Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1906, pages 146 à 149. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.
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TROUVAILLE DE HACHES EN BRONZE
faite en Plouhinec en 1905
A la fin de l'été de 190, un cultivateur de la commune de
Plouhinec m'apporta huit haches plates en bronze, recueillies
par lui en faisant un défrichement à 1200 mètres au Sud du
bourg•
Ces pièces sont intéressantes par leur grossièreté qui
témoigne de la grande inexpérience du fondeur des mains de
qui elles sont sorties. Ce sont évidemment des spécimens de
l'enfance de l'art des fondeurs de cuivre et à ce titre elles ont,
je crois, un intérêt exceptionnel (1).
De ces huit pièces une seule est à bords presque parallèles
les sept autres sont à tranchant très élargi.
Voici les dimensions de chacune. Nous avons pholographié
deux d'entre elles, que nous avons reproduites sous les numé-
ros 1 et 2 pour celle notice.
N° 1 — à bords presque parallèles sa forme rappelle beau.
coup celle des haches en pierre polie (voir notre photographie)
elle est certainement la plus grossière de toutes. Elle mesure
Om 123 de plus grande longueur, a Om 06 de plus grande
largeur au bout du tranchant, Om 021 de largeur au bout
opposé et a Om 018 de plus grande épaisseur, une de ses faces
est légèrement bombée.
N° 2 — (voir notre photographie) la plus grande de celles
(1) Analysées par Al. Corlay, pharmacien à Lorient, contre toute prévi-
sion, il nous a déclaré que ces haches sont en bronze sans antimoine.
Haches en bronze trouvées en Plouhinec.
BULLETIN
ARCHÉOLOGIQUE DU FINISTERE 1906 (Tome XXXII)
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à tranchant élargi. Elle mesure Om 140 de plus grande
longueur sur la ligne médiane, O™ 096 de plus grande largeur
au tranchant, Om 026 de plus petite largeur au bout opposé
et Om 009 d'épaisseur moyenne.
3. - Longueur médiane Om 136, largeur au bout du tran-
chant Om 08, largeur au bout opposé 0 m 028, épaisseur
moyenne Om 01, semble avoir été légèrement martelée sur
une de ses faces.
4. - Longueur médiane Om 124, largeur au tranchant
Om 089, largeur au bout opposé Om 023, épaisseur moyenne
Om 009, semble avoir été un peu martelée sur une de ses faces.
5. - Longueur médiane Om 12, largeur au tranchant 0m 08,
largeur au bout opposé Om 022, épaisseur moyenne 0m 009.
6. - Longueur médiane Om 012, largeur au tranchant
Om 08, largeur au bout opposé 0m 025, épaisseur moyenne 0m 008.
7. - Ses dimensions sont celles de la précédente.
8. - Longueur médiane Om 12, largeur au tranchant 0m 08,
•largeur au bout opposé Om 022, épaisseur moyenne Om 01,
semble avoir été un peu martelée sur une de ses faces.
Aucune de ces haches n'a eu son tranchant aiguisé.
Mon ami, M. le Commandant le Pontois étant venu me voir
dans les premiers jours de novembre, j'ai eu par suite de cette
heureuse circonstance, la bonne fortune d'examiner cette
trouvaille en sa compagnie et voici quelques-unes des réflexions
qu'elle nous a suggérées.
A l'époque préhistorique, où ces armes nous reportent, le
traitement des minerais de cuivre devait-être des plus primi-
tifs et l'affinage du métal ne point être poussé au degré que
l'on exige aujourd'hui. De l'expulsion incomplète des impuretés
du minerai résulta peut-être la structure spongieuse de ces
armes, texture qu'eut certainement diminué un énergique
martelage, dont quelques-unes seulement portent à peine de
traces.
La face supérieure de notre hache n° 1 n'a certainement
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pas été martelée, elle a élé fondue sur un fond de sable
bien choisi, bien tassé, façonné par des pressions symétriques
de la main ou par celles d'un objet arrondi, peu-être tout
simplement un galet, pressions dont elle porle les traces sur
sa face visible dans notre photographie. L'autre face semble
s'être solidifiée sur un fort bouillonnement du métal soit à
l'air libre, soit au voisinage d'un couvercle de faible épais.
seur. Elle se présente en effet comme hérissée de nombreusess
papilles dont les sommets presque plans se montrent avec une
coloration moins rougeâtre que le reste de la masse, sans
doute due à la présence sur ce point d'impuretés métalliques,
étain ou plomb.
Nous avons présenté la hache no 2 à un habile praticien,
M. Lorit, fondeur en bronze à Quimper, qui voulut bien se
mettre à notre disposition, avec la plus parfaite obligeance,
pour tous les renseignements propres à nous éclairer. Elle
fut fondue, nous assure-t-il, dans un moule formé de deux
parties se juxtaposant et les inégalités qu'on remarque sur ses
faces et qu'on voit parfaitement en jetant les yeux sur notre
photographie(1) sont certainement dûes au bouillonnement du
métal au moment où vos armes ont été moulées, nous allir-
ment Monsieur Lorit et son contre-maitre ; parce qu'au lieu
• de couler le métal dans un moule fait avec du sable très sec
il a été coulé dans un moule mouillé ou tout au moins encore
humide au moment de la fonte. Dans ce cas, comme le bronze
pour être coulé doit avoir la température de 800 degrés, il est
facile de comprendre que, s'il tombe dans un moule humide,
il se produit immédiatement un fort bouillonnement du métal
qui, en se refroidissant, laisse des inégalités à la surface des
pièces; pour éviter ces accidents il faut avoir la précaution de
bien faire sécher le sable destiné à faire les moules. Ce qui
évidemment n'a pas eu lieu ici.
(1) Les observations faites sur cette hache s'appliqueraient aussi bien
aux six autres de la trouvaille dont elle ne diffère que par la taille.
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Pour bien nous convaincre sur ce point, M. Lorit poussa
l'amabilité jusqu'à faire fondre devant nous des pièces sem-
blables dans des moules secs, en sable fin de Redon, qu'il
emploie pour tous ses moulages, et dans des moules en sable
humide. L'expérience fut convaincante.
Nous ne saurions trop l'en remercier.
Une observation très intéressante encore, au sujet de ces
haches curieuses, c'est que les cassures fraiches de l'une d'el-
les fragmentée montrent une couleur lilas bien différente de
celle de l'oxyde de cuivre, indice d'un phénomène d'Epigénie
analogue à ceux que Daubrée a constatés sur des monnaies
en bronze et sur des tuyaux en plomb trouvés dans les thermes
de Bourbonne-les-Bains.
.P. DU CHATELLIER.
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