Cette base est destinée accueillir tous documents que vous possédez sur le Cap-Sizun. A terme, elle constituera une base de données où tous les amoureux du Cap pourront puiser des informations historiques, géographiques ou culturelles.
L'accès et l'envoi de documents est variable suivant votre status (visiteurs, membres, membres actifs).
Oppidum de Castel-Meur en Cléden (Finistère)
Paul du Châtellier · Archéologie · Cleden Cap Sizun
Compte rendu original des fouilles de l'oppidum de Castel-Meur par Paul du Châtellier (1890) : fortifications, 95 habitations, mobilier (armes, poteries, meules, tige d'or). Source primaire, domaine public (Gallica).
Daté du 1 janvier 1890. Ajouté le 23 septembre 2026, par Loic.
L'Anthropologie, t. I, 1890, p. 401-412 — Bibliothèque nationale de France (Gallica), ark:/12148/bpt6k54497646
Lire la transcription
La commune de Cléden-Cap-Sizun, faisant partie de la presqu'île qui s'étend d'Audierne à la pointe du Raz, est bornée au Nord par des falaises rocheuses très élevées, d'un effet grandiose et impressionnant. Ces falaises, fortement déchiquetées, sont découpées en une série de pointes avancées ou promontoires au nombre desquels se trouve celui de Castel-Meur (section A, n° 695 du cadastre de la commune).
Imprenables du côté de la mer, ces promontoires, dont les parois rocheuses sont le plus souvent des murailles s'élevant verticalement à la surface des eaux, sont faciles à défendre du côté de terre. Celui de Castel-Meur est admirablement choisi à ce point de vue, relié qu'il est à la falaise par une chaussée qui n'a pas plus de 50 mètres de large. C'est, sans doute, la raison pour laquelle s'y établirent les populations primitives qui y ont laissé de nombreuses traces de leur occupation.
Cette pointe, élevée de 61 mètres au-dessus du niveau de la mer et longue de 150 mètres, est à deux versants, est et ouest, descendant en pente rapide jusqu'aux escarpements rocheux qui surplombent la mer. Sur ces deux versants on remarque de nombreuses dépressions rectangulaires : ce sont les emplacements des habitations des occupants.
Du haut de ce promontoire avancé on a une vue splendide. À gauche, c'est-à-dire à l'ouest, on a devant soi l'île de Sein, aux légendes celtiques ; en face, dans le nord, la presqu'île de Crozon, si riche en considérables monuments de l'époque néolithique ; plus loin, dans le fond, la pointe du Toulinguet, l'entrée de Brest et Saint-Mathieu avec les ruines de son abbaye ; enfin, à droite, c'est-à-dire à l'est, les superbes grèves de Locronan et de Plonévez-Porzay avec le pic élevé de Ménez-Hom.
LES OUVRAGES DE DÉFENSE. — Pour pénétrer dans l'oppidum, il faut, en quittant la falaise, prendre le sentier moderne qui coupe les travaux de défense. Le premier obstacle est une douve D, creusée de main d'homme, de 3 mètres de largeur sur 2 mètres de profondeur ; les déblais ont servi à élever un talus ou rempart T de 2 mètres de haut sur 3 mètres de large, auquel est adossé un second rempart T' large de 1 mètre. En arrière est une seconde douve D', large de 6 mètres et profonde de 3 mètres, défendant un nouveau rempart T'' haut de 3 mètres et large de 5 mètres. À sa base est une troisième douve D'', large de 5 mètres et de 2 mètres de profondeur, contre laquelle s'élève un dernier rempart formidable T''', qui n'a pas moins de 4 mètres de haut sur 9 mètres de large à la base. C'était le dernier obstacle à franchir pour entrer dans le camp.
LES HABITATIONS. — Les 95 habitations de Castel-Meur (44 sur le versant ouest, 51 sur le versant est) sont toutes construites sur le même modèle. Elles sont rectangulaires, creusées en terre dans le sens de la déclivité de la falaise, l'entrée se trouvant du côté de la mer. D'une profondeur variant de 1 mètre à 60 centimètres. Les plus petites ont 3 mètres de long sur 2 m 50 de large, la plus grande 10 mètres sur 3 m 60. Pour soutenir les terres, on a construit des murs de soutènement en pierres sèches, sans argile pour les relier. Au fond, un lit d'argile rapportée de 30 à 35 centimètres ; au milieu, quelques pierres plates : le foyer, où l'on trouve toujours une épaisse couche de cendre, l'argile calcinée et réduite à l'état de brique brûlée. Quelques cases montrent des mottes incomplètement brûlées, qui font penser à des charpentes à deux pentes couvertes de mottes en guise de toiture. Toutes ces habitations ont été détruites par le feu.
De quoi pouvaient vivre ces populations ? De chasse et de pêche, et de quelques graines semées sur la falaise ; peut-être de maigres troupeaux. Chose essentielle, elles avaient d'abondantes sources d'eau douce coulant aux issues mêmes de l'oppidum.
LE MOBILIER. — L'exploration a produit une grande quantité d'armes de fer (fers de lance et de javelot à douille ouverte, épées à deux tranchants, faucilles), quantité de poteries grossières faites sans le secours du tour, souvent ornées d'encoches faites à l'ongle ou au doigt, des pierres à aiguiser, des pierres à concasser le grain, des percuteurs, des éclats de silex et des grattoirs. La case n° 6, au centre, la mieux abritée — que du Châtellier tient pour celle du chef de la tribu — a donné des perles en verre bleu, des fers de lance, une meule et une tige ronde en or pesant 10 grammes. La case n° 10 a livré une partie notable d'un casque en fer. Les maisons n° 7 et n° 8 ont donné deux paires de meules percées d'un trou central ; celles de la maison n° 7 étaient en place, l'une sur l'autre, montées sur un système de pivot ingénieux ; Alexandre Bertrand, directeur du Musée des antiquités nationales, exprima l'intention d'en faire monter une paire au musée de Saint-Germain.
LE TERTRE DE LA CRÊTE. — Avant de quitter l'oppidum, du Châtellier explora un tertre placé sur la crête du promontoire, de 4 mètres de diamètre sur 1 mètre de hauteur. À 50 centimètres sous le sol gisait un dépôt de cendres où furent recueillis des fragments de poteries ayant tous les caractères des poteries caliciformes des dolmens et deux pendeloques en quartz percées d'un trou. Sur le versant ouest, un autre tertre recouvrait une urne cinéraire.
DATATION. — « Nous voudrions pouvoir donner l'âge des monuments de Castel-Meur. Ils sont probablement antérieurs à l'époque romaine, nous ne pouvons préciser davantage. » Le promontoire est à environ un kilomètre au nord de la voie romaine qui aboutissait à l'oppidum de Trouguer, également exploré par du Châtellier.
LE TUMULUS DE KERIOLET. — Non loin, à l'est du village de Keriolet (parcelle dite Biguenan-Toulou, section A, 631, de Cléden), du Châtellier fouilla un tumulus de 10 mètres de diamètre sur 1 mètre de haut, recouvrant une chambre circulaire construite en pierres maçonnées à sec, en forme de four, voûtée par encorbellement ; au fond, un lit de glaise portant des cendres, sans mobilier. Deux autres tertres voisins, fouillés, n'ont rien donné.
[Transcription établie d'après le mode texte de Gallica (BnF), taux de reconnaissance estimé 97 % ; le texte a été légèrement corrigé.]
Texte reconnu automatiquement sur les images : il peut comporter des erreurs de lecture. Le document reste la reference.