Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1911, pages 119 à 166. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.
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ÉTUDES SUR LE CAP-SIZUN
IV. - Le Fief des Regaires
de Cornouaille au Cap-Sizun.
Les fiefs de certains Evêchés bretons, el en particulier le
fief de l'Evêché de Cornouaille (1), ont déjà fait l'objet d'in-
téressantes études (2) qui renseignent; d'une façon générale,
sur l'origine, la consistance et les revenus de ces domaines.
Dans cette notice nous nous occuperons spécialement des
possessions de l'Evêque de Cornouaille dans la région du
Cap-Sizun.
Outre la ville-close et les faubourgs de Quimper moins
la Terre-au-Duc, la seigneurie des Evêques s'élendait, en
totalité ou en partie sur les paroisses suivantes : Kerfeunteun,
Lanniron (3), Cuzon, Ergué-Armel, Ergué-Gabéric, Briec,
(1) A. DU CHATELLIEr : Evéché el Ville de Kemper.
HEVIN : Questions féodales, chapitre II.
(2) LA BORDERIE : Histoire de Bretagne, tomes Il et III.
LA BOrDERIE : Notice sur le Regaire de l'Evêché de Saint-Brieuc. (Mélanges
d'histoire et d'archéologie bretonnes, t. I, p. 216 et suivantes).
LA BORDERIE : Regaire de Dol. (Bullelin Société archéologique, Illc-et-
Vilaine, 1862).
GUILLOTIN DE CORSON : Ponillé historique de l'Evêché de Rennes, tome I,
115.
A. DE LA BIGNE-VILLENEUVE : Notice sur le Regaire des Evêchés de Treguer
et de Rennes. (Mélanges, t. IL, P. 29).
LÉON MAITRE : La Seigneurie des Evêques de Nantes. (Bulletin de la So-
ciété archéologique, Loire-Inférieure, t. XXI, P. 66 et suivantes).
GESLIS DE BOURGOGNE et A. DE BARTuÉLEMY : Anciens Evêchés de Breta-
gne, tomes I et III. (Evêché de Saint-Brieuc).
Revenu de l'Evêché de Dol. (Bulletin Société archéologique, Loire-Inté-
rieure, t. All, p. 127).
(3) L'ancienne paroisse de Lanniron a été réunie à Ergué-Armel et celle
de Cuzon à Kerfeunteun.
- 120 -
Plogonnec, Plomelin, Plonevez-Porzay, Poullan et Tréboul,
Mahalon, Landudec, Melgven, Telgruc, Primelin, Plogoff,
Beuzec-Cap-Sizun, Esquibien, Audierne, Beuzec-Conq et
Concarneau, Plomodiern, Leuhan, Coray, Carhaix, Cléden-
Cap-Sizun, Bannalec, Trévou, Pleyben et Le Cloitre, Gourin,
Saint-Ségal (1).
L'Evêque avait juridiction haute, moyenne et basse sur
toute cette étendue, juridiction exercée par des officiers par-
ticuliers dans un auditoire situé dans les dépendances de
l'Evêché (2).
Certaines prérogatives résultant de ce droit de juridiction,
lui furent contestées, à diverses reprises, par les officiers
royaux (3), et en 1682, lors de la Réformation du Domaine,
il eut à soutenir contre le commissaire Bougis, visiblement
poussé par le Présidial, au témoignage d'Hévin, une lutte
longue et ardue. « C'est à celle occasion que Hévin rédigea
l'important mémoire inséré au chapitre II de ses Questions
féodales » (4) et qui n'est pas seulement un plaidoyer irès
serré, mais un écrit historique très documenté donnant des
détails très précis sur la situation ancienne de la ville de
Quimper.
Peu à peu, par des empiètements successifs, le Présidial
se substitua à la juridiction des Regaires et à la fin du
(1) Répertotre numérique de la Série G. — Evêché de Cornouaille — 1-800.
Les matières de la présente notice sont extraites de ce fonds.
(2) Archives Loire-Inférieure, B. 73, Ive siècle, 1446.
Cartulaire de l'Eglise de Quimper, tome VII, 339 jet passim : Bulletin Com-
mission Diocésaine d'architecture et d'archéologie (1900-1910).
(3) DU CHATELLIER, op. cit.
FATY : Une Ténébreuse affaire survenue à Quimper en 1653. (Bulletin de la
Société archéologique du Finistère, t. XIII, p. 185 et t. XV, p. 16).
TRÉvEDY : Promenade dans Quimper, pages 68 et suivantes.
TRÉVÉDY : A propos du procès fait au cadavre d'un suicidé. (Bulletin, t. XV,
p. 209).
A. GIFFARD : Les Justices seigneuriales en Bretagne aux XVIl et XVIII•
siècles. Paris, A. Rousseau, 1902.
(4) TRÉVEDY : Procès.... op. cit.
- 121 -
xvIne siècle, le Sénéchal du Roi à Quimper s'intitulait « seul
juge de police pour la ville et fauxbourgs » (1).
Comme possesseur de fief, l'évêque percevait des rede-
vances sur les vassaux de sa seigneurie. Les rentes doma-
niales étaient très minimes. « Quant aux rentes elles-mêmes,
elles étaient presque toutes inscrites sous le titre de chef-
rentes, la propriété étant tenue prochement et ligemment à
foy et fidélité avec obligation des devoirs seigneuriaux. Le
laux des redevances variait entre dix, vingt, trente et qua-
rante sols monnaie ; quelques-unes s'élevaient jusqu'a six
livres ; une descendait jusqu'à une obole, et quelques-unes
n'étaient inentionnées que pour devoir de foy, hommage et
obrissance. Au nombre de ces dernières se trouvaient
• plusieurs manoirs avec leurs jardins, leurs cours et leurs
colombiers, comme étant tenus prochement et noblement, à
titre de foy et de Chambellenage » (2).
11.
Des aliénations partielles du temporel furent faites à di-
verses époques pour subvenir aux charges du Trésor ; les .
plus importantes eurent lieu à la fin du xvie siècle.
En 1369-1570, la part de l'évêché de Cornouaille fut arrêtée
aux cheffrentes en Saint-Ségal et Lanniron, un village en
Kerfeunteun, une maison à Carhaix, deux prés en Ergué-
Gabéric et un emplacement de bois à Coray, dont la vente
produisit la somme de 902 1. 7 s. Le surplus porta sur des
terres appartenant au chapitre de Cornouaille, au prieuré de
Pontbriand, à l'abbaye de Landévennec, au prieuré de Loc-
maria, à l'abbaye de Daoulas, à l'abbaye de Coatmalaouen,
(1) TRÉVÉDY : L'organisation judiciaire en Bretagne avant 1790.
(2) DU CHATELLIER : Evêché et ville de Kemper, p. 69-70. Pour les droits de
l'Evêque dans la ville-close, cf. Trévéoy : Promenade dans Quimper, page
123 et suivantes ; Sur la terre de Troheir, ibid ; Promenade à Troheír,
Kerpaen et les Salles.
- 122 -
au prieuré de l'ile Tristan, au prieuré de Locamand, au pri-
euré de Locronan, à l'abbaye de Saint-Maurice, à l'abbaye
de Sainte-Croix de Quimperlé, au prieuré de Carhaix et à
l'abbaye de Bon-Repos (1).
En 1576, une autre bulle du Pape prescrivit de nouvelles
aliénations. Les instructions qui furent données à cet effet
méritent d'être citées : « Laquelle bulle portant ample pou-
voir aux Seigneurs Cardinaux Députés et à leurs subdélégués
d'aliéner à perpétuiter, desmembrer et séparer en fabveur de
ceux qui feront la condition de l'Eglise meilleure, les terres,
seigneuries et propriétés, cens, rantes, droictz, et aultres
biens des églises cathédralles, metropolitaines, primaces de
toutz monastères, prieurés, chappittres, communaultés et
dignités, officiers administrateurs annexes, aultres bénétices
quelzconcques sittués soubz loboissance de sa majesté de
quelque ordre, reigle et qualitté qu'ils soyent.
« En ce non comprins touttefois les mendians silz se trou-
voient posséder quelque chose, les chevaliers de Malte, les
abayes des femmes, les curés et touz aultres bénéfices qui ne
seroient de la valleur de cent livres tournois, encore quilz
neussent charge d'ames lesquelz Sa Sainteté ne veult et nen-
tend estre comprins en la dite vante.
« Et n'entend aussi et ne veult Sa Sainteté que les princi-
pales maisons en justice comme duchés, comtés, baronies et
chastellenies soient comprins en ceste allienation ne sembla-
blement que l'on puisse vandre ne aucunement alliener la
justice de laquelle seulle dépandroit une bénéfice » (2).
(1) G. 627-630.
(2) G. 627-630. « Les bénéliciers n'ayant aucun domaine ou revenu tem-
porel seront néanmoins contribuables à la dite aliénation et pour y satis-
aire pourront engager les dixmes de leurs bénéfices pour tel temps que
ou constituer rentes sur eulx iusques à la
les subdélégués adviseront
concurrence de leurs taxes ».
« Les choses mises en vente ne pourront estre vendues directement ou
indirectement à d'autres personnes que de la religion catholique, aposto-
lique et romaine, suyvant les bulles de notre Saint Père le Pape ».
= 123 —
En 1577, trois villages : Locmaria, Kerprina et Kerancrès
en Pleyben, furent vendus à Ollivier de Kerc'hoent, sieur de
Kergournadec'h, pour la somme de 1560 livres (1).
L'année suivante, la cession atteignit les possessions
situées en Plomodiern : le manoir de Mezanescop, toutes les
rentes et cheffrentes, tant par argent que miel dûes à l'évê-
que en cette paroisse (quinze hanapées de miel, dont trois
sur le manoir de Lanvillio, évaluées à trois sols, trois deniers
chaque hanapée), « plus tout le droit de fief et juridiction,
prééminences d'églises, issues, franchises, appartenances et
dépendances du dit fief, droit et revenu temporel en Plomo-
diern, excepté les Dimes ». Cette aliénation fut adjugée à
Maistre Allain Le Baud, agissant pour noble homme Morice
Ollivier, sieur de Villeneuve, au diocèse de Tréguer, pour la
somme de 781 l. 17 s. 2 d. obole (2).
L'appoint de la taxe fut fourni par les abbayes de : Saint-
Maurice, Landévennec, Sainte-Croix de Quimperlé, Bon-
Repos, Coatmalaouen, Beauregard (autrement Vaugelard (3),
Langonnet ; les prieurés de : Lomaria, Logamand, Pont-
briand, L'ile Tristan, Châteaulin, Lanvern, Carhaix ; le
chapitre de Cornouaille, le camerier de Quimperlé et cin-
quante-cinq paroisses dont la plupart sont taxées de un demi
écu à un écu et demi (une seule paroisse, Bothoa est portée
pour quatre écus, une autre pour trois, et deux autres pour
deux (4).
Le roi permit, à certaines époques, aux bénéficiers dépos-
sédés, de racheter les biens aliénés (5). En 1677, l'Evêque de
(1) G. 570.
(2) G. 416.
(3) Nous ne connaissons pas la situation de cette abbaye.
(4) G. 416.
(5) Sur P'aliénation et le rachat du temporel du clergé, cf. l'Etude de
M. LouIs SERBAT: Les assemblees du clergé de france - origines - organi-
- développement (1561-1615) chapitres VI et suivants. (Bibliothèque
sation
de l'Ecole des Hautes Etudes, 154° fasc. 1906).
- 124 -
Quimper prit une consultation à cet effet et il lui fut répondu :
« que sa requête ne peut avoir de succès dans le temps
présent que l'on exécute la taxe du huitième denier sur les
possesseurs de biens ecclésiastiques, car cette demande ne
servira que pour avertir les receveurs de la taxe au cas qu'ils
eussent ignoré ces aliénations, afin de contraindre les dits.
possesseurs au paiement du huitième denier, ce que faisant
ils demeurent asseurés et confirmés dans la pussession pen-
dant trente ans (1) ». Il ne semble pas que l'Evêque ait donné
suile à cette affaire (2).
Ill.
Nous reproduisons ci-après, en le simplifiant, un état
officiel, dressé en 1790, qui donnera une idée exacte de la
situation de l'Evêché de Cornouaille, au point de vue écono-
mique, à la veille de la Révolution.
« Etat tant des Revenus que des Charges de l'Evê-
ché de Quimper et de la Mense abbatiale de Landévennec y
réunie en 1783, que Mr l'Evêque fournit à la municipalité
de Quimper, pour obéir au décret de l'Assemblée Nationale
du 12 novembre 1789 et sanctionné par le Roi le 18 sui-
vant.
ARTICLE 10r
« Produit de la Juridiction et fief des Regaires.
L'office de Sénéchal, suivant traité passé avec le S* Laën-
300l. » S. » d.
nec, pour en payer par an, au 1er septemb.
« L'office de procureur fiscal suivant
traité passé avec le Sr Royou pour en payer
•...
300
»)
par an au fer novembre (3)...
(1) G. 416.
(2) Nous nous sommes un peu étendu sur celle question totalement
négligée dans l'Etude de M. du Chatellier.
3) Le procureur fiscal avait droit au tiers des rentes et cheffrentes dûe
. l'Evêque. Il en effectuait lui-même le recouvrement et à cet effet, l'Evêqu
lui fournissait un état des recettes faites par son receveur.
- 125 -
suivant
« Les offices de procureurs
traité passé avec la communauté des pro-
cureurs du Présidial de Quimper, pour en
payer par an, au ler avril.....
200l. »s. » d.
« Les greffes de la juridiction affermés,
conjointement avec les greffes de l'Officia-
lité suivant bail du 16 août 178%, au profit
du Sr Le Moyne, pour en payer par an
quatorze cents livres, dont moitié pour les
greffes des Regaires, aux 1er avril et 1er oc-
))
.....
...
))
700
tobre
« Casuels et cheffrentes du dit fief, rap-
))
portant l'une année dans l'autre.........
1.500 (1) »
ARTICLE 2
«Les fermes muables, comprenant : le
))
))
moulin de l'lvêché.....................
2.700
- Trois fours banaux (de la rue Neuve,
))
580
de la rue Toull-al-Laer et Mescloaguen (2)
))
- Deux prairies......
370
- Une portion de terrain dans les pa-
lus de Lanniron, propre à faire de la pote-
rie, affermée cinquante-quatre livres et six
))
54฿
pots à fleurs...
- Droit de mouteaux de cinq villages de
......
))
30
Landudec..
))
700
- Deux métairies (Lanniron) .........
(1) En 1693, Les recettes casuelles s'elevèrent pour le rachat à 144 l.; pour
les lods et venles à 47l. En 1703, il fut perçu 57 l. pour le rachat et 69 1.
- pour les lods et ventes.
Les lods et ventes représentaient le huitième du prix de vente : presque
toujours l'Evêque faisait remise d'un tiers de la somme aux acquéreurs.
(2) « Ces trois fours qui étaient affermés, il y a dix ans, mille quarante
neut livres, ne le sont aujourd'hui que 580, les vassaux s'étant affranchis
par le fait de la banalité. (Nola de l'Evêque).
- 126 -
ARTICLE 3
2.600 l. » s. » d.
« - Les grosses dimes de Pleyben
))
))
3.200
— Les grosses dimes de Gourin........
— Les dimes de Coray, moulins, four,
prairies, terreins vagues et droits féodaux
))
3.300
de la Chatellenie des Salles au dit Coray..
- Portion de dimes dans la paroisse de
))
....
250
Plomoliern.....
......
-- Autre portion de dimes dans la pa-
))
....
mune de Ceuzon..
250
— Autre portion de dimes dans la pa-
1) ))
100
roisse de Kerfeunteun...............
- Autre portion de dimes dans la pa-
...••
90
" "
roisse de Landulec....
- Autre portion de dimes dans la pa-
54
»
roisse d'Ergué-Gabéric .................
- Autre portion de dimes dépendant de
»
))
50
Lanniron..
ARTICLE 4
! — Rentes et cheffrentes détachées sur
des terres dans les paroisses de : Plomo-
diern, Mahalon, Ergué-Gabéric, Briziac ;
sur une maison à Quimper et une autre à
Carhaix, sur un four à la Tourbie pour
......
droit de cuisson.........
337
126
17.665l. 12s. 6d.
Total du Revenu..
Charges sur l'Evêché
• ARTICLE 1er
1.334 l. » s.»d.
/-Décimes............••.
— Pour une place fondée à l'hotel des
))
300
")
demoiselles à Rennes, au 1er janvier.....
- 127 -
- Rente viagère à la Delle Assicot de
. . . .•••••
100l. »s. » d.
Rennes, aux fêtes de Noêl....
- Rentes censives dûes à l'hotel-dieu de
cette ville dont l'une de 12 l. sur le moulin
de l'Evéché, l'autre de 30 s. sur la prairie
13
10
de la Magdelaine, à la Saint-Michel......
- Pension viagère à une ancienne do-
100
.......
mestique, au der janvier.....
» "
- Rente censive dûe à l'hotel de ville
de Quimper sur les édifices du four Toul-
9
al-laër, à la Saint-Michel...............
- Rente domaniale dûe aux Mrs de la
Marche sur les étables de la basse-cour de
Lanniron, et un courtil y attenant, à chaque
6
))
Saint-Michel........
- Rente censive sur un reste de pré
attenant à l'étang que Mr l'Evêque a été
• 18
forcé d'acheter, à chaque Saint-Michel...
'ARTICLE 2
« - Portion congrue du Recteur de
))
1)
Gourin et de ses trois curés.............
1,750
- Portion congrue du Recteur de Coray
.••••.
et de son curé
»)
......
1.050
- Portion congrue des trois curés de
Pleyben. (Le Recteur jouit de la Dime de
Saint-Ségal, portant à 700 l., pour lui tenir
)))
.••...
1.050
lieu de portion congrue)....
- Pour les réparations des chœurs et
chancels des paroisses de Pleyben; Gourin
1) ))
150
et Coray..................
- Réparations du palais épiscopal et du
)) ))
chateau de Lanniron...................
500
- Réparations du moulin de l'Evéché,
))
800
curage de l'étang et meules..
- 128 -
- Réparations des trois fours banaux
150l. »d. »s.
et des édifices en dépendant.............
- Réparations des trois moulins de
))
....
))
200
Coray et du four.......
NoTA. — 1º Que les fermiers du droit de
coutume à Coray ne pouvant plus se faire
payer, et le fournier ne pouvant plus forcer
les vassaux à venir cuire à son four, c'est
))
))
300
une diminution sur le revenu de l'Evéché de
2º Que Mr l'Evêque a sur les biens de
l'Evéché une bypothèque de 9.500 l. pour
des acquisitions faites par feus Mrs du
Louet et Coellogon, ses prédécesseurs, et
dont on tient compte aux héritiers à la
mort de chaque Evêque, c'est 450 l. par an
» ))
450
à déduire sur le revenu......
8.280 1.10 s. » d.
Total des charges...
•La mense abbatiale de Landévennec,
unie à celle de l'Evéché de Cornouaille, en
1
16
17.410
1783, avait un revenu global de..........
12
•••.
))
9.004
et des charges se montant à....
d'où, pour les deux menses, un revenu
7
8
général de.....
35.076
))
17.285
2
et des charges de .....
Reste un revenu net de.......
17.791 l. 6 s. 7d
" Mr l'Evêque est encore titulaire d'un prieuré dit le
prieuré de l'isle Tristan,
à Douarnenez, affermé jusqu'ici
972 I. ; mais comme ce bénéfice ne lui a été donné, comme à
M. de Cuillé son prédécesseur que pour fournir & l'entretien
de deux ecclésiastiques desservant cette isle (l'ile de Sein), et
que cet entretien et autres charges, comme les réparations du
chœur et cancel
de l'église paroissiale de Pouldergat où le
- 129 -
prieur a la moitié des dimes, d'un moulin à vent, de l'audi-
toire et de la prison (de la juridiction de l'ile Tristan), frais
de procédures, absorvent tout le revenu, on n'en a pas fait
état dans les revenus de Mr l'Evêque de Quimper » (1).
Un autre document des archives départementales, beaucoup
non daté, mais qui semble de la même
sommaire,
plus
époque, porte le revenu global à 18.721 l. 12 s. 4 d. et les
charges totales à 4.470 l. seulement. Cette pièce concerne
uniquement les biens propres de l'Evêché (2).
Il eut été désirable de pouvoir rapprocher les chiffres
donnés par l'état que nous avons transcrit et qui doivent être
ceux des dernières années de l'ancien régime, des rôles
d'anciens registres-rentiers, afin de se rendre compte des
fluctuations subies par les revenus et les charges de l'évêché
aux diverses époques. Mais aucun document de ce genre
n'existe au dépôt départemental.
Ces préliminaires posés, nous allons étudier séparément
les possessions comprises dans cinq paroisses du Cap-Sizun :
Cléden, Plogolf, Beuzec, Esquibien et Primelin.
IV.
CLÉDEN-CAP-SIZUN
Dans cette paroisse deux lenues seulement, sises au village
de Lamboban, étaient sous la seigneurie des Evêques. Elles
comprenaient, outre les maisons d'habitation et leurs dépen-
dances, six journaux de terres chaudes et six journaux de
terres froides.
La mouvance proche de ces terres fut réclamée par les
seigneurs de Tréménec, à cause de leur fief de Kerdanet (en
(1) G. 677.
(2) G. 676. En 1641, le temporel, lombé en régale par le décès de Mgr Le
Prestre, fit affermé pour 5000 livres à Philippe Furic, sieur de Groual. -
Au xr* siècle, une obligation de 040 franes fut souscrite par Pierre du Pont,
fermier du temporel de l'Evêché de Quimper (Arch. Loire-Inférieure, B. 08).
• BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉO. - ToME XXXVIII (Mémoires 9.)
- 130 -
en 1540, Demoiselle Clémence
Pouldergat), parce que,
Coguiou, dame de Penguellen, se fit rendre aveu pour ces
deux lieux, par Raoul et Guillaume Le Manach, Jean Evenou
el Hervé Riou.
En 1630, Demoiselle Gilette de Kerourfil, Dame douairière
de Tréménec, intentait procès à Cléden Trouguennour,
domanier de l'Evêque et soutenu par celui-ci, pour l'obliger
à reconnaître ses droits sur la tenue qu'il occupait.
Quel fut le résultat de cette contestation de fief supérieur ?
Nous ne le savons. En tout cas, en 1680, 1701 et 1711, les
seigneurs de Tréménec avouent tenir ligement, à toy et
hommage, sans toutefois devoir de rachat ni cheffrentes, sous
le fief des Regaires, deux portions de terre à domaine con.
géable et réparable, pour lesquelles il leur était dû annuelle-
ment des redevances en espèces, en huile et en merlus secs.
En 1774, Jean-François de Keratry, successeur des sei-
gneurs de Keridiern, prétendait que le proche fief lui appar-
tenait et non aux seigneurs de Tréménec, parce que tout le
village de Lamboban était au fief de Keridiern, ayant élé
échangé en 1626, par le seigneur du Bois de Tresséol, contre
un domaine situé en Plonévez-Porzay, appartenant aux
Keridiern. Nous n'avons trouvé aucune indication sur la
suite de ce différend (1).
Le souvenir de la possession épiscopale s'est conservé à
Lamboban dans la désignation de certaines parcelles telles
que « Parc-an-Escop, Foennec-an-Escop ».
On y trouve également « Liors-ar-Ru-Manach, Foennec-
ar-Ru-Manac'h ». Les Templiers, appelés aussi Moines-rouges,
semblent pourtant n'avoir rien possédé dans la région du
Cap-Sizun ; cependant un rentier de la seigneurie de Prat-an-
Raz, du xve siècle, indique qu'il était dû à celte seigneurie
une cheffrente à la Chandeleur « dessus une piècze de terre
(1) G. 567.
- 131 -
que Guillaume Barbier tient en la terre du Temple, en
Plægoff » (1). Il est vrai que Ru-Manac'h peut être pour
Rün-Manac'h, la colline du moine. Une légende rapportée
par M. Le Carguet (2), prétend qu'une communauté d'hommes,
d'abord établie au Cou-gueriou, près Lannourek, en Goulien,
se serait, par la suite, retirée au bourg de Cléden. Le presby-
tère de celte dernière paroisse se trouvait autrefois à Lam-
boban; ne pourrait-on pas voir dans ces moines les premiers
pasteurs de Cléden, venant s'établir à proximité de la rési-
dence du Tiern (Keridiern touche presque Lamboban), sur
une terre saus doule concédée par celui-ci ? (3).
V.
PLOGOFF
Deux
villages : Le Dreff et Kerstrat, à foy, hommage,
devoirs de rachat, lods et ventes et autres devoirs seigneu-
riaux.
En 1511, ils appartenaient en fond à nobles gens Jacques
Euzenault et Jacquette de Cornouaille, seigneur et dame du
Heznant. Cette dernière était fille unique de Jan de Cor-
nouaille et de Jeanne de Lanros (4).
En 1693, Charles de Boisguehenneuc, fils de Jan et de
Marie de Lanros, chevalier, seigneur de Minven (Tréogat),
en était possesseur et, en 1699, il vendit son droit foncier à
des particuliers de Plogolf, proportionnellement aux rede-
vances dûes par les terres vendues. Soit, Le Dreff pour une
somme de 4.497 l. 10 s., se décomposant comme suit :
(1) E. 228.
(9) Les Saints et les immigrations bretonnes insulaires (Bull. Société archéo-
logique du Finistere, t. XXVI, p. 435).
(3) Lamboban : Lan-paban. l'aban parait être une évolution de Pabu.
Une chapelle dédiée à Saint-Tugdual existe à Cléden. Et le pardon de
l'église paroissiale, dédiée à Saint-Clet, autrefois Saint-Cleden, s'appelle
l'ardon Pabu.
(4) La seigneurie de Lanros élait située en Ergué-Armel. Elle a été
possedée successivement par les familles de Lanros, d'Acigné, de Sévigné
el de Chateaugiron.
- 132 =
630 l. » S.
1° Jan Le Chever, du Drefi, 7b* 1/2 froment
-
))
8
693
1/4
20 Pierre Pezron, du Drell,
15
1/41/16- 194
3º Henri Canevet, de Lestrivin, 2
10
364
1/4 1/8 -
40 Paul Le Normant, de lengar, 4
105
1/4
5° JeanneLeFloch, delven-Isela, 1
-
5
488
3/4
fo Ollivier Ladan, du Drett,
-
))
126
1/2•
70 André Yvenou, de Pénéach, 1
-
))
444
1/4
8º Guillaume Huon, du Dreft,
-
))
444
1/4
9o EléonoreLeGoardon,duDreff, 5
- 1.008 "
10º Pierre Rosen, de Kengar, 12
Et en oûtre, leurs parts respectives de seize chapons, les
corvées et champart.
Le village de Kerstrat fut vendu pour la somme de
3.028 l. 14 s., se décomposant également comme suit, entre
six particuliers, en douze parts inégales :
10 Paul Le Perc'herin, de Istrat, 4 b* 1/2 froment 4321.13s.6d.
-
20
1/21/4 - 259 12 3
6
9
- 216
1/4
3º Clette Gouserch, de Trogor, 2
9
))
3
288
40
9
15
5º GuillaumeLeBras, deLandréal, 1 1/4 1/10 — 129
))
2
72
3 criblées —
6°
6
- 432 13
7o Henri Guillou, de Iýven-Isella, 4 b* 1/2
3
80
12
2 1/21/4 - 259
7
))
- 216
gº Jeanne Guillou, de Ixven-Isela, 2 1/4
2 1)
10°
3 criblées - 72
-
5 b* 1/2 1/8 - 540 17 »
11° Marie Iloch,
1
-
120
- 108 3 »
Ces chiffres montrent qu'à la fin du xvie siècle, les
habitants de certains villages de Plogoff, jouissaient de
quelque aisance qui leur était venue du produit de la pêche
et du commerce de poissons séchés (1).
(1) V. LE CARGUET : La morue du Raz de Fontenoy (Bull. Société archéo-
lógique du Finistère, t. XXX VII, 1910).
- 133 -
En 1630, le fermier des domaines du Roi, Nicolas Le Flo,
prétendait que les villages du Drelf et de Kerstrat étaient au
proche fief du Roi el, en 1682, l'évêque fut débouté du fief
de ligence sur Kerstrat par le commissaire député pour la
réformation du domaine. Cependant, en 1693, il réussit à
prouver, par titres authentiques, malgré le pillage de ses
archives au temps de la Ligue, la fausseté des prétentions du
commissaire Bougis el, par arrêté du Parlement du lö dé-
cembre, il fut maintenu dans la plénitude de ses droits sur
Kerstrat.
:
VI.
BEUZEC-CAP-SIZUN
Trois pièces de terre aux issues du village de Kerazret el
une autre piece au village de Rubilly, à foi, hommage,
chambellenage, devoirs de rachat, lods et ventes et autres
droits seigneuriaux.
En 1631, noble homme Jacques Le Barz, sieur de Kerlem-
bert (Plouhinec), demeurant à Pont-Croix, acquit de Jan et
Jacques Hervo, une rente de sept renées combles froment
dûe sur ces terres et en 1630, il avait acquis sur ces mêmes
héritages, cinq combles seigle pour droits convenantiers et
réparatoires. En 1634, il contestait devoirs le rachat et les
lods et ventes; l'évêque le fit assigner en justice pour impunir
son aveu, mais sur les entrefaites il décéda et son fils, Pierre
Le Barz, ayant été appelé en reprises d'instance, paya le
rachat, les lods et ventes et les dépens et par addition, réforma
l'aveu de son père (1).
Les domaines de Kerazrel passèrent successivement, par
(1) Jacques Le Barz avait épousé Jeanne Thérèse de la Chapelle. Son
frère, Ollivier, sieur de Kérodéven épousa Marguerite Michelet, fille unique
de Clet Michelet dit Scol, sieur de Ménez-Bihan, et de Gabrielle Chauvel.
Lour fils, l'ierre Le Bar%, sieur de Ménez-Bihan, laissa une fille, Jeanne-
Etiennette qui épousa Guillaune-François Dumanoir, receveur général des
Domaines de Bretagne, au departement de Quimper. (Archives Finistère).
- 134 -
acquisition, en 1674, à Eutrope Porlodec et Catherine Le
Sicourmat, puis par héritages, d'abord à Nicolas Poriodec
sieur de Kerlivin et ensuite à Jean-Baptiste Le Baillif de
Porsaludem, officier des chevaux légers de la garde du Roi,
époux de Anne Porlodec.
La pièce de terre de Rubilly apparlenait en 1604 à sire Paul
Hervichon et Jeanne Le Douyrin qui percevaient deux renées
comble froment scandil et deux chapons sur leur domanier.
En 1656, elle fut acquise par Jan Bocou, sieur de Lespoul, de
Marguerite Hervichon, fille des précédents, femme de Maitre
Jan Collet, notaire royal.
VII.
ESQUIBIEN ET AUDIERNE, sa Trêve
1º Une tenue au village du Créac'h ;
2º la moitié d'un courtil aux issues du village de Porsfeun-
leun-Bihan avec la part et portion dans les communaux du
même village ;
• 3º Une petite planche de terre aux issues du village de
Keroullou.
A foy, hommage, devoirs de rachal, lods et ventes et autres
droits seigneuriaux.
Ces terres appartenaient en 1706 à noble homme Clette
Brignou, sieur de Roslinec puis en 1710, à Prigent Kerlan et
village de Kéridreu, près
Anne le Pellé, demeurant au
Audierne, qui levaient sur leurs domaniers deux boisseaux de
seigle et un boisseau d'orge.
Trêve d'Audierne (1)
La trêve d'Audierne se composait : du bourg d'Audierne,
anciennement Trégoazien
et des villages de : hergadec,
(1) Le nom : « Audierne est unc pure absurdité; le nom breton est Goyen
C'est le port de Goezian en 1410. (J. Lou : Les noms des Saints Bretons,
Revue Celtique 1909).
- 135•-
Keruhon, Kerbreac'h-uhela, Kerbréac'h-isela, Keriouaz,
Kerbuzulic, Kerlaouenan, Kerdidreu.
Les fouages et autres subsides dûes au Roi en la paroisse
. d'Esquibien se payaient par moitié entre la paroisse et la
trêve (1).
L'annotateur d'Ogée indique comme fiefs à Audierne, ceux
du Roi, de Lézurec et de Lezoualch. Il oublie le plus important:
celui des Regaires. Il est vrai qu'à la fin de l'ancien régime,
le fief el la juridiction temporelle des Evêques n'étaient
presque plus
•reconnus en divers endroits et en 1752 à
Audierne, seulement deux ou trois déclarants pour le vingtième
mentionnent devoir des cheffrentes à l'Evêque (2).
En 1498, une enquête fut faite « au village de Trefgoezien »
pour déterminer l'étendue du fief des Evêques et les droits
leur appartenant. Voici le procès-verbal rédigé à ce sujet :
« Pierre de Quoettanezre, procureur de la court des Regales.
de Cornouaille et Olivier de Quoettanezre, notaire et sergent
de lad. court certiftions que au moys daoust derrainement
passé en la compaignie de Francoys le Scanlf recepveur de lad.
court nous nous transportames au village de Trefgoezien
jouxte et sur lorée de la ripvierre de Goezien en la parroesse
de Esquibyen en Cap Sizun par. l'advis et déliberacion de
Vénérable et Discret Maistre Jehan de Guicaznou archidiacre
el chanoine de Cornouaille, vicaire général en spirituel et
temporel de Révérend père en Dieu M. Raoul évesque dud.
Cornouaille, pour et allin de informer et accertainer led. sieur
et sond vicaire du fyé droit dud. seigneur aud. village et lieu
de Trefgoezien, auquel lieu avons trouvé par les vieulx
el anciens gens des mectes et environs led. village de
Trefgoezien par nous fait venir à celle cause que led. village
auquel y a grand nombre de vieilles mazierres est mêmement
le fyé et seigneurie regalle dud. seigneur jusque le grand
(1) Audierne est demeurée une trêve d'Esquibien jusqu'an Concordat.
(2) LE CArGUEr : L'impôt du vingtième d Audierne en 1751. (Bul. 1907).
~ 136 -
chemin et costeaut icelui qui descend disquibien au port et
havre dudit lieu de Goezien par led. village; scavoir : la part
dicelui village estant entre le chemin en tirant en Pontecroix
en laquelle partie y a une yglise et cemytière treffve de lad.
parroisse de Esquibien el y avoit autreffoiz aud. Vilage par
le record des anciens, foires une ou deux foiz lan et marché
une foiz la sepmaine et y avoit lieu du marché et desd. foires
aud. village et que levesque Bertran que Dieu absolle alla en
son temps abatre et desmolir ung mur encommenczé en lad.
place dud. marché par ung de ceux de la maison du Menez
mesme que aud. Iye de mond. seigneur ya a présent six ou
sept petites maisons desquelles le fabricque dicelle yglise au
nom et comme fabricque dicelle yglise et les y demeurantz
poyent à lad. fabricque les ungs cinq solz, les autres quattre
soltz deux deniers autres troys deniers quatre deniers et
autres vingt deniers par chacun an de rente. Et en ce quest
le parsuz dud. village entre led. chemyn et la mer recordent
et dyent lesd. anciens que c'est le [ye du Juch et dicelui tenir.
Donné et fait le xxie jour doctobre lan mil quatre centz qua-
tre vingt dix huict. Signé : Pierre de Quoittanezre et O. de
Quoellanezre.
On voit qu'à la fin du xve siècle, Audierne n'était encore
qu'un simple village habité par des pêcheurs. Mais au début
du siècle suivant l'agglomération prit de l'importance, un
commerce actif y attira les gens des environs et même des
étrangers, commerçants pour la plupart, qui fournirent aux
pêcheurs des engins perfectionnés et développèrent considé-
rablement les transactions.
L'Evêque crût devoir à nouveau faire reconnaitre son fief
par les Tréviens el, en 1507, une transaction sur procès fut
conclue entre eux. Nous en donnons ci-dessous une analyse
faite au xviie siècle.
« Transaction sur le procès été entre Révérend Père en
Dieu Claude de Rohan et Clémence Triollez, veuve d'Yvon
— 137 —
Perrou en son nom et comme tutrice d'Anne et Marguerite
Perrou, ses filles, Marie Le Du, veuve de Jean Leguével,
en son nom et tutrice d'Yvon, Glazren, Riou et Marie, ses
enfants, Mahote Lequéré; veuve de Riou Leguével, Guillaume
Laror, Mº Jean Rivoalen, Guillaume Lancou, Hervé Le Gall,
Daniel Parisy, Allain le Maumeur, Jean Audren, Guéguen
Rivoalen, Hervé Le Priol, Jean Geffroy, Daniel Le Corre,
Marie Seider, Alain Kerlouen, et chacun d'eux. Par lequel
procèz ledit Claude de Rohan, seigneur Evesque, soutenoit
que les sus-nommés étoient ses hommes et sujets, demeurant
en son fyé proche, au bourg de Trégoazien autrement Keran-
goezien, en la paroisse d'Esquibien, et qu'il étoit de tout
temps et ses prédécesseurs en pocession de leur payer par
chacun ap, à la Saint-Jean-Baptiste, certaine cheffrente sur
chacune maison, hôtel, herbrègement dudit bourg de Tregoe-
zien et de faire baillée des places et vacantes dudit bourg et
village et combien que par ci-devant et depuis cinq ans, ledit
seigneur se fut par sa cour oposé contre les dits nommez de
•ne plus faire édifier et batir de nouveau maison ny herber-
gement audit bourg en son dit fyé proche, à son préjudice et
qu'il y eust un arrêt subsidiaire parce qu'ils n'avoient obéi
aux dites opositions cependant du depuis les dits susnommés
avoient ediffié, bâti et construit de nouveau audit Tregoezien
audit lyé proche, plusieurs et grand nombre de maisons, sans
congé, liscence ny permission dudit seigneur ny de ses offi.
ciers, ce qui étoit un attentat aux dits plègements en infrac-
Lion desdits arrêts pourquoy il concluoit, entre autre chose à
ce qu'ils fussent condemnés de luy payer à la Saint-Jean-
Baptiste telle somme de cheffrente qui étoient portées par les
anciens rentiers, sur chacune des dites maisons' tant d'an-
cieneté que de nouveau construites aud. fyé.
« Et les dits susnommés de leur part disoient avoir édifié
et bâti de nouveau certain nombre de maisons au lieu d'an-
ciennes murailles qui y étoient auparavant et cela avant que
- 138 -
les dits plègements et arrêt leur fussent notifiés et ne scavoient
pas que les dites rentes ou cheffrentes fussent deües et contes-
loient avoir donné lieu à la pocession prétendue, d'autant
qu'ils étoient en pocession des dites maisons depuis cinq ans
sans oposition ny empe-
derniers et plus et les avoir édifiées :
chements quelconques.
« Et que si aucuns fyés sont audit bourg ce sont les fyés
du Roy et du Duc, et du seigneur du Jucq et du Tyvoaranlen,
et le fyé d'une chapelle y étant appellée vulgairement la
chapelle et église de Saint-Rumon, à laquelle chapelle ils
payoient par an de rente sur chacune maison, hôtel et
herbergement certaine somme pour être liscentiés et avoir
place audit bourg d'y édifier et faire les dites maisons.
« Sur quoy étoit ledit Seigneur Evêque et les dits-susnom-
més sur le point d'avoir un grand procès, à leur grand préju-
dice et domage et mèmement des dits susnomés pour à quoy
obvier et assoupir le dit différent, comparurent Me Pierre de
Coeltanezre, procureur dudit Seigneur Evesque, d'une part,
et Guyon Rivoalen et Alain le Maumeur, pour eux, et Yvon
le Doulce, sieur de Kermabon, au nom et comme procureur
exprès fondé en procuration de Jean Jouhen et Henri Loys et
des autres susnommés, lesquels convinrent des choses cy-
après, en présence et du consentement de vénérable personne
Maistre Jean de Guicaznou, archidiacre et chanoine de Cor-
nouaille et Hervé de Lezongar, trésorier et aussi chanoine
dudit Cornouaille et vicaire général dudit Seigneur Evêque.
Scavoir est : que les dits susnommés et chacuns pour être et
demeurer quite des arrérages des rentes ou cheffrentes deües
sur les dites maisons et des amendes, dédomagement et
intérêts envers ledit seigneur, reconnoissent la terre et place
ou ils ont edifié leurs dites maisons et chacune aud. lieu de
Trégoezien etre le fief proche dudit seigneur Evêque et les
tenir sous luy prochement et ligement à la nature du fye,
promettants et s'obligeants de luy payer par chacun an, au
- 139 —
terme de Saint-Jean-Baptiste, et à ses successeurs dessus le
gage et profitement des dites maisons desja faites et édifiées
el toutes autres que dissi en avant ils édifieront au dit bourg
de Trégoezien, au fyé proche dudit seigneur, la somme et
nombre de douze deniers de rente ou cheffrente, sur chacune
maison et hôtel et ses appartenances. "
Cette transaction fut ratifiée par les sus-nommés, en la
cour du Quéménet et du Juch, le second jour de septembre,
l'an mit cinq cent neuf, au rapport de Guillaume Le Doulce
et de Jehan Le Scanlf.
Le grand chemin dévalant du bourg d'Esquibien, men-
tionné dans l'acte de 1498, a constitué la rue Double, autre-
ment rue Haute « conduisant du Marché au pain et place
publique du dit Audierne, tant à l'église d'Esquibien qu'au
Cap-Sizun ». Les vieilles mazières constatées par les enqué-
leurs de 1498, firent place, peu à peu, à de belles et grandes
maisons avec cours et jardins où résidaient les marchands et
bourgeois. Une douzaine de maisons de la rue Double étaient
au fief des Regaires, suivant les aveux rendus aux Evêques
par leurs possesseurs successifs.
En 1670, Yves de Rospiec, seigneur du Menez-Kermabon,
Keriouaz, le Tymeur, déclarait tenir sous les regairs, à foi,
hommage, devoirs de rachat, lods et ventes et autres devoirs
seigneuriaux, quatre maisons en la rue Double, sur lesquelles
il disait lui être dû les redevances suivantes, qu'il qualifiait
de cheffrentes et que l'Evêque, au contraire, prétendait n'être
que rentes censives ou foncières: dix deniers tournois sur la
première ; douze sur la deuxième; « une realle d'argent
d'Espagne à quelque prix qu'elle puisse estre, qui vaut à
présant sept sols, trois deniers tournois » sur la troisième;
neuf sols tournois sur la quatrième. Cet aveu semble avoir été
impuni; néanmoins en 1714, René Prudent de Rospiec, sei-
gneur des mêmes lieux, rendait un aveu exactement pareil.
Au début du xvne siècle beaucoup d'avouants ne spécifient
- 140 -
pas de cheffrentes à l'Evêque; par contre un grand nombre
disent devoir certaines redevances à l'église de Saint-Rumon :
un à trois sous.
Parmi les possesseurs des autres maisons figurent un
grand nombre « d'honorables marchands et bourgeois du
bourg trévial d'Audierne ». Nous pouvons citer :
En 1540, Messire Henry Trouguennour.
1634, Guillaume Le Guével et Dezmat Le Gouill, sa femme.
1643, sire Jacques Le Gal et Catherine Baraou.
1643, Maitre Jacques Piriou, notaire royal et Méance
Le Priser.
1669, H. H. Daniel Choariel et Méance Le Gouill.
1678, les enfants de N. H. Simon Porlodec, sieur de
Kerancore : Clette Portodec, sieur de Kereffran, et Françoise
Choariel, Jean Porlodec, sieur de Kerestin, Jeanne Porlodec,
femme de Jacques Guillou, sieur de Kerverzit, Yvorée Por-
lodec, femme de René Bocou, sieur de Kernéian, Michel
Porlodec, sieur de Mesmeur (1).
1679, Maitre Yves Le Blouch, sieur de Pennamenez.
1698, Hély Fortin, sieur de la Croix.
1712, Yves Piriou, sieur de Kerellou.
1712, N. H. Guillaume Béléguic, sieur de Kerspern.
1750, Denis Le Blouc'h, sieur de Penamprat, avocat au
Parlement, décédé en 1757 (2).
Le fief des Regaires comprenait encore :
1° Huit ou neuf maisons « dans le chemin conduisant de
(1) Simon Porlodec, notaire Royal, avail épousé Jeanne Mat, fille unique
de Jean Mat, nolaire royal, possesseur du manoir de Kerancorre, en
Esquibien. Un de ses fils, Michel Porlodec, sieur de Mesmeur (Goulien)
devint bourgeois de Bordeaux et mourut vers 1726.
Nicolas Porlodec, sieur de Guisec (Meilars), époux de Jeanne Canéret,
acquit, en 1666, le manoir de Kerstrat, en Mcilars, pour la somme de
1220 livres, de Jan de Rospiec et de Marie du Disquay, seigneur et dame
de Trévien. (Archives Finistère):
(2) Fils de Yves Le Blouch, notaire royal, et de Jeanne Le Deuffic.
Denis Le Blouch eut un frère, Messire Pierre Le Blouch, recteur de la
paroisse de Rambouillet, en Chartres.
- 141 -
l'église Saint-Rumon au village de Kervréac'h et à la fontaine
de Keravec », dont nous pouvons citer quelques possesseurs :
en 1578, Maitre Jan Le Gall, notaire royal et Marie Le
Priol, sa femme, demeurant à Pont-Croix.
1623, Guillaume Le Gall et Lévénez Lancoudre.
1686, René Bocou et Yvorée Porlodec.
1690, Demoiselle Marie Le Mignon, veuve de N. H.
Clette Brignou, elc...
2º Six à sept maisons autour de l'église et du cimetière
et près de « Porz ar Brioual » appartenant : en 1340, à
Henry Michelet dont le fils, Cléden Michelet, dit Scol, devint
sieur de Menez-Bihan: en 1634, à Messire Jan Le Bis, recteur
d'Esquibien ; en 1634, à Messire Henry Guillou, prêtre et
chapelain de Saint-Rumon, qui devint recleur de Plogolt et
mourut en 1670, ete.....
3º Une maison nommée Penanguer, appartenant, en
1513, à Henry Brehonet qui reconnut devoir 15 sous de
cheffrente au seigneur du Ménez ; en 1520, à Marie Hascoet,
femme de Thomas Kergoff, et à Glazren Adam, tuteur de Jan
Fily, et Anne Fily, femme de Jan Furic. Cette maison fut
acquise, en 1540, par Jan Riou, marchand, de Jacques du
Ménez, notaire royal, sieur de Kerbuzulic, pour la somme de
440 livres. La mouvance proche en fut réclamée par le
seigneur de Lézurec, Alain du Ménez, qui l'aurait inféodée .
au préjudice de l'Evêque. Cette contestation de fief donna
lieu à un long procès dont la genèse est clairement exposée
dans le mémoire suivant :
« Se void que dès le 21 octobre 1498, les officiers du
seigneur Evesque Raoul remarquent le villaige de Trelfgoezien
estre entièrement au fief des Regaires et qu'anciennement il
y avait marché et foires audit lieu...
« Néantmointz, il se void à présent que ledit bourg de
Treffgoazien à présent dict Audierne, est randu lung des bons
bourgs et havre de la province et qu'on y a basty nombre de
— 142 —
belles maisons, les unes au fiell de Lezurec, autres au fieff de
Kmabon, autres fieff de Lestialla, autres fieff du Ménez, en
sortte que chascung a fait du fieff à sa discrétion.
« Quant au sieur de Lezurec qui est celuy quy possède le
plus des yssues dudit Trefigoazien, se voyant poursuivi au
procès pour rendre raison du font et origine de son prétendu
fieff, sayde entre autres garand d'ung prétendu transact de
l'an 1491, par lequel il diet que le sieur du Ménez a baillé au
sieur de Lezurec, son fieff et domayne en Treffgoazien, en
vertu duquel transact il possède à présent ledict fieft.
« Pour contredire ce prétendu fieft, le conseil remarquera
sy luy plaist premièrement qu'il n'y a mention ny expression
dauleung fieff ny domayne en particulier mentionné aud.
transact quy fust sittué au villaige de Treligoazien, ce qui
estoit préalable pour apparoir et justiffier en quoy consistoit
ledit fiell. Mais il est parlé en mots exprès en la trefíve de
Treffgoazien, laquelle treffve consiste en plusieurs villaiges
comme se void par le rolle des fouaiges quy sont au procès
dans partie desquelles ledict sieur de Lézurec a du droict.,
scavoir à Kerbreac'h et Kerbeuzulic.
« En ouctre sy le sieur du Ménez avoict quelque fiell a
Treffgoazien ses héritiers le possèdent encore car ung enclos
de maisons y sittué dict porte porlodec est tenu a présent. et
de lout temps en proche fiell de la seigneurie du Ménez,
tellement que le sieur de Lézurec nest pas vestu de la po-
cession de fieff quil prétend satribuer par le transact;
dailleurs quand ledict transact auroict lieu les choses sont
baillées de l'aisné au cadet à la charge de les tenir à foy et
prochaine seigneurie ce quy est repugnant à la Costume.
« Le lieu de Treffgoazien est entièrement terre roturière
subjecte aux charges et contributions roturières et partant
quant encore le sieur de Lézurec eust eu quelque droict il n'a
peu faire aulcung féaige.
« Suppose aussy que la propprietté du lieu du Vieux
- 143 —
Chastel comme il dict dans son interrogation du 27 avril
1629, c'est le fondement de son fieff, il se justifie par le
procès verbal du 21me octobre 1498 que la possession quil en
faict, c'est par usurpation sur les droicts des seigneurs
Evesques.
« Ne peult le sieur de Lezurec justiffier par aulcung garand
que au lemps de son prétendu transact de l'an 1491, le sieur
du Ménez eust aulcung fieff à Treffgoazien soict par feaige
quil en eust faict ou mineu quon luy aye fourny ou inféoda-
tion quil eust faicte envers le seigneur Evesque ou autre
seigneur suppérieur, ce quy serait préalable pour apparoir
du droict du prétendu fielf.
« Fault aussy remarquer que ledit sieur de Lezurec se
voiant poursuivy à cause de son prétendu fieff, a d'une mesme
chose faict plusieurs parts, car il advoue tenir en arrière fieff
les choses quil possède à présent à Treffgoazien, une partie
du seignéur Evesque, autre partie du seigneur du Juch, autre
partie du seigneur de Mollac Pontecroix, le tout néantmoingt
despendant du Vieux Chastel, ce quy ne peult estre légitime,
et ce département quil en a faict se peult remarquer par le
plan et portraict dudict Treffgoazien qui est produict pour
instruire le Conseil de la forme et situation des choses et
comme elles sont diversement possédées quant au fieff. »
Dans ses écrits de défense, Alain du Ménez produisit :
« un contrat et accord sur partage, du 24 mars 1492, entre
Jan du Menez, sieur du Menez, fils d'autre Jan et Jan du
Menez, fils de Jestin du Menez, sieur de Nézurec, par lequel
il se void que par contrat du 4 févriér 1418, Jan du Menez
auroit baillé audit Jestin, en partage, toutes les rentes, terres
et héritages que iceluy Jan avoit et vouloit tenir de la succes-
sion de son père en la trêve de Trégoazien. Par cet acte il se
voit encore qu'en 1465, la maison de Nézurec (ainsin nommée
jusqu'à cinq fois) avoit esté baillée audit Jestin ou â son fils
par les seigneurs du Ménez. »
- 144 -
Alain du Ménez écrit encore que la maison objet du litige,
avait autrefois dépandu « du manoir de Coz-Castel ou vieux
Chasteau, dont les vestiges apparaissent encore en quelques
endroits, aux issues de Trégoazien ; les demeurant aux
environs ont été de tout temps et sont encore exempts de
loute contribution roturière, ledit hostel ayant esté donné en
partage à un membre de la maison du Ménez-Clisson pour
entrer en la maison de Lézurec, il y a plus de 200 ans. »
« Joint aussy qu'il faut considérer que le bourg de
Trégoazien dont est question, appelé maintenant Audierne,
n'a autrefois esté qu'un simple et chétif village, sans aucune
réputation ; mais par la succession de temps, à l'occasion de
la commodité du commerce, quelques marchands sy estant
habilués, y ont attiré d'autres et à mesure que le village
s'est peuplé.
« Montre qu'en 1512, la dite maison est reconnue par les
propriétaires, tenue à foy, devoir de rachat et de cheffrente.
et qu'en 1627, une sentence de la juridiction des Regaires
contraint le payement du rachat au seigneur de Lézurec, et
en 1627, lors de la vente de cette maison, les juges des
Regaires adjugèrent les ventes audit seigneur. »
« Produit ledit seigneur treize pièces qui sont lettres concé-
dées aux prédécesseurs du dit du Ménez, par le Roy de
France, le Duc et Duchesse de Bretagne, certifficats de per-
sonne dévidante quallité, et autres actes authentiques dâtés
de 1437, 1458, 1462, 1465, 1486, 1491, 1492, 1545, 1569,
1573».
L'Evêque, de son côté, produisit ses moyens de défense,
consultations de divers juristes, entre autres Frain qui s'ef-
forcèrent de retorquer les arguments du seigneur de Lézurec :
« La Cour voit comme le deffendeur et ses ayeuls advancent
leurs usurpations pied à pied. En l'an 1577 ils ont commencé
. à dire qu'ils avoient cheffrentes, en 1625, ils commancent à
dire avoir arrière-fief, ligence, rachat, ventes et aultres droits.
= 145 -
Il se void au procès par de prétandus afféagements de lerres
roturières que le deffendeur a fait depuis quatre ou cinq ans,
qu'il stipule toutz les droits et mesme suite de cour, qui
montre qu'il a désjà fabriqué en sa teste une juridiction ! lla
méțamorphosé en fief une maison à Audierne qui avait
appartenu en propre à Pezronnelle Liziart, dame douairière
de Lézurec. »
En 1577, le seigneur de Lézurec dont la terre ne compre-
nait, d'après l'aveu rendu à l'évêque, que vingt-sept journaux
de terres chaudes et quarante-huit journaux de terres froides,
n'avait pas droit de colombier ni de fuie et cinquante ans
plus tard il prétendait en avoir (1).
« Le dit seigneur de Lézurec et ses prédécesseurs ont, par
innovation usurpée des prééminences et droitz honorifiques en
la chapelle de Saint-Tugean et aultres au fief des Regaires de
Cornouaille et s'efforce d'usurper juridiction, et pour faciliter
la preuve des dits faits quy autrement ne se pourrait faire,
pour estre le dit sieur de Lézurec craint et redouté au quanton,
soit permis d'obtenir et faire fulminer
monitoires et pour
ouyr les thémoins, sera le premier des messieurs trouvés sur
les lieux, ou juges royaux proches des dits lieux, non sus-
pects.
« En 1613, Alain du Ménez, seigneur de Lézurec, avait
mandé à tous ses homes et sujets du bourg de Trégoazien et
aussy à tous autres qui sont sous la ban-lieu de son moulin
de Sornigou, de suivre le distroit du dit moulin ». L Evêque
intervint, prit fait et cause pour les habitants d'Audierne
et le seigneur de Lézurec fut débouté de son prétendu
droit.
« Çe prodigieux procès qui parut un chaos impénétrable à
tous les juges qui l'ont jugé », donna lieu à des sentences
(1) Pour avoir droit de colombier, la coutume exigeait des gentilshom-
mes la possession de 300 journaux autour de leur maison (coutume de
Bretagne, titre XVIII, art. 389).
BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉO. — ToMe XXXVIII (Mémoires 10.)
- 146 -
contradictoires, tantôt favorables à l'une des parties, tantôt à
l'autre et finalement se termina par une transaction arbi-
trale qui d'ailleurs, semble-t-il, ne régla pas définitivement le
différend, car en 1672, Yves du Ménez, fils d'Alain, reprit le
procès. On ignore ce qu'il en advint.
• L'Evêque eut aussi à disputer son titre de fondateur et pre-
mier prééminencier en l'église tréviale d'Audierne, au sei-
gneur de Rospiec-Kermabon.
Le mémoire fournit par l'Evêque à l'occasion de cette
contestation est particulièrement intéressant et révèle chez
les Rospiec le même désir d'empiètement que chez les du
Ménez:
«Les prééminences que le sieur de Kermabon montre à
présent en la dite église ne sont que par usurpation
faites puis le rétablissement et réfection
d'icelle, de l'or-
donnance du sieur Intervenant qui, faisant la visite au
commencement de sa prélature, ému du piteux état de la dite
église delabrée et quasi par terre, convia les habitants du
la dite
bourg d'Audierne de contribuer de leur charité à
refection comme ils ont fait de depuis.
« Mais le sieur de Kermabon prenant à son avantage l'oc-
casion de son oncle, cadet de la maison qui était recteur de
la paroisse, fit mettre ses armes partout, s'arrogea un banc
au chœur et toutes les autres marques. »
L'affaire semble n'avoir pas eu de suites; néanmoins, en
1634, « le seigneur de Kermabon ayant été appelé fondateur
de l'église, dans un acte de donation faite en faveur de celle-
ci, une sentence du Présidial de Quimper, ordonna que cette
qualité serait rayée de l'acte jusqu'à ce que le sieur de Ker-
mabon n'ai fait constater par bons actes, être fondateur de
l'église » (1).
En 1704, la contestation reprend de plus belle entre l'Evê-
(1) CHANOINE PEYRON : Notice sur Audierne. (Bull. Commission diocésaine).
- 147 —
que et M. de Kergariou de Coatillio, seigneur de Kermabon
et du Ménez, successeur des Rospiec.
. L'Evêque présenta une requête au Présidial de Quimper
tendant à ce que M. de Kergariou « soit condamné de faire
effacer sa lizière et ses armes des endroits où il les a fait
apposer, sauf a lui à les faire mettre plus bas, si bon lui
ses
semble, faute de quoi, ouir qu'elles seront effacées à
frais....
M. de Kergariou prit une consultation de deux avocats de
Rennes dont le mémoire semble justifier ses droits de préé-
minenciers :
« Lorsque celui qui se prétend fondateur d'une église est
dans l'impossibilité de représenter des titres de fondation ou
sa
de jugements contradictoires, il faut qu'il réunisse en
faveur: 1º la possession, 2º des commencements de preuves
par écrit, 3º les signes extérieurs de la fondation...
« Or, ni le seigneur Evêque ni M. de Kergariou ne peuvent
représenter le titre de fondation de l'église tréviale de Saint-
Raymond.
« La seigneurie de Kermabon a eu de tout temps et a
encore ses armes dans les endroits les plus distingués dans la .
maitresse vitre, banc au chœur, lizière dans l'intérieur de
reglise....
M. de Kergariou produisit différentes pièces, entr'autres
deux enquêtes faites en 1559 et en 1656 et un procès-verbal
de constat de droits honorifiques, de 1607 dans lesquels sont
décrites les armes et prééminences du seigneur de Kermabon.
« Il est probable que Mgr de Saint-Luc jugea à propos de ne
pas poursuivre un procès qui n'avait guère de chance de se
conclure en sa faveur, étant donné la tendance des présidiaux
à amoindrir ou même anéantir la juridiction temporelle des
Révolution allait, du reste quatre ou cinq
Evêques. • Lav
ans plus tard, mettre brutalement les parties d'accord » (1).
(1) CHANOINE PEYRON: Nolice sur Audierne,
- 148 ~
: L'Evêque dut encore employer les rigueurs de la justice
contre certains bourgeois d'Audierne, tels que les Le Guével,
Le Gouill, etc... qui, enrichis dans le négoce, se croyaient
les égaux de possesseurs de fief, pour les obliger, soit à lui
rendre aveux, soit à lui payer les droits de rachat, de lods et
ventes, etc .. Il n'obtenait pas non plus le paiement régulier
de la cheffrente de quinze sous due sur chaque maison située
dans son fief et il dût faire impunir un grand nombre d'aveux
dans lesquels, soit par négligence, soit plutôt par calcul,
ses vassaux omellaient la dite cheffrente.
Le cahier d'Audierne, de 1789, ne contient pas de plainte
• particulière contre l'Evêque. Il n'en est pas de même du sei-
gneur du Ménez-Lézurec sur la lête de qui « la légende a
concentré tous les pires souvenirs seigneuriaux du Cap-Sizun.
Une tradition d'Audierne même rapporte que, lorsque Ma-
thieu-Claude Botsey Guesno fut élu député à la Convention
Nationale, les habitants d'Audierne lui imposèrent ce man-
dal : « Droit de faire tout ce qu'il voudrait, à Paris, à condi-
tion de débarasser Audierne de M. de Nahurec » (2).
VIII.
PRIMELIN ET SAINT-TUGEN, sa Trêve
Au territoire propre de la paroisse de Primelin, seules neuf
pièces de terre situées au bourg et la tenue dépendant du lieu
de Kerlagadec, aux issues de Kerscoulet, faisaient partie du
domaine des Regaires. Ce village de Kerlagadec, déjà non
hebergé en 1577, a totalement disparu.
Trêve de Saint-Tugen
D'après une attestation fournie en 1682, à Bougeant, pro-
cureur fiscal des Regaires par Hervé Sicourmat, procureur
terrien de la paroisse et de la trêve, René Guézennec el Yves
(2) LE CArgUEr : L'impôt du vingtième d Audierne, en 1751.
- 149 -
Le Louarn, le territoire de la trêve de Saint-Tugen se com.
posait, savoir : " tout le bourg de Saint-Tugen avec le
manoir de la Salle y estant, les villages de Keranlaouen,
Kerevoc'hant, Croistiniz, Laoual, Kerloa, Kerlazen, Kerscoulet,
Kerscoelta, Kerhaz-a-biz, Kerhaz-huella, Kerhaz-Isella,
Kervrant, Penser, le Run, les manoirs de Lézurec, Kerounou
et Kerouill et les terres
de Coatsalliou despandant dudit
village de Kervrant. Lesquels manoirs et villages relèvent
prochement de la juridiction des Regaires de Quimper. »
Les contributions au Roi se levaient par moitié entre la
paroisse et la succursale, leur étendue étant à peu près égale.
Les deux fabriques s'administraient séparément et le procu-
reur terrien de la paroisse était nommé à l'alternative entre
l'église paroissiale et l'église tréviale.
En 1517, Françoise du Quélennec, dame douairière du
Tyvoarlen et de Pont-Croix, avouait « tenir ès fyé prouche
du Régale et temporel du Révérend Père en Dieu Claude de
Rohan », 1º la moitié du manoir de Landugean, avec ses
issues, fruits et appartenances où demeuraient Maitre Jehan
et Yvon Rivoalen, au bourg de Landugean; 2º la moitié du
lieu et étage que Daniel et Marzin Le Corre tenaient ; 3º la
moitié d'un autre lieu que tenaient Jehan Le Corre et Antoine
Le Calet. lin consortie et par indivis avec Mademoiselle de
Nevet à qui appartenait l'autre moitié.
En 1540, Alain Kerstridic et Françoise Rolland, seigneur
et dame de Kerstridic (Landudec), et de Lanávan (Mahalon),
avouaient leur appartenir, comme leur étant advenus de la
succession de Alain Rolland et de Guillemette de Coattanezre,
parents de la dite dame : 1º un lieu au bourg de Saint-Tugen,
nommé Ty-an-Blouch, tenu par Henry Le Blouch et Marie
Conedou ; 2º un autre lieu nommé l'enserre, tenu par
Guillaume Le Berre et René Calvez ; 3e un autre lieu nommé
Ty-Hecarn, tenu par Primel Calvez. « Les dits héritages
sittués o fieft et village de Landugen, quitte de cheffrente
envers l'Evèque. »
- 150 -
Le receveur des droits seigneuriaux de l'Evêque, Hervé
Jahouen, fit assigner, en 1634, Yves du Ménez et Marguerite
de Brezal, seigneur et dame de Kerouil, pour rendre aveu
des terres qu'ils tenaient au fief des Regaires. Dans sa
remontrance au Présidial, Yves du Ménez disait que le
manoir et terre de Saint-Tugen — que l'agent de l'Evêque
n'avait d'ailleurs pas spécialement visés — relevaient du Roi.
Par sentence du 4 mars, le siège présidial « fit défense au
receveur de l'Evêque de poursuivre l'action concernant le
manoir de Saint-Tugen par devant autres juges que ceux du
Présidial, à peine de 500 l. d'amende, et aux officiers de la
Juridiction des Regaires d'en connaître à peine de saisie de
la Juridiction. »
Une moitié de ce manoir avait été acquise en 1625, par
Alain du Ménez du Marquis de Rosmadec (le contrat de vente
mentionne formellement le fief des Regaires) et donnée en
partage à Yves du Ménez; l'autre moitié appartenait au
seigneur de Brézal et fut également donnée en mariage à
Marguerite de Brézal, femme de Yves du Ménez, par son
frère ainé. Il paraît qu'il y eut appel de la sentence prési-
diale, manifestement arbitraire, mais on n'en connait pas la
suite.
Le village de Kerounou appartenait en 1540 à Dom Fran-
çois L'Hostis, prêtre, qui y demeurait. C'était sans doute un
des chapelains de la chapelle de Saint-Tugen. Ce lieu fut
d'abord tenu à domaine congéable sous les seigneurs de
Lézurec. Ces derniers, par la suite, dans leurs aveux à
l'Evêque lui donnèrent le titre de manoir et prétendirent
avoir le droit de l'afféager, bien qu'il leur fut advenu : une
moitié de la succession de Rolland du Ménez, un juveigneur
de Lézurec, qui l'avait tenue de Demoiselle Marie Salou, sa
femme, décédés sans hoirs, et l'autre moitié par acquisition.
Cette prétention des seigneurs de Lézurec, d'afféager des
terres qui, originairement, ne faisaient pas partie de leurs
- 151-
domaines, fut une des causes d'un grand procès avec l'Evêque.
Le village de Kerlazen (Kerlazguezen en 1543) était ancien-
nement formé de trois grandes tenues : du Dresnay, de
Leachonnel et des Gall, réparties entre plusieurs domaniers.:
Dans la seconde moitié du xvne siècle, la plus grande partie
du village appartenait à des « marchands » tels que les
Gourcun (1), Le Priser, Gourcuff, Le Clerc, Lancoudrez, etc...
presque tous enrichis dans le commerce à Audierne.
Le village de Kerazouan, qui était situé non loin de
Kerlazen, a totalement disparu. Dans ces parages se trouvait
également la chapelle de Saint-Toc'hou, dont l'emplacement est
encore indiqué par des champs qui ont conservé les noms de :
« Parc ar gozilis ; Parc a is feunteun Sant Toc'hou ; Parc a
coch feunteun ar Zant; Ros Peulvan Sant Toc'hou, etc... »
La chapelle existait encore en 1625; mais en 1670, elle était
en ruines.
Un nouveau sanctuaire fut érigé, en 1813, sur le coteau
(1) D'après Pol. De Courcy, la famille Gourcun était une branche
Gourcuft: Cléden Gourcun, sieur de Sant-Spé (Bouzec-Cap-Sizun), naquit à
Audierne le 6 juin 1627.
Il fut pourvu de l'oflice de Procureur du Roi à Morlaix, en 1653 et avait
épousé Dame Françoise Guillotou, d'une famille d'armateurs de Morlaix.
De leur mariage naquirent :
1* Jean-Louis
sieur de Kéromnes, conseiller du Roi et son
Gourcun,
procureur au siège de Morlaix (pourvu en 1693, pour 15000 livres, à charge
de payer 18 livres à l'hospice et 10 livres à la confrérie de Saint-Yves) qui
épousa Jeanne Théreze Guillotou ;
2º Ecuyer Jacques Gourcun,
sieur de Trébannec, chevalier de l'ordre
militaire de Saint-Louis, enscigne de vaisscan, lieutenant d'une compagnie
franche de marine.
3° Hercule François Gourcun, sieur de Kerven, licutenant de vaisseau.
4º Ecuyer Maurice Gourcun, sieur de Méros, chevalier de Saint-Louis,
brigadier des gardes du Roi, gouverncur de Carhaix.
Nous trouvons encore :
Yves Gourcun, sicur de Trébannec (Plouhinec), dont une fille, Giletle,
épousa Ecuyer Jean de la Haye ;
Cléden Gourcun, sieur de Lescogan (Beuzec-Cap-Sizun), époux d'Anne
de Ball, dont une fille, Marie, dame de Méros, épousa René de Plouc, sieur
, fils juveigneur de Messire Nicolas de Plœuc et de dame Suzanne
de Courtarvel, seigneur et dame de Kerharo. (Contrat de mariage de 1648).
Anne Le Sall élait tille de sire Yvon Le Sall, marchand d'Audierne et de
Plézoue le Bourre. Cette dernière épousi, en secondes noces, Yves Ker-
guélen. (Archives Finistère : E. 858-860).
- 152 -
voisin, sous le vocable de saint Théodore. La légionnaire
romain dut sans doûte se sentir bien dépaysé en ce coin
perdu de Basse-Cornouaille, où le transportait le zèle jansé-
niste de quelque dénicheur de Saints ! (1).
En 1500, le village de Kerazouan appartenait à Catherine
du Hirgarz, veuve de Hervé de Lezongar, sieur de la Boixière
(Pluguffan) et était tenu sous elle à domaine congéable par
Jehan Cabillic, pour en payer par an six rez froment.
En 1510, noble écuyer Alain Lambezre, sieur de Kerabloy,
curateur de noble Damoiselle Françoise de Turmelin, dame
du dit lieu, fille de Sezny de Turmelin, rendait aveu à
l'évêque pour deux tenues à domaine congéable au village de
Kervrant, une tenue à Kerlazen et une rente de 4 livres, 3
sous, 9 deniers et 18 merlus sur une convenant à Kerhaz-à-
bis. Ces héritages furent possédés par la suite par Ollivier de
Quélen et Françoise de Lambézre, sieur et dame du Rest et
de Kerlan.
Noble maître Joseph-Corentin Omnès, sieur de Keribrou,
avocat au Parlement, époux d'Olive Daniélou, demeurant à
Pont-Croix, avouait tenir, en 1741, « prochement et ligement,
à titre de foy, hommage, chambellenage, devoir de rachat,
lods et ventes, droit d'épave, gallois, desherence, droit de
coutume, foires, marchés, police à l'exécution de ce règle-
ment et tous autres droits féodaux », la moitié du village de
Kerhaz-à-bis, à domaine congéable.
Dans la seconde moitié du xvire siècle, le village de
Kerhaz-isella était habité par un certain nombre « d'Hono-
rables Marchands », tels que les Le Gouill, Le Bourdon, Le
Gall, Le Bis, Arhan, Yvenou, etc..., qui demeuraient dans
de belles maisons à deux et quelquefois à trois étages. Ainsi
que les autres « marchands » de cette région, ils portaient le
(1) Cf. ABBÉ YVES-MARIE LUcAs : Du Rétablissement des Saints patrons
primitifs dans les églises bretonnes (Hermine, t. VI, 1892, p. 19 et saivan-
- 153 -
titre de Sire, qui semble être un terme local et désigner les
personnes exerçant une certaine profession commerciale.
En 1650, le village de Penser appartenait à Messire
Guillaume de Penancoet, seigneur de Kerouazle.
Dans leur aveu à l'Evêque, en 1577, Messire René du
Ménez et Dolle Jeanne Rolland, seigneur et dame de Lézurec,
disaient leur appartenir « au fié franc des Regaires, sans
aucun devoir de chefrente ni de rachapt, fors lobeissance et
faire foy et homage »:
1° « Le manoir de Lézurec o ses maisons, bastiments, cour-
tils, jardins, pares, garaines, faux à counils, yssues, apparte-
nances et pourpris », y compris les manoirs de Kerscoetta et
de Keraulan dont les dépendances se confondaient avec celles
du manoir de Lezurec ;
2º Le manoir de Kerouil ;
3º La moitié du village de Kerounou ;
4º La moitié du village de Kerscoulet ;
5º Sept pièces de terres aux issues
, de Kervrant, deux à
Kerlazezen et quatre journaux à Kereuc'han ;
6o Deux maisons, un pré, deux pièces de terre et « certaines
terres nommées Moella » au bourg de Saint-Tugen.
Et de plus les cheffrentes qui suivent :
Vingt-quatre sous monnoie, quatre corvées, une grande
bassinée d'avoine et une geline sur des terres dont la situa-
tion n'est pas déterminée ;
• Quatre sous monnaie, une grande bassinée d'avoine, cinq
rez comble froment et une geline sur des terres au village de
Kerazaouen ;
Trente sous monnaie sur Kerscoulet ;
Seize rez comble froment et un rez avoine sur Croistinis ;
Huit rez, froment et six chapons sur Kercaz-Huela ;
Quatre renées comble froment sur Kerloa ;
Plus un total de six livres monnaie, repartis sur sept
maisons au bourg de Trégoazien.
- 154. -
Nous avons vu que l'Evêque déniait au seigneur de Lézurec
toute attache de fief en Audierne : cet aveu était donc irre-
cevable ; mais il ne semble pas que l'Evêque ait amorcé
aucune action pour en obtenir l'impunissement, même dans
le délai de trente ans.
Dans son aveu de 1620, le seigneur de Lezurec, Allain du
Ménez, reproduisit son aveu de 1577, en y ajoutant qu'il avait
droit de « cheffrentes avec la seigneurie de ligence sur des
terres et héritages estant en son proche fief, à devoir de
ligence, lods et ventes, rachats et autres droits seigneuriaux,
en arrière-fief de la cour des Regaires ».
En 1604, Allain du Ménez avait donné à la chapelle de
Saint-Tugen, une maison et ses dépendances, situées au
bourg trévial, nommée « Ty Bras » pour servir de logement
aux prêtres desservant la chapelle.
L'Evêque assigna l'avouant au Parlement et celui-ci, par
sa sentence du 9 juillet 1637, ordonna à Allain du Ménez
« de reformer son aveu de 1625, en ce qu'il y avoit emploié
avoir fieff, ligence, seigneurie et obeissance ; déclara les
rentes par l'intimé emploiées audit aven, censives et fon-
cières seulement et l'appelant avoir droit de lods et ventes
sur les terres avouées audit aveu, relevant de l'appelant, et
en cas d'ouvertures de fieff, vante d'icelles, sauff à l'appelant
à faire saisir par puissance de fieff, les héritages et rentes de
l'intimé qu'il ne trouvera emploiés au sus-dit aveu ; fournira,
l'intimé, homme vivant mourant et confiscant pour l'indem-
nité des héritages par lui donnés à Saint-Tugen ; déclara au
parsus non recevable à impunir l'aveu de 1577 et avant
faire droit sur la démolition de la fuye et colombier, sur la
qualité de la terre de Kérounou et sur les formes des arren-
tementz faitz par l'intimé, mentionnez audit aveu, ordonna
qu'il soit informé de la construction de la dite fuye et colom-
bier, avant les quinze ans, possession et qualité de la terre
de Kerounou et comment les dits arrentements se sont passés
- 155 -
et s'il y a eu, lors d'iceux, aulcuns deniers débourcez pour ce
faire ».
L'aveu de 1577 restait donc entier et l'exemption de droit
de rachat, confirmée au seigneur de Lézurec. Cependant
celui-ci déposa une requête civile, qui, au lieu de se pour-
suivre, aboutit à une transaction entre les parties, sur l'avis
de Mgr Etienne de Virazel, évêque de Saint-Brieuc, Sébastien
Frain et Michel Chappel, avocats à la Cour. Cette transaction
porte : « pour norrir paix et concorde entre les dites parties,
et affin que le seigneur de Lézurec puisse aussy acquérir les
bonnes graces du seigneur Evesque, son seigneur et pasteur,
de l'avis de leurs conseillers et autres personnes d'éminente
qualité, a été fait l'accord par lequel le seigneur de Lézurec
s'oblige de fournir nouvel
aveu, par lequel il recoignait les
droits de lods et ventes et rachapts, iceluy rachapt dès à
présent abuté à toute mutation de vassal par mort à la somme
de cinquante livres ».
Cet accord est évidemment favorable au seigneur de Lézurec
en ce qu'il reconnait la teneur de l'aveu de 1625 comme
véritable, et par la suite, les Du Ménez avouent ne devoir
que cinquante livres de rachat, quelles que fussent les acqui-
sitions par eux faites au fief des Regaires.
De tout ce qui précède, il ressort que le membre de sei-
gneurie des Evêques au pays du Cap-Sizun, n'élait guère une
source de gros revenus pour l'Evêché. En dehors des maisons
d'Audierne, aucune cheffrente n'était dûe. Quant aux rede-
vances casuelles nous avons vu quelles difficultés les receveurs
de l'Evêque rencontraient dans leur perception et le plus
clair de leur produit devait être absorbé en procédures.
Pour les seigneurs-vassaux, vivant sur leurs terres, en
contact permanent avec les paysans qui les craignaient, il
leur était facile de se substituer à l'Evêque dans le recou-
vrement de certains droits seigneuriaux : ils se savaient
d'ailleurs tacitement soutenus par les officiers royaux.
- 156 -
Certains procureurs fiscaux des Regaires semblent s'être
sérieusement occupés de leur fonction : ils firent rendre
aveux d'une façon régulière et fournir minus et dénombre-
ments pour l'éligement du rachat et les lods et ventes. On ne
voit pas que les receveurs aient dû recourir aux moyens
extrêmes, telles que les exécutions mobilières, pour - se faire
payer les devoirs. D'ailleurs, l'Evêque avait un auxiliaire
précieux dans le clergé paroissial, dont l'intervention devait
être décisive, pour se faire indiquer les mutations et les
transports de fonds.
Enfin, la population paysanne semble avoir supporté plus
allègrement le joug des Evêques, en tant que seigneurs tem-
porels, que celui des seigneurs laïques.
DANIEL BERNARD.
Quimper, Avril 1911.
-
APPENDİCE
Hivernage des Bateaux à Audierne en 1573 (1)
En la court de Kemper Corentin, Jacques du Menez, noble
homme demeurant en son lyeu de Kbeuzeulic en la parroisse
desquibien demandeur meintient el propose envers et contre
Alain Melguen, et Marguaritle Languennou, sa femme def-
fandeurs, demeurantz au bourg de Tregoezien:
Que combien que au Roy appartient les grèves et orées de
la mer el ce que la mer a flo coupure, lesd. deffandeurs
usurpant et a eulx attribuant en particulier et comme leur
proppre bien, ont encombré dattraictz ung certain endroict
de grève au long de la ripve dodierne et empèche le chemin
et voye a en préjudicge dudict demandeur et du bien pupplicq
comme des bourgeois et maistres et compaignons des bateaulx
pecheurs subgectz à debvoir de secherie et pecherie queulx
estoinct et sont de tout temps immemoriall en posession à y
mectre yverner et reposer en seure garde leurs bateaulx
pècheurs attandant la saezon de la pescherie. Et ledit deman-
deur et la commune a descendre en la greffve et en querir
dela vins, bois et touttez choses quilz avoinct, besoign de
descendre de dessus la mer pour envoyer ches eulx par lequel
encombrement quy est accès évident ledict demandeur est
grandement interressé et impesché dentrer o (avec) chevall,
charrette et faire en ladicte grefive par la voye ancienne el
les droictz desd. secheries dymynués nayantz lyeulx sy
acomodés pour en yver repposer leurs bateaulx pescheurs à
grand et inestimable valleur. Par quoy ledit demandeur
(1) Nous transcrivons ici quelques documents rencontrés au cours de
nos recherches, bien qu'ils ne se rapportent pas directement au sujet de.
notre travail; ils intéressent l'histoire de la petite ville d'Audierne,
-158 -
conclud que lesd. deffendeurs soinct. de justice contrainctz
remiser et hoster en leurs proppres despans les attraictz et
curer ledit yssue qu'est devant et devers orient de leurs
demeurances audit bourg comme il estoict de tout temps
paisible pour et affin que le publicq ne soict endomaigé ny
ledict demandeur, duquel. yssue sil est ainsin souffert et
permis encombrer, ledit demandeur offre au Roy pour estre
annexe a sa demaine la some de soixante soulz tournois à
chacun an de rantte ou censie estant guaranty a y edifyer et
lessant chemin compettant pour descendre en ladicte grefive.
Donné le traiziesme jour davrill lan mil cinq centz
soixante traize.
Rôle des Fouages à Audierne en 1616 (')
Village de Kergadec
8 sols
1 Francoys Touart......
10 —
• 2 Guillome Choariel......
10 -
3 Guillaume Donnertz....
2
4 La veuve de Henry Le Priol
8
• 5 Yvon Le Dantec...
5
6 Henry Le Priol.
2 -
7 La veuve de Ollivier Kerloc'h...
Village de Keruzon
9 -
1 Jan Kergoz.
3 -
.2 Christophe Le Bloch....
18 -
........................
3 Henry Gourret.........
(1) « Cette imposition est très ancienne ; il seroit diflicile de détinir ce
qu'on entend par feu, si c'est une habitation ou une étendue de terre; des
gens prétendent que, dans le principe, un feu étoit composé de 35 journaux
de terre. Quoi qu'il en soit, les terres roturières furent originairement
divisées par feu, et celte répartition qui est de toute ancienneté, subsiste
encore aujourd'hui, elle sert de base à cette imposition ». (Administration
des Etats de Bretagne de 1493 a 1790 : Caron).
- 159 -
....
13 sols
4 Loys Goezengau .........
......
16
5 La veuve Jan Baraou......
1
6 La veuve Jan Donnart....
........
..... . .
7
7 Louis Crispien...
-
.......
5
8 Jan Gounidou
-
9 René Canté
2
... . . .
10 Allain Canté
5
...... .
11 Allain Choariel...........
..... • •
5
12 Jan Oureult...............
....
13 François Perrault...........
.......
5
-
14. Allain Guillou. :
-
2
15 La veuve de Raoul Brignou
9 -
16 Raoul Gouazeng.......................
g
.... . .
17 Jan Goazengau ..
.....
11
18 Yvon le Pellé..
5
...
... . .
19 Jan Perrault..
.......
10
20 Jan Guillou..
5
21 François Guillou.....
Village de Kerbreac'h Izela
.....
4
1 La veuve de Berthélémé Le Priser
••.
14
2 Guillome Le Bihan....
4
3 La veuve de Jacques Le Juzeau..............
6 -
......
4 La veuve de Jan Baraou....
5 Nouel Le Scarabin.........................
-
6 Christophle Le Clérec .......
-
3
7 La veuve de Jan Le Guezier et son beau-fils...
4
8 Sabat Le Corre............
-
4
9 Riou Seicourmat.........
-
8
10 Guillaume Cabiten......
Village de Kerbreac'h Huela
-10 —
1 Jan Le Sergent..........
•••.
10
2 Louis Le Priol...........
- 160 -
...
.....
8 sols
3 Jan Lencoudrez......
.. . .
15 -
4 Raoul Jourdan
.....
.....
7 -
5 Riou Jourdan
-
16
…••.
6 Guillôme Melguen
-
3
....
7 Guillôme Melguen, le jeune ..
7 -
..
& Michel Edy .....
Kerivoez (Kerioua)
............
6
1 Henry Le Follic....:...
18
2 Jan Le Velly et consortz....................
......
3
3 Yvon Ansquer..........
3
4 Hervé Melguen .............................
....
....*
5
5 Yvon Lencoudrez
-
2....
8
6 Riou Le Priol
12
7 Guillome Le Gall
Kerbeuzeulic
1
1 La veuve Jacques Baraou ......
-
6
2 Jacques Le Louarn......
....
.....................
10 -
3 Jan Le Louarn..
7
........................
4 Jan Le Gall...
7
.....
••.
5 Daniel Salaun..
5
6 David Salaun .....
-
4
•••
7 La veuve de Jan Guillou.......
.... . . .
8 Jan Le Coz...
~. . . .
8
9 Hervé Melguen
......
3
10 Yvon Comparan. .........
15 -
11 Jacques Lor et son gendre ..................
8 -
......
12 Raoul Lor.............
7
13 La veuve de Guillôme Le Priol.
3
14 Henry Le Cudennec.....
Kerlaouenan
9 -
1 Guillaume Melguen et son filz ...
- 197 -
SjOS 6
- 6
...•.
-
....
CT
-
T
- {1
........
- 8
.....
- g
.....
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..... . .
....... .
- 07
8
... . .
....... .
- 19
.......
-
• • •
....
...
.........
07
• •
........
••••
• •
.....
08
.........
- 08
-
8
•• •
-
.•••••• •
- 162 -
....
9
••••
22 Guill® Le Priser..........
sols
4
23 Jacques Melguen .........................
... . .
••.
....
25
24 Xpfle Le Guével
... . .
32
25 Louis Le Parisy ...
17
26 Jan Le Blouch
20
27 Mº Yves Mat
20
28 Me Jan Mat
-
25
29 Jacques Lharidon...
*...
…••.
20
30 Michel Porlodec.
.....
•••.
... 9
23฿
31 La veuve Yven Porlodec....
• •
16
32 Henry Le Lisac ..
-
25
33 Me Pierre Collet..
-
.....
70
34 Jan Le Deutlic
-
6
.•••
35 René Salaun.
-
•••.
••••
30
36 Daniel Le Gouil
2
37 Hervé Le Bourdon.....
-
... .
...•
8
38 Berthélémé Guillou .......
10
39 Pierre Le Parisy........
.......
27
•••.
40 Daniel Jourdan..........
-
41 Alain Cagan
-
...........
42 Pierre Perrault..........
.............
10
43 Alain Le Moel
........
-
30
44 Me Ollivier Omnès.......
70
45 Yvon Le Sal.
28
46 Bastien Le Louarn...
....
.....
5
47 Martin Le Goffec .........
••••
... • .
20
48 Jan Trechouet....
.....
4
49 Charles Le Moign........
10 -
....
......... .
50 Jan Le Pocquet....
-
.....
18
51 Henry Guézénec.........
6
•••
...
52 Jacques Guillou .....
-
53 Guillaume Ploinec dit Tromao...............
16
-
3
54 Yvon Le Moyn..........
10 -
• 55 Bertheleme Le Moel.......
- 163
8 sols
56 Allain Le Vigouroux......................
7 -
57 La veuve de Jan Le Gal............
3 -
......
58 Hervé Le Guével Le Jeune....
4 —
... . . .
59 René Poulcahan.
2 -
........
60 Yvon Choariel.....
-
.......
.......
3
61 Yvon Stéphan
-
... . .
2
62 Simon Stéphan........
-
63 Hervé Hellec..
2 -
64 La veuve de Jan Yvenou...
65 Grégoire Salaun...........................
-
5
.. . .
66 Yvoarné Choariel...
-
67 Guillaume Evan.........
.... . .
4
68 Jan Creou
......
.......
2
69 La veuve de Guillaume Le Priol
100
70 Yvon Andreau ..
1.-
71 Yvon Le Coz..
4 -
72 Guion Sallaun......
5 -
72 Daniel Means...........
5-
....
74 Nicolas Le Maguer.......
75 Grégoire Le Bresguigner....................
76 Jan Evam
... . .
7 -
77 Guillaume Le Cam.......
2 -
78 François Le Heguras....
79 Jan Quillivic....
•. .
80 Privel Le Sicourmat......
.....
......
81 Michel Le Louarn
82 Daniel Le Gouil, charpentier .....
83 Jan Tallou........
-
•••.
... . .
84 Nicolas Le Kernévez......
-
85 Pierre Le Cloerec.........
...
86 Yvon Le Gal
25
-
18
87 Hally Miniber..
-
88 Jan Le Boutin............
6
мало
89 Pierre Le Gouill.........
30
- 164 -
90 Anne Le Deufiic........
70 sols
16
....
91 Jullien Martin.
......
29
92 Hervé Archan
8
••••
93 Rolland Le Mérour
6
.......
.....
94 Jucquel Bolloré.........
3
.. . ..
95 Fracnoys Le Juzeau.....
6
. . . .
96 Pierre Kerloch........
1
.......
97 Jan Le Louarn
. .
-
25฿
98 Corentin Le Gouill.....
8
99 La veuve de Augustin Bedoure, de Boulougne..
100 Paul Hervichon
45
3
101 Daniel Le Parisy ......
-
4
102 Grégoire Le Bour.........................
.......
103 Paul Cadoret dict Leou......
4
....
• • • °
28 -
104 M° Yves Le Sodec.....
.... .
-
105 La veuve Jan Guelvas dict duict ......
3
12 -
106 Daniel Kervella..
20 -
107 Jacques Le Cloerec.
108 Bernard Le Lay
-him
•••••
5
109 Jan Le Belegou.
2-
110 Grégoire Pezron ..............
... .. .
111 Jan Le Gall........
3
7
....
... . . .
112 Xpofle Archan
....
-
113 La veuve de Jan Canevet
5
-
.......
12
114 Guillaume Guevarec.
3 -
115 Yvon Edern.
6 -
116 Jan Le Troadec .....
7
117 Alain Le Cloerec dict Gloannec.
5
118 Jan Le Castel..........
119 Guillaume Penegues ....
......
120 La veuve Hamon Le Cozquer....
........
5
121 Alain Le Moel, le vieux....
122 Jan Le Maumeur.......
4
7
123 François Le Biban......
- 165 —
.....
......
7 sols
124 Jan Lucas..
5~
123 Nicolas Le Goff...........................
5
126 Allan Stp.......................
. . . . .
127 Henry Kerdreach
128 Ollivier Guillertmit................
2
-:
8
129 Allain Briant............................
••...... . .
8 -
130 Jacques Le Vigouroux....
1 -
.. .
... . .
131 La veuve de Yvon Archan
-
10
132 La veuve de Allain Le Guevel et son filz......
3
133 Pierre Stéphan ......
134 La veuve de Yvon Le Cloerec, dict Gloinec, et
....
12 -
son gendre....
20 —
135 Allain Le Guével et son gendre .......
4 -
136 Hervé Le Douc
60 —
137 Pierre Le Priser et son filz...
•..•
138 Hervé Le Priser
5
40 -
139 La veuve de Jan Bihan, dict Bigor, ei son gendre.
-
14
140 François le Sicourmat...
-
141 Guille Choriel
20
......
16
142 Jacques Périou..........
...
*••.
143 Yvon Le Courre..........
16
7
144 Henry Le Folic.........
10 —
145 La veuve de Jan Le Guével et son filz.........
..••.
20 —
146 Marc Le Manac'h.......
--
7
147 La veuve de Mathias Germain et sa belle-mère.
••••
3 -
148 Guillome Kervella
12 -
149 François Salaun.........
6 -
130 François Le Priol.........
151 Simon Le Normant et son gendre, Pierre Lisac 30 -
152 Jan Michellet Scol et son filz........
4 l. thournois.
....
30 —
153 Yvon Le Blouch .....................
..•..
...••.•.
62 .-
154 Paul Kermeur...........
•.......
1 -
155 La veuve de Jan Le Vigouroux
••
156 Paul Guézenec..........
16 -
- 166 -
157 Yvon Gourcun ..
14 -
40 -
158 Henry Le Gouill.
..••...
16 —
159 Gilles Michellet..
• •
7 -
160 Mº Guille Le Deuffic.....
13 -
161 La veuve de Jan Michellet Coffic.............
6 -
162 Yves Le Kergoz et sa belle mère .............
.....
6 -
163 Cléden Caigen.
12 —
164 Jan Le Gofi....
4 ~
.....
165 Guillome Charlès et sa mère, à moitié
La contribution pour cette année 1616, s'éleva à la somme
de 138 livres 7 sols. La collecte en fut faite par Guillaume
Choariel et Alain Lor.
Deux ans plus tard, en 1618, elle était de 157 livres.
En examinant les cotes de chaque contribuable, on peut se
rendre compte des inégalités de fortunes : certaines cotes
descendent à 1 sou, tandis que d'autres montent à soixante
et soixante-dix sous ; seuls Jan Michelet Scol et son fils sont
imposés pour 4 livres tournois.
Il faut aussi remarquer qu'au début du xvie siècle, la vie
économique de la Basse-Cornouaille, qui avait subi un arrêt
complet durant les troubles de la Ligue, commençait seule-
ment à renaitre. Elle atteignit son maximum de prospérité
au milieu du siècle.
*
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