Ch. Chaussepied · Chapelles · Primelin
Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1909, pages 109 à 112. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France · https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076921
Le document est réservé aux membres du forum.
Vous pouvez lire la transcription ci-dessous librement. Pour télécharger le fac-similé lui-même — les pages numérisées en pleine définition —, il faut un compte sur le forum de Cap-Sizun. L'inscription est libre, gratuite et prend une minute.
Créer un compte J'ai déjà un compte
Lire la transcription
- 109
RAPPORT SUR LA CHAPELLE DE SAINT-TUGEN
EN PRIMELIN (FINISTÈRE)
La chapelle de Saint-Tugen est un petit édifice assez
remarquable élevé dans un site. pittoresque, au milieu de
beaux arbres, et non loin de la côte et du bourg de Primelin.
Bon nombre d'artistes et d'archéologues, qui s'intéressent à
ce monument, se sont justement émus de son état de délabre-
ment et l'un d'eux, M. Bernard, en a publié, l'année
dernière, une savante notice historique qui mieux encore
contribuera à faire connaître cet édifice et sur laquelle notice
nous ne reviendrons pas. Nous nous associons à son vœu et
à celui de tous ceux qui ont souci de la conservation de nos
œuvres d'art, pour obtenir le classement de cette chapelle
parmi les monuments historiques.
Ce monument, d'un plan assez irrégulier, mesure extérieu-
rement 29 mètres de long de l'Est à l'Ouest, sur une largeur
de 11m 30 à la base du clocher et 24 mètres au mur du chevet.
Il se compose d'un entrée voûtée, accolée de deux réduits
d'où partent les escaliers ; d'une nef avec bas-côtés, de
transepts et d'un chœur terminés par un même mur droit;
enfin d'un porche et d'une sacristie au Sud
Cette chapelle est de deux époques distinctes, c'est-à-dire
que, bâtie au commencement du XVIe siècle, elle fut considé-
rablement agrandie et remaniée au siècle suivant. Les
transepts existaient-ils primitivement? c'est possible, mais.
ils devaient être peu saillants. L'édifice devenant insuffisant
pour l'affluence des pèlerins qui s'y pressaient en foule à
certaines époques de l'année, on démolit presque toute. la
partie orientale pour la reconstruire sur de plus vastes
proportions. Le large. transept Nord est séparé par deux
arcades plein cintre ornées de clefs à consoles et retombant
- 110 - .
sur des piliers massifs d'ordre ionique à chapiteaux aux
volutes très développées dans le style jésuitique. La partie la
plus intéressante à l'intérieur est la voûte d'arête ou la tour
reposant sur de hautes et minces
colonnettes dégagées,
placées dans les quatre angles de la partie centrale. En raison
de l'importance de cette tour et de la flèche qu'elle devait
supporter, les murs et les arcs qui les reçoivent ont une
grande épaisseur et sont bien contre-boutés, principalement
au Sud, par un énorme contrefort.
La plus grande richesse de cet édifice réside à l'extérieur.
La façade occidentale est percée d'une belle porte. ogivale
surmontée d'une accolade et d'un gable fleuronnés. Elle est
encadrée de quatre contreforts ornés de niches à dés et culs-
de-lampe garnis de statues: les plus rapprochés s'élèvent
dans toute la hauteur de la tour et sont couronnés de pinacles
et de fleurons. Au-dessus de l'entrée, une élégante balustrade
repose en encorbellement sur une corniche richement sculp-
tée: La tour proprement dite est percée sur chacune de ses
faces de longues et étroites fenêtres à multiples colonnettes
et séparées par de petits linteaux dans leur hauteur. Une
autre balustrade termine la plate-forme sur laquelle repose
un lanternon polygonal bien postérieur à la construction du
clocher et sans grand caractère ; il remplące la flèche qui ne
fut jamais exécutée. Aux angles de la balustrade se voient les
substructions des pinacles qui devaient s'élever autour de la
flèche centrale. Au Sud de la façade occidentale est une
tourelle surmontée d'une belle flèche à pans ornée de crochets ;
• cette tourelle renferme le premier escalier conduisant à la
galerie extérieure, puis de là à un autre escalier placé à
l'angle Nord-Ouest qui mène alors à la plate-forme supérieure.
Après le clocher et la façade Ouest lui servant de soubasse-
ment; le porche, placé au Sud, est la partie la plus intéres-
sante et la plus riche de cette chapelle. Il est bâti sur un
carré flanqué de contreforts d'angle ornés de niches et
plan
- 111 —
de statues et couronnés de pinacles fleuronnés. Le tympan de
l'arcade d'entrée est ajouré dans le genre de ceux des édifices
de cette région, les parois intérieures des murs latéraux sont
garnies de niches accouplées assez profondes pour recevoir
des statues. La façade de ce porche est aussi très décorée,
les rampants du pignon sont surmontés dune crête, sorte de
balustrade ajourée, et un gable à crochets accompagne
l'accolade qui couronne l'arcade avec d'élégantes colonnettes
supportant des statues.
Malheureusement cette chapelle, mal entretenue laute de
ressources suffisantes, est dans un état déplorable et les
toitures menacent de s'effondrer. Les bois des charpentes ainsi
que les planches qui constituent les voûtes lambrissées sont
vermoulus, tombent en poussière ou sont disjoints de toule
part; les ardoises, naturellement mal retenues, se détachent
les unes après les autres et achèvent la ruine des parties
hautes. Dans le bas-côté Sud, juste en face de l'entrée du
porche, s'est fait un trou béant dans la couverture par ou
l'eau tombe comme dans un puits, et qui offre, de plus, le
grand danger pour les personnes qui pénètrent dans
l'édifice de recevoir ardoises ou chevrons sur la tête. L'humi-
dité qui s'infiltre dans les murs par suite de l'état des toitures,
désagrège petit à petit les maçonneries. Nous avons remarqué
de nombreuses fissures, notamment au clocher.
Si l'on veut conserver ce joli monument, si l'on veut
préserver les fidèles et les visiteurs d'accidents imminents,
il est indispensable et urgent d'y entreprendre, des mainte-
nant, les travaux de première nécessité, nous voulons dire
la réfection complète des charpentes et couvertures; cela exé-
cuté, nous aurons déjà fait beaucoup pour empêcher la ruine
de l'édifice, nous pourrons alors, plus tard, quand les fonds
nous le permettront, songer aux restaurations des façades et
de l'intérieur. Mais pour que toutes ces choses puissent être
mises en chantier, il nous faut l'aide et l'appui des Pouvoirs
- 112 -
publics. Aussi attirons nous l'attention de l'Administration
des Beaux-Arts sur la chapelle de Saint-Tugen, souhaitant
qu'elle classe cet édifice parmi les monuments historiques
pour conserver ainsi à la postérité un des beaux exemples
de notre architecture nationale et bretonne si appréciée
aujourd'hui.
Quimper, le 27 mai 1909.
CHARLES CHAUSSEPIED,
Architecte.
N.B.- Comme le danger derenait plus grand de jour en jour,
le lecteur de Primelin a jugé qu'il était nécessaire de faire
immédiatement les réparations les plus urgentes et les travaux
'ont commence. Une souscription est ouverte pour cet objet et
nous engageons cerix qui s'intéressent à la conservation de
nos monuments artistiques, à adresser leur obole à M. le
Recteur de Primelin, afin qu'il puisse conduire son œuvre
à bonne fin.
Texte reconnu automatiquement sur les images : il peut comporter des erreurs de lecture. Le document reste la reference.