Étude de H. Le Carguet (Bulletin de la SAF, 1893) sur les meules et molettes préhistoriques, gauloises et romaines découvertes dans le Cap-Sizun, avec planches.
Daté du 1 janvier 1893. Ajouté le 6 septembre 2026, modifié le 6 septembre 2026, par Loic.
Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1893, p. 339-345
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XXI.
Meules et Molettes préhistoriques, gauloises et romaines
trouvées dans le Gap-Sizun. — Le Braou.
I. - Epoques préhistoriques.
Les hommes de l'époque de la « pierre polie », d'après les
les découvertes qui ont été l'aites dans les Palafittes et dans
beaucoup d'autres stations, connaissaient le blé : plusieurs
espèces de froment et d'orge et, peut-être le seigle, quoique
cette plante paraisse plutôt se montrer avec« l'âge du bronze».
Ces époques sont toutes représentées dans le Cap-Sizun,
surtout l'époque néolithique, dont on rencontre les traces et
les objets, presque à chaque pas.
Le premier instrument que l'on trouve, comme ayant
servi à utiliser le blé, est le caillou. Mais toute pierre n'était
pas bonne pour cet usage. On rejetait toutes celles qui avaient
une cassure conchoïdale, ou des éclats tranchants. On délaissait les silex et les quartz qui servaient uniquement de
percuteurs, ou marteaux, pour prendre les grès et les
granits fins.
Les pierres servant à écraser le grain, concasseurs ou
molettes, sont ordinairement de forme arrondie et de la
grosseur du poing (fig. 1). Elles présentent plusieurs facettes
faites par le frottement ou une légère percussion; un concasseur, trouvé sur la colline de Roz-Criben, qui domine le
port d'Audierne, présente dix de ces facettes.
Quelques-uns de ces instruments sont faits d'un galet un
peu allongé et aplati ; sur les deux faces plates se trouvent
deux trous opposés pour recevoir le pouce et le médius
(fig. 2. A).
D'autres sont échancrés, à l'une des extrémités, pour être
mieux saisis à pleine main (fig. 2. B).
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On employait ces molettes pour écraser le blé sur des
pierres plates, ou meules. Les pierres du pays servaient à
cet usage ; peut-être aussi les roches du littoral qui présentent des dépressions ou cuvettes, comme Carrec-ar-Skuel,
le rocher de l'Ecuelle, en Goulien. Ces dépressions sont,
pour la plupart, déterminées par la désagrégation des éléments de la roche; mais, il y en a aussi de faites par main
d'homme. Ainsi, à l'Ile-de-Sein, il y a encore très peu de
temps, on creusait de ces cuvettes pour recueillir les eaux
pluviales ou le sel cristallisé par l'évaporation des eaux de
la mer.
Quelquefois aussi, ces meules étaient des blocs de roches
détachées, servant à deux fins, comme un usoir, bloc d'un
demi-mètre cube, trouvé sur la colline de Roz-Criben, et qui
présente, à la fois, des cuvettes pour écraser le blé et des
rainures pour l'affûtage des haches en pierres.
L'usage creusait ces meules en forme de cuvette arrondie
ou elliptique.
Quand la cuvette s'agrandissait, on prenait une molette
plus lourde, aplatie, et l'on s'en servait par frottement
(fig. 4).
Ce mouvement se faisait circulairement, ou, par va et
vient de toute la longueur du bras. De là deux formes de
meules : les meules rondes ou elliptiques (fig. 2, 3, 4), et
les meules allongées (fig. 5 et 6).
Ces grandes cuvettes, de 0 m. 30 à 0 m. 40 de diamètre,
se préparaient d'avance, avant d'être mises en usage. Les
découvertes faites, de 1881 à 1886, sur cette colline de Roz-
Criben, ont livré le secret de cette préparation.
Sur cette colline, se trouvait une vaste station néolithique,
au centre de laquelle était une aire de 15 mètres de diamètre,
abritée des vents de N.-O. à N.-E., par un mur de grosses
pierres de 1 mètre environ de hauteur. C'était le sol d'une
habitation. Toute sa surface était couverte de cendres et, de
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distance en distance, une quarantaine de pierres creusées,
les unes posées à plat, les autres renversées. Toutes contenaient une poignée de petits galets ovoïdes, de 0 m. 15 de
longueur, d'un grain beaucoup plus dur que le granit des
meules. A quoi pouvaient servir ces petits cailloux, ainsi
disposés ? N'était-ce pas pour creuser et polir les meules ?
Par le frottement de ces petits galets dans la cuvette qui
les contenaient, on obtenait le creux et le poli voulu.
Une autre particularité de ces meules, c'est que toute la
partie plane, formant rebord sur tout le pourtour des cuvettes,
était enlevé (fig. 3 et 4) (1).
II. — Meules gauloises.
Ces grandes meules nécessitaient de larges molettes,
lourdes à manier.
Dans les stations gauloises, on trouve, en même temps
que ces meules plates, des pierres percées, s'agenceant,
deux à deux, pour faire un moulin.
Meule et molette, rendues cylindriques, étaient creusées,
de part en part, pour recevoir un axe en pierres ou en bois
(fig. 7).
On s'en servait, en donnant, avec les deux mains posées à
plat, un mouvement de rotation autour de l'axe, à la pierre
supérieure.
A la longue, les faces en contact s'usaient et formaient
comme deux cônes opposés par leurs sommets (fig. 8). En
cet état, les meules étaient d'un usage difficile, et même
impossible, à moins de s'en servir par une demi-rotation,
de droite à gauche.
A la fin de la période gauloise, les meules reçurent un
perfectionnement dont le système ingénieux se retrouve
encore aujourd'hui dans le braou, le broyeur de l'Ile-de-Sein.
(1) J'ai encore trouvé, dans cette station, une hache schistoïde et deux
vases de l'époque des dolmens ; l'un, en forme d'écuelle, l'autre, caliciforme,
avec des ornements en feuilles de fougère, alternant avec des bandes lisses.
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La meule supérieure (A. fig. 9), reçut un pivot en pierre,
serré par des coins; la meule inférieure (B), un galet plat
encastré. Au centre de ce galet, est un petit trou déterminé
par le pivot de la meule supérieure qui s'y appuie.
Les deux meules sont percées de part en part : l'une, la
meule volante, reçoit le blé, et peut-être un levier coudé,
dans son ouverture un peu oblique ; l'inférieure laisse passer
le blé.
Dans Toppidum gaulois de Castel-Meur, en Cléden-Cap-
Sizun, une paire de ces meules a été trouvée en place, au
coin d'une hutte. Elles étaient posées sur deux pierres, de
champ, laissant, entre elles, un intervalle pour recevoir la
farine qui s'écoulait par le trou central de la meule dormante. (Voir la description de cette découverte dans l'Anthropologie, juillet-août 1890, n° 4. P. du Châtellier :
Oppidum de Castel-Meur.
III. - Meules romaines.
Les meules romaines sont aussi faites de deux pierres et
d'un axe, comme les premières meules gauloises. Mais elles
diffèrent sous plusieurs rapports :
L'axe est fixe dans la meule inférieure qu'il ne traverse
pas.
La meule dormante est taillée en cône et rentre dans la
meule supérieure (fig. 11), ou bien, elle est creusée en
cuvette pour recevoir l'autre meule (fig. 10 et 12).
Mais la disposition la plus à remarquer des meules romaines est l'adaptation d'une barre à la pierre girante.
Tantôt ce levier entre dans une rainure faite à la face supérieure de cette meule (fig. 10, A); tantôt dans un trou
latéral disposé pour le recevoir (fig. 11). Souvent ce levier
est double (fig. 12).
D'après les dimensions des trous, ordinairement carrés,
l'axe et la poignée devaient être en fer.
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Les meules romaines sont presque toutes de petites dimensions pour être plus facilement transportables.
On s'en servait, en les posant sur une natte, la farine
tombant sur tout le pourtour de la meule inférieure.
IV. - Le broyeur de l'Ile-de-Sein.
Le Braou (1) de l'Ile-de-Sein (mot d'origine inconnue),
c'est la meule gauloise avec un levier (fig. 14)
L'armature est la même : un pivot et une plaque.
Mais, dans le Braou, ces objets sont en fer, et disposés
en sens inverse. Ainsi, c'est la meule inférieure qui porte
le pivot, ar meul, et la meule volante, la croix, ar groas.
La meule supérieure, seule, est percée d'un trou pour
laisser passer le blé; la meule dormante porte, sur le côté,
une rainure par laquelle tombe la farine.
Le levier a son point d'appui au plafond, dans un trou
fait à une planche qui relie deux poutres. L'extrêmité inférieure, près de laquelle se pose la main pour actionner la
machine, est armée d'une pointe en fer qui entre dans le
bord de la meule tournante.
Comme la meule gauloise, le Braou repose sur une construction en pierres.
Les pierres qui composent les braou viennent toutes des
kiste-stone de l'Efvran, tumulus sur lequel est bâtie la
cro x de l'Ile.
Autrefois, avant la construction du moulin à vent de l'Ilede-Sein, vers 1875, il y avait un de ces Braou, dans chaque
maison et, le premier ouvrage de la ménagère était,
après la prière du matin, de moudre la provision de farine
nécessaire au pain de la journée.
(1) A PIle-de-Sein, le mot Braou, s'emploie aussi au figuré. On appelle
eur Vrao, une femme bavarde, ou une femme de mauvaise vie, selon
qu'on fait allusion à la meule supérieure qui tourne toujours, ou à la
meule inférieure girante. — Dans le Cap, c'est une fillette qui ne reste
pas tranquille,
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En 1825, on essaya, à I'lle-de-Sein, la culture du maïs
qui réussit bien. Mais on y renonça bientôt, les Braou ne
pouvant pas moudre ce grain.
V. - Le Braou du Cap-Sizun.
Ce genre de moulin était aussi très commun dans le Cap-
Sizun.
A mon arrivée à Audierne, en 1880, je trouvais, presque
dans chaque village, des galets ovoides, très durs, percés
d'un godet sur une face, parfois sur les deux côtés. Ils
n'avaient encore attiré l'attention d'aucun chercheur.
A ma première demande, on me répondit que c'étaient des
Men-Braou ou Millinvu Braou. armatures des anciens
moulins à bras. Ces moulins n'existaient plus ; ils avaient
été remplacés, de longue date, par les petits moulins à vent,
si nombreux sur toutes les collines du Cap. A force de
recherches, j'ai réussi à reconstituer cet ancien instrument,
avec des débris trouvés à Primelin,
Le Braou du Cap-Sizun se compose de trois parties :
(planche Il.)
1° La meule supérieure, creusée d'un entonnoir pour recevoir le blé, est mise en mouvement par un pignon et une
manivelle ;
2° La meule dormante est percée, de part en part, pour
laisser passer un pivot et creusée d'une rainure latérale,
comme celle de l'Ile-de-Sein, pour l'écoulement de la farine ;
3° L'axe, d'une longueur de 0 m. 30, et d'un diamètre de
0 m, 06, est fait, tantôt d'un seul galet, tantôt d'une tige de
bois armée d'un galet. Il traverse la meule dormante et son
extrémité inférieure repose et tourne sur un gond en pierre,
An-Diz, le dé, qui porte ces cuvettes faites par frottement.
L'extrémité supérieure est fixée dans une plaque de bois
ou de fer, appelée le petit fer ou la croix.
La croix est reçue dans une entaille de la meule supérieure.
Meules et Molettes trouvées dens 2.
від 2
Рід. 1
B
Гід. 3.
et
Neutes
molettes
préhistor
Під. 5
Meule
Meules plates
Гід. 9
Під. 10
A
A
Meule inférieurd
N
Neule romaine
Meule Gauloise de Castel Moeur
• 6:
Ing. 12
g. 11
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