aux Archives
départementales du Finistère.

CANTIQ AR MIRACLOU

Cantique spirituel composet e gloar an Aotrou sant
Ugen, en deus ur plaç santel e parrès Prevel
en Escopti Querne, eleac’h ma ra nombr bras
a viraclou en andret ar re e ped gant carantez.
Ar pardon hac an Indulgeançou plenier ar sul
quent gouel Yan. Var ton Genovefa pe var ton
Quadry.

|

Tad Eternel, me ho suppli, — Dre an hano a
Jesus-Christ ; — Gred din ar c’hraç, dre garante, —
Da finissa mad va büe.

2
Spered Santel, me ho suppli, — Dre intercession
Mari : — Gred din ar c’hraç a sklerijen, — D’ober
ur vers d’ar gristenien.
3
Otrou Sant Tugen biniged, — C’hui peus bed,
gand Salver ar bed, — Ar c’hraç da breservi, var
an douar, — Ar re ho ped, d’oc’h ar gounnar.

(1) C’est le nom que l’on donne à ce vieux cantique breton
dallure populaire, imprimé à Quimper dans la seconde moitié
du xvu® siècle, mais qui remonte sans doute, intégralement
ou en partie, au xvr siècle.

LE CANTIQUE DES MIRACLES !

Cantique spirituel composé à la gloire de Monsieur
Saint Ugen, qui a un sanctuaire dans la paroisse
de Primelin, en l’'Evéché de Cornouaille, où il
fait nombre de miracles en faveur de ceux qui
le prient avec amour. Le Pardon a lieu et les
indulgences plénières accordées le dimanche

avant la Saint-Jean. — Sur l'air: Genovefa
ou Quadry.
1
Père Eternel, je vous supplie, — au nom de Jésus-
Christ ! —— Donnez-moi la grâce, par amour, — de

bien finir ma vice.

2

Esprit Saint, je vous supplie, — par l’intercession
ae Marie Donnez-moi la grâce de lumière, —
afin de composer un cantique pour les chrétiens.

3

Monsieur Saint Tugen le Béni, — à vous, le Sau-
veur du monde à donné — la grâce de préserver, sur
la terre, — ceux qui vous prient, de la rage,

(1) Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1916,
pp. 237-246.

94 SAINT-TUJAN

4
Kemen-se a m’oblij breman, — Dre ar sujed eus
ar vers-man, — Da zond d’ho pidi a galon, — Pa-
s’oc’h, da Zoue, guir vignon.
5
Ar c’hantiq-ma, kristenien, — A so komposed da
sant Tugen, — Dre ar c’hraç a Zoue an Tad, —
Ac inspiracion va El-mad.
6
Mès kent evit mont davantaj, — Kleved an oll
malheuriou bras —— A sa, er bloa-man, errued —
Gand kals a dud, ac a loened !
7
En Eskopti eus a Leon, — Ranna-ra, siouas, va
c’halon, — O veled ar malheuriou bras — A deus
bed gred c’hoas an arrai.
8
E Ploneour, e Kommana, E c’hoarved ar mal-
heuriou-ma ; — A so tost da Vene-Are, — Approu-
ved mad e kement-se.
9
En Eskopti eus a Vened, — C’hoarved, er Voyal,
ma entented ! — Er Forest-vras a Vrengili, — Ez
eus klanved daou vlei, en-hi.
10
En Eskopti eus a Naoned, — Malheuriou bras so
errued ; — Kals a dud a so devored, — Gad ur
vanden chass arrajed.
11
En Eskopti a Sant-Vriek, — Kals a dud a so isto-
med ; — Gand ur blei a oa arrajed, — Kals a dud

a so perissed.

SAINT-TUJAN 95

5
Cela m’oblige, aujourd’hui, — pour composer ce
cantique, — à venir vous prier, de tout cœur, —
puisque vous êtes véritablement l’ami de Dieu.

5

Ce cantique, chrétiens, — a été fait pour saint
Tugen, — par la grâce de Dieu le Père, — et l’ins-
piration de mon bon Ange.

6

Mais avant de poursuivre davantage, — écoutez,
tous les affreux malheurs, — arrivés cette année, —
à beaucoup de monde et d’animaux.

7

Dans l’Evêché de Léon, — mon cœur, hélas, se
fend, — à la vue des grands malheurs, — occasion-
nés encore par la rage,

8
A Plonéour, à Commana, —— sont arrivés ces
malheurs, — tout auprès des montagnes Arrées, —
et ils sont avérés.
9
Dans l’Evêché de Vannes, — ceci est arrivé à
Noyal, écoutez-moi : — Dans la grande forêt de
Branguili, — deux loups sont pris de la rage.
10
Dans l’Evêché de Nantes — de grands malheurs
sont survenus : — beaucoup de personnes dévo-
rées, — par une bande de chiens enragés.
11

Dans l’Evêché de Saint-Brieuc, — la stupéfaction
est grande ; — un loup enragé — a fait périr beau-
coup de monde.

96 SAINT-TUJAN

12
En eskopti eus a Roazon, — Goallet e vise ar
galon, — O veled ar goad o redek — Gand an dud
a oa devored.
13
En Eskopti a Landreger, — Eun nosvez, pevar
gemener : — Daou aneu a so surprened, — © veled
ur chi arrajed.
14
An daou al zouge gand respet — Alfe sant Tugen
biniged : — An daou-se so bed preserved ; — An
daou-al so bed devored.
15
Tri graouadur o c’hoarn loened, — E Plevin, tost
da sant Briek : — Daou aneu a so devored — Gand
daou gi a oa arrajed.
16
Tad unan eus ar vugale, — O devoa prened an
Alfe Eus a sant Tugen biniged : — Raktal hen
devoa preserved.
|
Un den oa bed er pardon — E Kelven, gand de-
vocion : — O tond d’ar ger, var an hent bras —
A rankontr ur chi en arrai. :
18
An den-ma gomanças neuze — Pidi Doue var an
Alfe — Eus a sant Tugen biniged : — Raktal e oa
bed preserved.
19
Un den oa bed o Iabourad, — O retorn d’ar ger,
d’eus ar parc, — Rankontras ur c’hi arrajed, —

Prest da zevori he bried ;

Î

;
|
|

LE CALICE DE

AINT-TUJAN

(Photo Villard)

FONTAINE DE SaiNT-TUuJAN (Photo Villard)

LE PARDON DE SAINT-TUJAN. — LA PROCESSION SUR LA DUNE
(Photo Jos. Le Doaré.)

SAINT-TUJAN 97

12
Dans l’Evêché de Rennes, — les cœurs défail-
leraient, — à la vue du sang répandu — par les
personnes dévorées.
13
Dans l’Evêché de Tréguier, — une nuit, de quatre
tailleurs. — deux d’entre eux sont surpris, — par
la vue d’un chien enragé.

14
Les deux autres portaient, avec respect, — la clé
de saint Tugen le Béni : — tous les deux ont été pré-
servés, — les deux premiers, dévorés.
15
Trois enfants gardaient les bestiaux, — à Plévin,
près de Saint-Brieuc : — Deux d’entre eux ont été
dévorés — par deux chiens enragés.

16

Le père de l’un des enfants, avait acheté une
clé — de saint Tugen le Béni : — Et son fils a été
préservé. ««

1Û7É

Un homme avait été au pardon — à Kelven, avec
dévotion : — En s’en retournant chez lui, sur la
grand’route, — il rencontra un chien en rage :

18

Cet homme commença alors, — à prier Dieu sur
la Clé — de saint Tugen le Béni : aussitôt il fut
préservé.

19
Un autre avait été au travail : — en s’en retour-
nant, chez lui, du champ, — il rencontra un chien
enragé — sur le point de dévorer sa femme ;

98 SAINT-TUJAN

20
Tostad a ras, desi neuse, — Rei a ras, desi, an
alfe —— Eus a sant Tugen biniged : — Ho daou es-
int bed preserved.
21
Ur batimant, var ar mour bras, — E n’hem gavas
en danjer bras : — Ha madou, ha martoloded —
E oa prest da veza kolled ;
22
Unan eus ar vartoloded, — Zouge, gand henor ha
resped, — Alfe sant Tugen biniged : — E maint,
dre he c’hraç, preserved.
23
Impossubl ve, da zen, kompren — Miraklou Otrou
sant Tugen, — En deus gred, partout, dre ar bed,
— Andred ar re deus e beded.
24
Kals a dud hen deus preserved, — On Otrou sant
Tugen biniged ; — Ha c’hoas, a raio, bemde, — Da
neb er ped, gant karante.
25
Pedomp oll, a galon parfed! — Dougomp he
alfe biniged ! — Ni veso, gant han, preserved —
D'oc’h ar chass klaon ac arrajed.
26
An alfe-ma, kristenien, — So digased da sant
Tugen, — Gand un el eus ar firmamant — Pa oa,
en he beden ar Sant.
27
Ac e goude an amser-se, — E ma, dre Brovidanc
Doue, — Ac e chomed e Breis-Izel, —— Er barres

so hanved Prevel,

SAINT-TUJAN 99

20

Il s’approcha d'elle, alors — et lui donna la clé —
de saint Tugen le Béni ; — et, tous les deux ont été
préservés.

dl

Un navire, sur la mer, au large, — se trouvait en

grand danger : — biens et matelots — allaient périr ;

22

L'un des matelots, — portait, avec respect et hon-
neur, — la clé de saint Tugen le Béni : — ils sont,
par sa grâce, préservés.

23
Il est impossible d’énumérer — les miracles que

Monsieur saint Tugen — a faits, partout, dans le
monde, — en faveur de ceux qui le prient.

24
Il a préservé beaucoup de monde, — Monsieur
saint Tugen le Béni, — et il le fera encore, chaque
jour, — à ceux qui le prient avec amour.

25
Prions tous, d’un cœur parfait ! — portons sa clé
bénie ! — Nous serons, par lui, préservés, — des
chiens malades et enragés.

26
Cette clé, chrétiens, — a été apportée à saint
Tugen, — par un ange du firmament, — quand le
saint était en prière.
27
De ce jour, — la clé, par la Providence divine,
— est restée en Basse-Bretagne, — dans la paroisse
appelée Primelin.

100 SAINT-TUJAN

28
E ma, var bordik ar mour bras : _ Ne gaver .ked
santelcc’h plaç. — Demdost d’ar ger eus a Voayen

— E ma an Illis sant Tugen.

PS Eee
Ni hon eus bonheur, Breis-Izel — E ma batissed
ur chapel — Da Sant-Tugen biniged. — Un tensor
bras d’ar Vretoned.
30
Mar fell d’oc’h kaout remission, — D’oc’h ho
pec’hejou ar pardon, — Deud oll, da sul kent gouel
Sant-Yan : — Es-eus pardon er chapel man.
31
Otrou sant Tugen biniget, — Sikoured an oll
Vretoned ! — Pere a zoug, a vir galon, — Ho alfe,
gand devotion.
32
Evid goude ma viomp bed, —— Ganoc’h, er bed-

man, sikoured, — Ma bo ar bonheur d’ho kueled. —
F touez ar zent ac an eled.

SAINT-FUJAN 101

28

C’est sur le bord de la grande mer : — on ne
trouve pas plus saint lieu; — Près de la ville
d’Audierne, — Est située l’église de Saint-Tugen.

29

Nous avons le bonheur, Bas-Breton, — qu’on ait
bâti une chapelle, — à saint Tugen le Béni : — C’est
un grand trésor pour les Bretons.

30
Si vous voulez avoir rémission, — de vos péchés
le pardon, — venez tous, le dimanche avant la
Saint-Jean : — le pardon se fait dans cette chapelle.

31

O saint Tugen le Béni, — secourez tous les Bre-
tons, — qui portent, d’un cœur sincère, — votre
clé, avec dévotion ;

32

Afin qu'après avoir été, — par vous, en ce monde,
secourus, — nous ayions le bonheur de vous voir
au milieu des Saints et des Anges.

Table des Matières

MAD sde see e sean torse siens den Fin
Saint Tujan, Histoire et Légende..................
La clef de Saint Tujan et la rage ...............,
La trêve de Saint-Tujan. Chapelles et manoirs.....
La Chapelle :

PRES OT AN EE EC

MIORIGUL aenre te se dre 0 Te dre es re toi
M ner caso do ose tent et dora
Arcs-de-Triomphe......... RP Rare ui

En TT TR Te PR

Historique de la Chapelle :;44., 4%. 05.57,

PPS MCE TESSOUECES. : 2 23 en à à 0 nd be de TD ee

Le Cantique des Miracles.....................74%

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