Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1899, pages 417 à 439. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.
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= 417 ÷
XXII
LES CHAPELLES DU CAP-SIZUN (suite) ()
LeS
IV.
Saints et les immigrations
bretonnes insulaires.
I. - Les vieux Saints.
La plupart des vieux saints du Cap-Sizun ont reçui, de la
tradition, une origine bretonne insulaire:
Leur biographie est inconnue.
• L'iconographie les représente généralement sous l'habit
religieux, mais on ne peut en déduire aucun indice biologique
certain.
Leurs pouvoirs sont variés. Les uns sont invoqués comme
guérisseurs ; les
, autres passent pour accorder des grâces
spéciales, ou sont les protecteurs du pays.
Dans ces pouvoirs différents trouverait-on le souvenir de
ce qu'ils ont été; de ce qu'ils ont fait ?
Les saints guérisseurs auraient-ils été des personnages
dont la charité et le dévouement étaient la règle deleur vie?
Les maux pour lesquels on les invoque étaient-ils ceux qui
affligeaient le plus fréquemment les populations parmi
lesquelles ils vivaient ?
Les saints invoqués pour des faveurs spéciales ont-ils
détenu la fortune, les biens de la terre ?
Les saints, protecteurs des paroisses, étaient-ils les puis-
sants de leur époque ?
(1) Cf. Bulletins de la Société archéologique du Finistère. (Juillet 1891,
férrier et avril 1899.)
• BULLETIN ARCHEOL. DU FINISTERE. — TOME XXVI (Mémoires) 27
- 418 -
La tradition est si obscure qu'on n'en peut rien déduire
de certain.
Tous les saints bretons ont été canonisés par la vénération
populaire, tacitement approuvée par l'Eglise.
Des idées jansénistes ayant pris cours parmi quelques
membres du clergé breton, la guerre fut déclarée aux vieux
saints qui n'avaient pas la canonisation romaine. Leurs sta-
tues, malgré plusieurs siècles de vénération, furent descen-
dues de leur piédestaux et reléguées dans les combles des
sacristies ; leurs noms supprimés aux baptêmes, ou rajeunis
et transformés d'après le martyrologe romain..
•Des assimilations facheuses ont élé commises, de compli-
cité avec les fidèles qui chercháient, dans leurs livres impri-
més, la vie de leurs saints patrons, el, "ne les y trouvant pas,
en prenaient d'autres, sans autres motifs qu'une certaine
assonnance dans les syllabes composant les noms.
C'est ainsi que Rumonus, abbas, d'Audierne, 'est devenu
saint Raymond Nounat; que Onneus, d'Esquibien, après avoir
•disputé la titularisation de son église à N.-D. des Grâces,
n'a plus reparu, dans les noms de baptêmes, durant un siècle
et démi ; que Cléden, (de même que saint Cleuzen, ou Clèvé,
du Tréguier); est devenu saint Clet, aussi bien que Anaclet,
sans préoccupation de savoir que celui-ci, Athénien de nation
et vivant sous Trajan, n'était pas le même que le premier,
romain d'origine et martyrisé,sous Domitien.
Une autre cause de confusion provient du culte, tout spé-
cial, accordé à des saints locaux. La dévotion populaire qui
se portait de préférence vers ceux-ci s'est plu à les orner des
mérites et des attributs des saints moins connus, ou moins
en faveur. Il en est résulté deux faits : que les noms des saints
vers lesquels ne se portait pas le culte populaire sont tombés
:
dans l'oubli; que la légende des autres contient tant d'ana-
• chronismes et de contradictions.
- 419 -
II. — Les Immigrations.
saints
Dans le Cap-Sizun, la légende de plusieurs
locaux est inconnue. Cependant la tradition semble avoir
:conservé le souvenir de leur arrivée dans le pays.
Comme la plupart des émigrations bretonnes insulaires șe
sont faites, par masses, sous la conduite de chefs civils et
religieux, il faut admettre que le. Cap a reçu, par cette voie,
un: surcroît de population, attirée peut-être par des relations
antérieures, commerciales ou autres.
C'était un événement que l'arrivée de ces bandes, venant,
avec leur double organisation civile et religieuse, s'implanter
au milieu ou à côlé de populations sans force, ni cohésion ;
, installer leurs Plou et leurs Trew, près des Mansiones et des
Vici gallo-romains en détresse; et il n'est pas impossible que
le souvenir d'un tel événement se soit conservé jusqu'à la
population actuelle qui dérive de la fusion des anciens habi-
tants avec ces nouveaux venus.
Dans le Cap-Sizun, la
commune de Plogoff est la seule à
posséder son Plow et son Trew. C'est là aussi que se trouve
¿le principal point d'atterrissage adopté par les immigrants.
La crique de Pors-ar-Sent, le port des Saints, située sous la
-
•chapelle, de date récente, de N.-D. de Bon-Voyage et de Bon-
Port, est aujourd'hui impraticable. Il n'en était pas de même
autrefois. La légende. y fait débarquer trois saints : il laut
comprendre trois contingents de population étrangère. D'où
venaient-ils? Quels étaient leurs chefs ? La tradition, à cet
égard, est muette, excepté pour un saint qui serait venu du.
Midi.
Un autre point d'atterrissage d'une émigration est situé .
¿entre la rivière d'Audierne et l'anse du Cabestan. Il comprend
toute la commune d'Audierne et la partie basse de cello d'Es-
quibien, appelée le Goulet.
C'est dans cette partie qu'on trouve des noms caracté-
ristiques d'une occupation bretonne insulaire :
- 420 —
Près des Capucins d'Audierne, la colline de Roz-al-Wulès,
qui rappelle le nom de la Cornouaille anglaise ;
.. Au centre d'Esquibien, le village de Ker-od-Tyern, rési-
dence probable du chef, ou Tyern breton ;
Le nom, le territoire, la plage et le port d'Audierne, ou
Od-Tyern, la rivage du T'yern : puis Lès-Ongar.
Deux noms de saints inconnus sont áussi les titulaires des •
deux paroisses ; Bumonus, à Audierne, et Onneus, à Esqui-
bien, auxquels l'ancienne légende attribue
une origine
bretonne insulaire.
Un troisième point d'immigration serait la commune de
Goulien, la partie ouest de Beuzec, et la partie haute, ou le.
gorré d'Esquibien.
D'après une tradition locale, les habitants de Goulien
seraient venus en Bretagne-Armorique avec saint Goulven,
ou Goulc hen. Une partie de cette émigration se serait établie
- dans le Cap-Sizun. Quelques laits paraissent donner raison
à cette assertion : le nom de la paroisse, Goulien, par adou-
cissement du c'h breton ; la cloche carrée du saint conservée
dans l'église parcissiale ; le village de Ker-Muden, rappelant -
le nom du serviteur du saint.
La population de cette paroisse présente aussi quelques
caractères ethniques qui la différencient des autres capistes.
Nous citerons seulement une légère tendance à la stéapigie,
chose inconnue daus le reste du Cap ; une plus grande fierté
et une meilleure prestance dans son attitude ; puis l'ancienne
veste des liommes avec le col droit et les grands revers du •
Léon.
III. — Les anciens Vocables.
à
La plupart des vocables du Cap-Sizun se rapportent
des saints d'origine bretonne insulaire. Nous en donnons la
nomenclature avec les renseignements populaires que nous
avons recueillis sur quelques uns.
- 421 -
PAROISSE DE PLOGOFE
1° SAINT-COLLODAN: — Sa chapelle et le vocable sont
en perdition avec son
l'exécution d'un vœu. Un capitaine,
navire, fit vori de bâtir une chapelle à saint Collodan, en
l'endroit où il pourrait atterrir ; on ne sait rien de plus.
Saint Collodan est le.pafron de la paroisse de Plogoff. Sa
statue le représente comme abbé mitré.
2° SAINT-FTACRE..
3°
. SAINT-VOULIEN, - Ainsi que Saint-Columba, ..en
Écosse, ce saint est invoqué comme l'arbitre des vents.
Autrefois, on ne se contentait pas de le prier, ou d'user
envers lui de respectuenses objurgations quand il n'exauçait
pas les prières. Si le vent que lui demandaient les marins
tardait à souffler, la statue du saint recevait incontinent.
dans sa forme et dans toute sa rigueur, la maîtresse correc-
tion octroyée aux enfants désobéissants.
4° SAINT-ANDRÉ. — Avant 1626, sa chapelle se trouvait.
au-dessus de Pors-ar-Sent même. Ce vocable indiquait-il
que l'Evangile a pénétré, dans le Cap-Sizun, aux premiers
temps de l'ère chrétienne, du moins pendant la période ou
¡l'on donnait pour patrons, aux nouvelles églises, les saints
invoqués au canon de la messe ?
PAROISSE DE CLÉDEN
1° SAINT-THEY. — Ce vocable indiquerait également la ..
venue du Christianisme, aux premiers siècles, si l'on admet •
lidentification de saint They avec le diacre Adéodat, com-
pagnon de saint Clair, prenner evêque de Nantes. Sa chapelle,
qui menace de s'écrouler, du haut de la falaise, dans la baie
des Trépassés, rappelle, par sa situation, ces mots du Père
Albert Le Grand, disant que le diocèse de Saint-Clair « s'es-
« tendoit depuis Nantes jusques au Cap de Sizun etla Grande
« Mer Occidentale (1) ».
• (1) Vie de saint Clair, p. u21. Edition de M. de Kerdanet.
- 422 -
• Saint-They possède encore deux autres chapelles situées
sur la baie d'Audierne: à Saint-Jean-Trolimon, celle de
Saint-They-ar-Gorzec, et à Plouhinec, près du dolmen de
Poulhan.
Mais cette identification de Saint-They du Cap avec saint
Adéodat est-elle exacte ?
Un saint Dei, dont le nom, à la prononciation adoucie;
rappelle celui de notre saint, était aussi disciple de saint
Guénolé (1). Or la chapelle de Saint-They, du Cap, se trouve
au centre de souvenirs de Saint-Guénolé et de l'abbaye de
Landévennec, comme nous le décrirons plus loin. Par ailleurs,
la tradition veut que le saint ait vécu là ou est sa chapelle.
- « Me vel bagou Breadic o pesketa er Raz,
« Hac och ma guelet aman na rent ked cals a gaz ! »
- « Je vois les bateaux de Brehat à la pèche dans le Raz-de-Sein,
« Et pour me voir ici ils ne font pas graud cas ! »
C'est ainsi que le saint, se promenant, un jour, devant
son ermitage de la baie des Trépassés, déplorait l'indifférence
des pêcheurs de Bréhat.
Saint They, originaire du Midi, aurait aussi débarqué à
Pors-ar-Sent :
- « Sant They, erves an istor, a so guinidic dens a Vourdel ;
« Dre bermission Doue a so deud da chom e Breis-Izel »
- « Saint They, d'après l'histoire, est natif de Bordeaux ;
« Dieu permit qu'il vint demeurer en la Basse-Bretagne. »
Mais ce sont là de trop faibles arguments, que ces quatre
vers bretons, pour décider d'une question hagiographique.
2° SAINT-CLÉDEN, aujourd'hui saint Clet, pape. — Chaque
fois que nous lisons les Chartes XI. p. 148 et LIII. p: 172 du
Cartulaire de Landévennec, nous sommes tenté de faire,
(1) Vie des Saints de l'abbó Tresvaux. T. 1 p. 99.
- 423 -
- de Cléden, un prince, dans le genre du comte Even. Cléden
aurait eu sa
cour, , son aula, à Les-Cleden, au lieu
dit : Ar C'hastellic, en face de l'étang de Laoual.
Mais ce n'est qu'une suggestion à laquelle nous obéis-
sons; seulement nous ferons remarquer la confusion qui
existe entre Saint-Clet et Saint-Tugdual. Le pardon de
saint Clet, pape, actuellement patron de la paroisse de
Cléden, a lieu le dimanche de la Trinité et s'appelle : Pardon
Pabu. Il se fait au bourg. Or saint Tugdual, dont la fête se
célèbre lu premier dimanche d'octobre dans la chapelle du
saint, est lui-même appelé Pabi. Cette confusion a-t-elle été
• faite lorsque Cléden fut remplacé par Clet, ou Anaclet les
deux, papes?
•. Aux environs de Kernot aurait aussi existé un ancien
:château de Ker-Tyern.
3° SAINT-TRÉnEUR.- On le fait,parfois, frère de saint They.
4° SAINT-TUCDUAL' Ou TuAL. - Partout on retrouve ce
vocable : chapelles, fontaines ou lieux dits. Ce sont les
témoignages des relations, ou des liens établis, par ce saint
évêque, entre les Plou et les Trew d'origines bretonnes insu-
laires.
5° SAINT-OAX: - Ce seul vocable existe à Lan-Oan.
PAROISSE De GOULIEN
1° SAINT-GOULVEN, ou Goule hen... nous l'avons quelquefois
entendu appeler sant Oulien Dans la commune se trouve
aussi le village de Lès-Oulien; ce nom indiquerait la demeure
princière d'un personnage de ce nom, alors distinct du
patron de la paroisse.
2° SAINT-LAURENT. — Cețte chapolle est aussi désignée,
dans les registres paroissiaux, sous le nom de Notre-Dame•
"Majeure de Bonne-Vouvelle de Lamourec. Ele est voisine du
Cou-guériou oi se trouvait le monastère de Sainte-Azénor ;
- 424 -
le vocable de Saint-Laurent, comme celui de Saint-André,
en Plogoff, serait antérieur à la chapelle actuelle et remonte-
rait aux premiers temps du christianisme dans le Cap-Sizun.
PAROISSE DE PRIMELIN
1º SAINT-PRIMEL. - Un dicton rappelle le souvenir du
miracle opéré par saint Corentin, faisant jaillir une fon-
taine près de l'ermitage de Saint-Primel, dépourvu d'eau :
- « Kent a vanko merc'h da vam,
« Evit glao da Brevel-Kam ! »
, - « Plus-tôt femme cessera d'avoir des filles, (1)
« Que la pluie de tomber au pardon de Saint-Primel-le-
[Boîteux "»
- 2° SAINT-L'UGEN (2). - Ce saint nous paraît remonter à ,
.. l'époque des doubles monastères qui ont élé réglementés, en
Irlande, par saint Patrice, et interdits; comme nouvelles
fondations, en Angleterre, par l'archevêque Théodore.
, La légende le fait venir d'Angleterre.
3° SAINT-TuboDorE, en breton sant Theodoré. — Sa cha-
pelle est à une faible distance de l'église de Saint-Tugen.
On y trouve aussi la statue de saint Ohou, représenté avec
le costume de moine. La chapelle du saint aurait existé à
400 mètres au sud-est, entre Kervrant et Kerhas-a-Bis.
4° SAINT-CRISEN. — Dans le Cap, on le fait disciple de
saint-They, dont il aurait continué les œuvres. Sa chapelle
est toute récente. Elle est bâtie sur une vieille fontaine qui
était l'objet d'une grande vénération.
COMMUNE D'AUDIERNE
SAINT-RUNON. - Nous demandons très humblement
pardon à saint Raymond Nonnat, cardinal, de venir lui en-
(1) Autre sens de ce vers : « Plutôt fille restera stérile, etc. »
(2) Voir, dans les bulletins de la Société archéologique de 1891, la légende
de saint Tugen.
- 425 -
› lever, pour la donner à saint Ramon, albe, l'ancienne titula-.
risation de l'église d'Audierne qu'il nous a cependant si bien
aidé à défendre, dans les bulletins de la Société archéologique,
au mois de février dernier, contre la pioche du démolisseur.
le saint abbé Rumon pour
Voici les titres que présente
cette revendication.
'Le nom de Raymond a paru, pour la première fois, aux
registres paroissiaux, dans un acte de baptême du 3 septem-
bre 1657, rédigé par Jean Mazéas, curé. L'acle précédent,
du même curé, est du 22 août et porte Rumon. Ce nom de
en
Rumon, à part quelques variantes Rhumon et Rymon,
1646, (Henri Queffrin pre), est le seul employé antérieure-
ment à 1657 et se rapproche du nom bréton actuel Rumen.
Dans les comptes de la fabrique d'Audierne, si ce n'est
Rymon, en 1643 et 1644, nous trouvons le seul nom de Rumon,
jusqu'en 1662. En 1663, c'est Rumond; en 1004, Remond ;
puis, en 1665, Raymond, pour ainsi continuer.
Cenom de Raymond, avec les variantes Rumond et Remond
de 1663 et 1664, apparait, pour la première fois, et continue
dans les comptes de trésoriers érangers à Audierne et qua-
lifiés de Nobles Hommes, sieurs de Penlan, de Keffran, de
Penaménez, etc: En 1673. 1074. 1677 et 1678, le nom de
Rumon revient, quand les comptables sont qualifiés de
marchands, bourgeois et habitants d'Audierne. C'est un
indice que le nom de Rumon était le nom populaire, le seul
connu el adopté à Audierne et qu'il a été remplacé par celui
de Raymond apporté par des étrangers.
Dans les registres paroissiaux d'Esquibien nous avons pu
remonter jusqu'en 1552, et toujours le nom de Rumon s'est
montré. Nous reproduisons l'un des nombreux actes qui le
portent. Cet acte est de 1572: Nous lui donnons la préférence
parce qu'il dévoile la qualité du saint :
die exta mensis Januarii fuit
: « Anno quo Supra (1572
• « baptisatus in edibus Dini Rumoniabalis in treffvia de Goa-
- 426 -
. « zian Guillesmus filius naturalis et legitimus Vingaloei
« Kersaudy et Lucie Guezennec ejus uxoris compatres
« fuerunt Alanus Melguen et Guillus bis comer fuit Johannes
« Guezennec.
«Baptisans :
« N. MOYSEN. »
La qualité d'abbé: simplement donnée à saint Rumou,
par Noël Moysen, recteur d'Esquibien, dans l'acte de 1572,
suffit pour le distinguer du saint cardinal et confesseur de
l'ordre de N.-D. de la Merci.
La tradition locale, dégagée des souvenirs de saint Raymond
Nonnat, fait de saint Rumon, le parent, quelquefois le fils
de sainte Thumette. Il serait venu de Penmarc'h à Audierne.
Les légendes de sainte Thumette, de saint Démet, de sainte
Evette et de saint Rumon concordent pour faire alterrir, dans
•la baie d'Audierne, une émigration de la fin du IVe siècle.
PAROISSE D'ESQUIBIEN
1º SAINTE-EVETTE. — Nous avons donné sa légende, dans
le bulletin du mois d'avril Le vœu par lequel nous terminions
notre notice, demandant la réfection du port, a élé repris
par le Conseil municipal d'Esquibien et transmis pour étude.
2° SAINT-ONNEUS, Ou ONNEAU. - C'est encore, d'après la
tradition, un saint breton insulaire qui aurait débarqué a
Trez-Goarem, ou mieux Trez-Goalarn, la dune du nord-
ouest, par opposition' au Trez-Cadec, celle du sud-est, en
Od-Tyern, qui appartient à saint Rumon.
• Saint Onneau, patron de la paroisse d'Esquibien, avait,
autrefois, son église, au Cannaëc, point culminant du Trez-
, Goalarn.
Là se trouvait un poste gallo-romain très important, dónt
les débris ont servi à
des constructions plus récentes.
- 427 —
Parmi les ruines de celles-ci nous avons trouvé une monnaie
de Conan II:
Près du Cannaëc, est la fontaine de Saint-Onneau, rebâtie
en 1648. Elle est surmontée d'une voûte, en cintre surbaissé
et petit appareil allongé. Cette construction est bien anté-
rieure à la fontaine. En arrière et en dehors de la voute se
trouvait un lec'li cannelé de sept mètres de hauteur, dont
on a fait, en 1889, trois rouleanx agricoles.
Au Cannaëc șe rencontrent de nombreux squelettes rangés
comme les tombes d'un cimetière, et, sur la plaine, des terres
de labours couvertes par le sable.
Ces renseignements viénnent confirmer la tradition plaçant
l'église de Saint-Onneau en cet endroit.
L'établissement du Cannaëc aurait existé jusqu'au XII°
siecle. Les sables, l'auraient enseveli, l'année qui porte
quutre bâtims dans ses chiffres, c'est-à-dire, en 1111.
Comme pour saint Cléden, ou Clet, la tradition ne donne
aucun renseignement sur saint Onneau.
Les registres latins de la paroisse l'appellent Onneus,
sans autre qualificatif que celui de dominus. Vers 1650,
dans les actes rédigús en français, il apparait sous le nom
de Onneau, comme de nos jours.
Un testament du 2 août 1703 et des lettres recognitoires du
24 janvier 1743 l'appellent Donat.
Un livre breton intitulé an exerciçou santel eus ur vuez -
Christen, imprimé a Quimper en 1715, dans un catalogue
des saints nés ou morts en Bretagne, en fait mention sous le
nom d'Onéon.
M. l'abbé Quéinec, ancien recteur d'Esquibien, l'identific
avec saint Onen, ou Onet, patron d'une succursale du canton
de Saint-Méen, dans le diocèse de Rennes.
M. A: du Chatellier: père de notre président, dans ses
« Recherches statistiques sur le département du Finistère »,
:1836, 3e livraison, page 73, l'appelle Oman.
- 428 —
M l'abbé Tresvaux parlé aussi de quatre saints Donan.
L'un d'eux était neveu de saint Sénan dont lé nom figure
dans les lieux-dits de la commune d'Esquibien.
Bref, on ne sait rien sur le compte de ce saint. Pourrait-
on alors faire de Onneus des registres de 1552 un person-
nage comme Cléden et Even ?
Anciennement la procession du pardon de Saint-Tugen
se rendait à la fontaine de Saint-Onneau et les pèle-
rins allaient en tous temps la visiter. Les parois de
la voûte portent des dessins de navires du XVI* siècle.
gravés à la pointe du couteau.
3º SAINTE-BRIGITTE. — Sa chapelle se trouvait antrefois
à Lanuign, en Beuzec. Elle fut transportée, en 1651 .à Traon-
Languentel, en Esquibien, où on la vénére anjourd'hui.
D'après un authentique du 17 août 1736, la paroisse d'Es-
quibien possède une relique de sainte Brigitte, veuve.
• Mais la sainte Brigitte, veuve, native de Suède, morte en
1373, est-elle hien la Perc'het qui avait sa chapelle en Beuzec ?
• Dans un espace restreint nous
trouvons groupés: au
Cou-Guériou, en Goulien, le souvenir. de sainte Azénor,
mère de saint Beuzec ; à Beuzec, le vocable de ce saint ; puis
la chapelle de Sainte-Brigitte.
Dans la vie de saint Budoc, par Albert le Grand, nous
.. trouvons les mêmes
personnages ; mais ici, la Brigitte que
Azénor invoquait comme sa patronne et - « dont Dieu, en ce
« temps-là. manifestait la gloire par de grands miracles, qu'il
• « opérait à son tombeau » - élait sainte Brigulte, vierge,
dont la tombe était à Dun, avec celle de saint Patrice.
Puisque, dans nos deux groupes, nous avons les mêmes
personnages, et que deux d'entre eux sont identifiés, il faut
admettre l'identification pour le troisième.
La Perc'het de Beuzec n'est donc pas sainte Brigitte de
Suède, veuve, mais bien sainte Brigitte, vierge, - « la
- 429 -
victorieuse et l'immaculée (1) » — de la légende d'Hibernie,
la patronne de l'Irlande.
Sainte Brigitte, en Esquibien, comme sainte Azénor, à
Languengar (2), sont toutes les deux invoquées par les nour-
rices pour augmenter leur lait. Ce rapprochement vient
encore à l'appui de notre assertion.
IV. - Les invocations
Des pouvoirs variés sout attribués aux vieux saints du Cap.
Ainsi saint They, saint Onneau et
. saint Crisen guérissent
les douleurs; saint André, la toux des enfants, (an dreo) ;
saint Théodore, la fièvre ; saint Yves, les maux de ventre ;
saint Goulien, les maux de tête; saint Tugdual, les maux
d'oreilles et les humeurs ; saint Guénolé de la Terre-Sainte,
¿les tumeurs blanches
Saint Tugen préserve de la morsure des chiens enragés
et de la rage non déclarée ; sainte Evette avertit les jeunes
filles qui doivent se marier dans l'année et sainte Brigitte
donne du lait aux nourrices.
Les autres saints sont les protecteurs des paroisses. ou
les dispensateurs de graces aussi variées que puissantes,
C'est par l'eau de leurs fontaines que nos saints opèrent
généralement leurs miracles, aprèș que la demande leur en
a été laite en priant dans leurs chapelles:
Il existe une 'autre catégorie de saints, dépourvus de
chapelles et dont le vocable est seulement attaché à une
fontaine. Nous citerons saint Oun, en Cléden, et saint Ohou,
• .
- en Primelin.
Si les pouvoirs attribués aux saints peuvent servir à
quelque indice biologique, c'est dans cette catégorie qu'il
faudrait le chercher.
(1) Les moines d'Occident. T. 3. p. 202.
(2) Vie de saint Budoc, p. 753, in note de M. de Kerdanet.
*- 430 -
Les saints, possesseurs de chapelles, voient accourir, a
leurs autels, des pèlerins de toutes les régions. Ces pèlerins
apportent, avec eux, les croyances et les pratiques de dévo-
tion qui ont cours dans leur pays, et souvent ils les laissent
aux sanctuaires qu'ils viennent visiter. Il en est résulté que,
•dans beaucoup de chapelles, le culte primitif s'est altéré.
• Au contraire, la dévotion qui s'adresse uniquement aux
fontaines est toute locale. Ce sont les gens du voisinage,
seuls, qui. connaissent. le saint, son
pouvoir spécial, les
ses
pratiques de son culte. Ils détiennent sa tradition,
légendes, qui se transmettent fidèlement comme un hé-
ritage de famille (1) ; et cet héritage ne se livre que
difficilement de peur d'être amoindri. Mais quelle source
abondante de renseignements hagiographiques, quand on
peut l'obtenir !
V. - Saint-Guénolé et le Cartulaire de l'abbaye
de Landévennec
« Au printemps, lorsque le soleil se lève et darde ses
« premiers rayons dans la vallée qui sépare Cléden de Plogoff,
* tout le Cap prend un aspect merveilleux. Le sommet des
« collines revêt la teinte de l'or; les bouquets d'arbres qui en-
« tourent les villages de Cléden semblent flotter dans l'azur.
« Le Raz-de-Sein, avec ses eaux bruissantes, encore dans
« l'obscurité, est un fleuve qui se perd dans l'Océan. Mais
• quel contraste entre ses rives !. L'lle-de-Sein, d'un côté,
« encore endormie, entourée de sà ceinture de roches dénu-
« dées et sur laquelle passe le vent, semble indigne du séjour
{1) Plusieurs traditions insérées dans cette notice nous ont occasionné
• un an et plus de recherches et de pourparlers. Il nous fallait circonvenir,
par tous les moyens possibles, ceux qui les détenaient. Ce n'est pas dans les
veillées, ni prés des conteurs de profession, en passant seulement, qu'on
. trouve la vraie tradition, celle qui se transmet de père en fils et qui est la
seule-histoire-d'un pays.
- 437 —
d'aucun être vivant. De l'autre, la Grande-Terre, qui renait
à la vie, sous les rayons du soleil.
* Bientôt, du fond de la vallée, au-dessus de l'étang de
baoual, une fümee blanchâtre s'élève, droite vers le ciel,
puis, à une grande hauteur, s'épanouit, en prenant les formes
« les plus féeriques. Ce nuage, qui devient immobile, est le
•" Bouquet de Jean Le Vieux, Boquet Yan a Go (1), qui réjouit
« Ies Iliens, car souvent il leur annonce vent favorable pour
« la pêche. »
Tel est le spectacle que l'on apercoit, de la colline du
Roujou, à I'lle-de-Sein, lorsque le soleil se lève.
Tel aussi était celui que contemplaient saint Guénolé et:
ses onze compagnons, devisant, assis sur une colline, au
centre de l'ile de Thopopigie (2).
Celte partie du Cap-Sizun, que nous venons de voir prendre
vie sous les rayons du soleil levant,
rappellè, à chaque pas;
lè souvenir de saint Guénolé et de l'abbaye de Landévennec.
Deux centres principaux se rapportent à cette époque.
L'un, comprend toute la vallée des Trépassés, depuis le
villağe de Ker-humn, à l'est, jusqu'à Lanviret et le fond de
la baie des Trépassés, à la base de la pointe de Raz; à
T'ouest; puis, le versant de Cléden, avec les villages de
Ker-huet, Ker-sangui, Ker-ninon, etc.
A l'est de Lanviret, sous le village de Laoual, en Plogoff,
la tradition place l'ancienne chapelle de saint Guénolé, où
(1) Revue des traditions populaires, 1891. Le Raz-de-Sein et les phares.
(2) « Locus asperrimus, ad omnem ventum porrectus, mari undique pene
tet aculis rupibus precinctus, nulli humana habitationi dignus....
« Erat autem quidam collis in medio
insula,
super quem cum.
« undecim sedere et dietare consueverat discipülis. Hinc vero silva conspi-.
« citur decora super monticulum posita, et vallis in medio constituta ad
ortum solis conspecla ; sed magnum pelagus, cui fluvius ingens proprio
« nomine Ampnis jungitur, quasi fere bini miliarii spacio intererat.
A valls antem medo fundo, șole cotnție protinus exorto, quasi fumus-in
allum porrigebatur nebult, el locus inde cotidie aspicientibus lolissimus
apparebal.» — Cartulaire de Landérennec, p. Gl.
- 432 —
se rendaient à la messe
les grands seigneurs de la cour de
Grailon :
- « Daou-uguent mantel skarlat-ru, hep niveri ar re al,
« A ie, oud. ar guer a Is, bep sul, d'an ofern, da Laoual. »
- « Quarante manteaux d'écarlate rouge, sans compter les autres,
• « Allaient, de la ville d'Is, chaque dimanche, à la messe à
[Laoual. »
Des substructions, deux fontaines et un lech indiquent
l'emplacement de cette chapelle. Le lech; cylindrique,
encastrédans un mur, présente plusieurs lignes d'inscriptions
que nous n'avons pas eu le loisir de déchiffrer, bien que le
propriétaire nous ait proposé de dégager entièrement la
pierre.
En Cléden, sur le versant du coteau si bien exposé au
• soleil, que l'on aperçoit, à droite de la route de la pointe du
Raz, après avoir dépassé le bourg de Plogoff, est le village
de Les-Cléden Ce village paraît indiqué dans la charte XI du
cartulaire de Landévennec.
La tradition rapporte que ce village et tout le territoire
qui entoure la colline. du Vellen et de Ros-color, payaient
la dime aux abbés de Landévennec. Mais ce n'était pas
sans rechigner ; un dicton en fait foi :
- « Ar falla douar a zo er C'hab,
« Douar otrou a douar abat! »
- « Les plus mauvaises terres du.Cap,
« Soutles terres des seigneurs et celles des abbés. »
De tous temps, les capistes ont été rebelles à l'impôtdirect.
Cette occupation nous paraît avoir réuni les éléments
civils et religieux : le Les, l'Aulu de Lescléden et la chapelle
. de Saint-Guénolé. Le nom de Guézennec, qui est celui du
frère de saint Guénolé, est, aussi, commun dans les noms
de famille de cette partic du Cap.
- 433 —
La seconde occupation qui prend la partie est de la com-
mune de Cléden s'appelle an Douar-Santel, la Terre Sainte."
Le père Grégoire de Rostrenen qui connaissait si bien le
Cap-Sizun et dont le dictionnaire a du être composé aux Ca-
pucins d'Audierne, en fait mention, mais bien discrète-
ment; car ce mot de Douar-Santel, de son temps, comme
• de nos jours, était pris en mauvaise part.
«Il ya, » - dit-il, - « dans la Basse-Bretagne, un
•« certain canton qu'on appelle
par ironie la terre
sainte.
: « An douar santel pe é lech ez santifyér a daulyou baz an
• « dud pacyandt (1): »
- Bien que, dans la Terre suinte de Cléden, on rencontre le
village de Ker-laeron, ou des Voleurs, où maint voyageur a
• du être, non sanctifié, mais assommé, sans doute, à coups
de bâtons, nous donneróns, à ce blason, une autre origine.
Ce nom vient de ce que ce territoire a été consacré à saint
Guénolé.
Dans la charte LIII, p. 172 du cartulaire de Landévennec,
on lit :
« …..Seluester (2)... dedit sancto Wingualoeo terram Pen-
« karn liberam; et... quod quidam locus supra mare justa
«: Tolmaen concessus fuit illi, si vellet, adturrim instruendam.
« Et si domus facta fuerit, capellaniam illius domus et omne
« quod ad ecclesiam pertinet sancto Wingualoeo concessit.»
Dans la Terre sainte de Cléden, on trouve, au bord de la
'mer, le village de Penharn ; en avant du village, une roche
détachée porte le nom même de Pen-Karn.
•Toute la côte est élevée de 70" à 90m au-dessus de la mer ;
• . à l'est de Penkarn est le dolmen de Kerbanalee, en Beuzec ;
entre les deux, Castel-ar-Roch, qui est d'une construction
postérieure à l'occupation romaine..
(1) Dictionnnire françois-celtique, p. 917.
(*) Cè nom de Seluester doit correspondre à Sylvester qui répond au nom
• breton Guézennec.
28
•BULLETIN ARCHÉOL. DU FINISTÉRE. — TOME XXVI (Mémoires)
- 434 -
: Si l'éloignement de la galerie de Kerbanalec ne permet
pas d'admettre cette proposition, on trouve, à Penharn
même, les indications de la charte. Contre le village est un
• dolmen, anciennement ouvert et dans lequel a été recueilli un
fragment de poterie samienne ; au delà du dolmen, sur la
pointe la plus élevée, sont des substructions d'où l'on a retiré
une grande quantité de pierres, qui ont servi à réparer l'an-
cienne voie romainę, au delà du moulin de Kerharo. Dans ce
cas, la tour mentionnée au cartulaire, et dominant la mer,
• ferait le sommet d'un triangle dont Penharn et son dolmen
seraient la base.
A côté de Penharn est le village de Land-sulien, où,
d'après la tradition, aurait encore existé une chupelle de saint
Guénolé. Nous avons rencontré, près de la fontaine aussi
dédiée au saint, un fragment de statue en pierre inséré dans
un fossé.
A trois kilomètres sud-est de Penharn se trouve la colline
de Ros-Tuder, en Goulien. G
En citant ces noms de lieux du Cap-Sizun nous n'avons
pas voulu en faire une assimilation topographique. absolue
avec ceux du cartulaire de Landévennec. Nous les avons
donnés à titre de simple curiosité. Peut-être pourrait-on en
déduire qu'un antique usage était d'entourer les lieux, où
les saints étaient vénérés, de tous. les souvenirs qui se rap-
portaient à eux. Un autre exemple de ce fait se rencontre
dans les communes de Goulven, du Léon et de Goulien, du
- Cap-Sizun, où se répêtent les mêmes noms de villages.
VI. - Communautés religieuses.
La tradition a gardé le souvenir de monastères qui auraient
anciennement existé dans le Cap-Sizun, ou plutôt de monas-
teriuncula: Mais elle varie sur la destination de ces établis-
sements. On ne peut donc préciser, pour chacun, si ce sont
des communautés d'hommes ou de femmes.
- 435. —
. Ces monastères auraient été au nombre de trois : au bourg
d'Esquibien, à Saint-Tugen et au Cou-Guériou, près du
presbytère actuel de Goulien (1).
On rapporte, qu'au Cou-Guériou, se trouvait. une com-
munauté de femmes, fondée par sainte Rosa. (Pourquoi sainte
Rosa ?...) D'aucuns disent une communauté d'hommes qui se
seraient, plus tard, établis au bourg de Cléden.
M. l'abbé Floc'h, ancien recteur de Goulien, a trouvé,
• dans une famille habitant près du Cou-Guériou, une an-
cienne prose latine manuscrite, dirigée contre les moines.
S'adressait-elle à cette communauté, ou est-elle un pas-
tiche plus récent.? Cette prose ne nous a pas été communi-
quée.
La sœur A. de Jésus, dans son Istor Breis, p. 129, rapporte
aussi que cette communauté a été bâtie par Azénor, fille
du comte Even, lemme du roi. Judual et mère de saint
Beuzec. Mais la version bretonne de l'auteur diffère de sa
traduction française. Elle dit seulement que Azénor.... « alla
« demeurer en un couvent de la pointe du Raz, entre le bourg
« de Goulien et l'église de Lanourek... »
« Ha dont a reaz da choum en eur gouent e beg ar Raz,
-« etre borc'h Goulien hag iliz Lanoureck. ».
• Si l'on admet le texte breton, on reconnaitra que ce couvent
existait avant Azénor.
Les monastères de Saint-Tugen et d'Esquibien n'ont laissé
aucun souvenir précis. Mais il est certain que les faits, ou-
bliés par la suite des années, se retrouvent souvent sous une
forme merveilleuse. La tradition a fait place à la légende.
les caractères de ces éta-
Ici, les légendes donneront
blissements.
D'après la légende de saint Tugen que nous avous repro-
duite dans les
bulletins de la Société archéologique, en
(1) On attribue aussi,
vulgairement, tous les postes gallo-romains aux
moines rouges, ou Templiers..
- 436 -
1891, - « le saint avait voué à Dieu la virginité de sa sœur.:
« Jour et nuit il la gardait près de lui et ne laissait homme
« que ce fut s'approcher d'elle et encore moins lui parler.
« Lorsqu'il était obligé de quitter le monastère, il se faisait
« accompagner par elle, etc...»
Saint Tugen et șa sœur vivaient donc ensemble.
Celte légende rappelle une institution connue dans la
Caule-Franque avec sainte' Radegonde et saint Columban,
mais surtout en Irlande, même dans les premiers temps de
la conversion de celte île : nous voulons parler" des doubles
monastères — « où deux communautés, complètement dis-
• « tinctes, de moines et de religieuses; vivaient réunies dans.
" un même lieu ou sous un même gouvernement (1) ».
On peut déduire de la légende que saint Tugen avait la
direction unique de deux monastères voisins, l'un d'hommes,
l'autre de vierges.
D'après Monseigneur Barbier de Montault, la clé de saint
Tugen, que nous avons dessinée, en 1891, serait, à cause
de sa poignée en forme de double volute rentrante, comme
la reproduction d'un Tau abbatial, ce qui viendrait confirmer
la tradition, faisant du saint un abbé.
nous re-
Dans la légende de sainte Evelte: au contraire,
trouvons une doctrine plus récente, celle des saints qualifiés
saints de second ordre, dans les annales de l'Irlande. Ceux-ci
- « déclinaient la responsabilité de l'administration des
« communautés de vierges qui s'étaient groupées autour
« des saints plus anciens (2) ».
Saint Demet renvoyant sa sœur, sainte Evette, parce que
-« la règle de la sainteté le lui ordonnait, » — rappelle la
• conduite de saint Sénan, fondateur, vers 530, d'un monastère
dans une ile à l'embouchure de la Shannon, où il n'était,
(I) Les moines d'Occident par M. le comte de Montalembert. Tome 5,
- p, 314.
(2) Les moines d'Occident, p. 310.
. .
- 437 -
permis à aucune femme de débarquer. On cite même qu'il
refusait l'accès de sa retraite aux recluses qui venaient lui
demander le viatique ( 1).
- Nous avons, non loin de la chapelle de Landrévette, un
vallon du nom de Stanç-Sénun, ou Sant-Sénan, aboutissant
à une partie du rivage de Leroily appelée Corn lolus, o!
Corn littis. Un disciple de saint Sénan aurait-il quitté les
rives de la Shannon, pour celle de la baie d'Audierne? Nous
n'avons pas d'autre preuve que le rapprochement de la
légende de sainte Evette, avec ce nom de Sénan qui a,
depuis longtemps, attiré notre attention.
Mais comment a été attribué à saint. Demet ce trait qui ap-
partient à saint Sénan, vivant un siècle et demi après lui ?
Cet anachronisme indiquerait deux immigrations bretonnes
insulaires dans la région. On aurait rapporté au saint le plus
vénéré les actes et les mérites de celui, moins populaire,
dont le souvenir a fini par disparaître.
Nous n'avons trouvé aucun indice pouvant faire connaitre
l'influence monacale dans le Cap-Sizun, à ces époques. Mais
il est probable qu'elle a dû être considérable, si l'on remarque
que la plupart des vieilles statues des saints du Cap sont
revêtues de l'habit de dignitaires religieux.
Les moines missionnaires se mêlaient à la fonle, l'instrui-
servaient
sant, la consolant, la soulageant. Les monastères
d'appui, ou d'asile, en temps de troubles ou d'invasions.
Partout où le bien était à faire, la robe du moine apparaissait.
C'est donc un témoignage de reconnaissance et de véné-
ration envers ceux qui la portaient, que d'en avoir revêtu les
saints, sans se préoccuper de l'état dans lequel ceux-ci ont vécu.
Audierne, le 29 août 1899.
H. LE CARGUET.
(!) Voir aussi les Joculatores Bretons, par M. de la Villemarqué. - Bul-
lețin de 1887. p. 318: - « Ce lieu, (l'oratoire nu Peniti Gouesnou,) ou
de
« l'homne de Dieu faisait pénitence était situé dans un enclos carré,
« quatre stades sur chaque face-ou les malheureux trouvaient un asile,
Bouge
E Rocmade
'Quinale
Kechuer
lénole
chel
Illadar
sa bigita
Degares
8g 24
hoe-as Eyoer
s: Ligen
3. Julien
10. Land-viret:
1. Les-coll.
22. Plo-goff
LES SAINTS DU CAP-SIZUN
11.
2. - cléden.
- drer (dréo). 23. Pen-drew.
3. - anquen.
12. - oan.
24. Dreff.
LÉGENDE
• 4. — trivin.
25. Tré-venan.
13. - boban.
14: — sulien.
5. - teurnic.
26. - vern.
6. - oulien.
15. — huet.
27. Ker-Tyern (à Kernot)
Chapelles
7. - ouale'h
16.
28. - — maner.
- vrell.
Chapelles démolies
'8. - lannou.
17. — ourek.
29: - .od-Tyern.
La terre sainte
9. - urec.
18. - groas.
30. Od-Tyern.
Limite naturelle du Cap A_.—...B
19. — esquenna.
Monastères
- uguentel.
20.
-
21.
évette.
- 440 —
XXIV.
PATISSIERS ET ROTISSEURS
1.
Préambule.
Je m'occupais récemment d'un seigneur haut justicier
petit-fils d'un pâtissier de Rennes (1). A ce propos, je fis
quelques recherches sur les pâtissiers d'autrefois. Quelques
détails — nouveaux pour moi - m'incitèrent à poursuivre mes
investigations.. En voici le résultat. Les pages qui suivent
sont une mosaïque. Je n'ai en d'autre peine que de recueillir
et de mettre en ordre les menus fragments qui la com-
posent (2).
Quelques observations préliminaires.
Nous devons dire quelqnes mots de deux documents que
nous citerons souvent: Le livre des métiers de Paris rédigé
au XIIle siècle et l'ordonnance rendue par Louis XI en 1.467
distribuant les corporations en bannières.
(1) Une maison de la rue Saint-François de Quimper; - La famille
Gazon ; - Roturiers seigneurs hauts justiciers.
(2) Le livre des métiers d'Etienne Boileau publié par M. Depping, en 1837,
des
dans la collection
Documents inédits......
histoire
1re série, partie
polilique. A la suite l'éditeur a publié de nombreuses ordonnances sur les
métiers de Paris de 1270 à 1300. C'est pourquoi M. Depping a donné à
son livre ce titre général : Réglements sur les arts et métiers de Paris au
XIII° siècle.
Le Calendrier des confréries de Paris par J.-B. Le Masson, parisien.
1621, curieux petit livre, introuvable, heureusement réédité (avec intro-
duction et appendice) en 1875, par l'abbé V. Dufour. Paris. L. Willem. -
A la suite en,Appendice, l'ordonnance sur le fait des métiers de Paris, par
Louis XI, à. Chartres, juin 1467.
Dictionnaire de Trévoux. 1771. Passim. Vir cabaretiers, cuisiniers..
hôleliers, pâtissiers, rótisseurs, taverniers, ctc.
Dictionnaire historique des institutions. etc. par A. Chéruel (1855.
Vi Corporations, elc.
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