Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1906, pages 73 à 77. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.
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les balles; ou glumelles d'avoine ; les feuilles sèches, princi-
palement de chêne, cet arbre ayant encore aujourd'hui la
réputation d'attirer la foudre.
La verveine, au contraire, servait et sert encore très fré-
quemment dans le Cap-Sizin, à préserver du mauvais œil,
et à Audierne, à conjurer la mauvaise pêche:
Dans les êtres vivants, on prenait, principalement, le cœur
et le foié des grands animaux. Dans les reptiles et les oiseaux,
la partie réputée nocive : le dard de la vipère, l'œil gauche du
crapaud et du corbeau, la tête et la queue du lézard, (rite de
Goulien). Quelquefois c'était l'animal entier, la poule noire.
la chouette Jamais le chat, ni le bouc, qui élaient la person-
nification du diable invoqué pour exercer le maléfice.
Les os, les dents, les cheveux des morts, cueillis, la nuit,
dans les cimetières, les cadavres d'enfants mort-nés devaient
aussi servir aux incantations. Un arrêté du Parlement de
Bretagne du 14 décembre 1715 interdit l'usage d'enterrer
dans des lieux profanes et indécents les enfants morts sans
Baptême.
Le Malleus maleficarum (1) de Sprenger, qui a guidé le P.
Maunoir dans la découverte des Iniquités de la Montagne.
c'est-à-dire des usages du sabbat, et des Potred ar Sabbat,
indique qu'elle était fréquente la pratique d'employer aux
maléfices, le cœur ou les membres, réduits en cendres, d'en-
fants tués sans avoir reçu le baptême (2). C'étaient ordinai-
rement les enfants à qui manquait le lait de leur mère qui
étaient ainsi sacrifiés, et les matrones étaient, par leur pro-
fession, qualifiées pour les procurer. Aussi était-il d'usage,
avant d'admettre une sage-femme à exercer, de s'informer
si elle ne faisait rien de superstitieux.
Bien que les gens du sabbat fussent nombreux et puissants
dans le Cap-Sizun, ce qui est aflirmé dans la vie du P. Mau-
:1) Vie du P. Maunoir par le P. Séjourné, T. 1%. p. 142-205-307.
• (2) Sprenger : in Malleo, part: 3, quest. 14 ct 15.
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noir (1), nous ne voulons point nous arrêter à l'idée que des
meurtres rituels magiques s'y soient commis. Mais cette
légende du Cap est à citer :
- « Une femme avait tué sept de ses enfants, sans leur don-
ner le baptême. Après sa mort elle apparaissait, sous la forme
d'une laie poursuivie par sept marcassins, grognant, hurlant
et la déchirant de leurs dents quand ils pouvaient l'atteindre.
C'étaientles sept enfants qui se vengeaient de leur mère
pour n'avoir pas reçu le baptême. Partout où avait passé
l'apparition, l'herbe était brûlée. »
V
Les vases renfermant les objets d'incantations, étaient,
après l'accomplissement de tous les rites magiques, déposés
(1) Extraits de la Vie du P. Maunoir, par le P. Séjourné.
Tome I. p. 292. - « Le mal (de sorcelleric) avait envahi non pas une
« contrée, mais une grande partie de la province de Bretagne. Le sabbat
« était le rendez-vous non pas d'un petit nombre, mais d'une multitude
« considérable. On y voyait des gens de tout rang et de toute condition:
« des hommes, des femmes, des jeunes filles et des enfants que leurs
* parents avaient voués au démon dès leur naissance, quelquefois même
« avant. Le gentilhomme y heurtait le pâtre de la campagne; la femme
« de la plus basse condition, la dame de haut parage... »
Tome_I. p. 286. — « Ces faits, le P. Maunoir n'a consenti à les transmettre
* dans ses écrits qu'en 1672, c'est-à-dire après une expérience personnelle
« de vingt-deux ans. Son témoignage se trouve corroboré par le témoignage
« de trois
cents prêtres... parmi lesquels des Prélats,
les évêques de
de Léon, de Tréguier; des docteurs de Sorbonne, etc... »
« Cornouailles,
Le Cap-sizun devait etre un centre important de sorcellerie :
Tome I. p. 189. - « Des personnages, (de marque),
y avaient acquis,.
• grâce à de faux exorcismes empruntés à la magie, une véritable habileté
* et prétendaient pouvoir guérir toutes sortes de maladies. Leur crédit était
* même devenu si considérable, que de tous côtés on venait les consulter
* comme des oracles. Un livre entier, écrit le Vénérable P. Maunoir, ne
* suffirait pas pour décrire les pactes et les sortilèges inspirés par l'enfer i
« ce peuple ignorant. » - (Mission de Cléden et de Plogoff, le 8 mai 1643).
Lors de la mission prêchée, aux mois de juin et juillet 1050, aux pardons
de Saint-Tugen et de Saint-They, au Cap-Sizun, par le P. Maunoir et
M. de Trémaria il est dit :
Tome I. p. 366. - « Les plus grands pécheurs venaient se jeter aux
* pieds de M. de Trémaria et lui confessaient les crimes qu'ils n'avaient
• jamais osé dire a personne. M. de Trémaria eut même des le principe une
• grâce particulière pour découvrir les iniquités de la Montagne... Un affilié
« de la secte infernale s'était livré corps et âme au démon, avait renié
• Dieu, la foi, l'Église et cédé sa part de paradis, se convertit, etc... »
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sous terre, là surtout où devaient passer les personnes, où
se trouvaient les choses visées par le maléfice.
Ainsi, pour les maléfices des personnes, on enfouissait les
vases dans le sol de la maison, sous le lit, sous le seuil de
la porte, dans le puits.
' Pour les animaux, on les plaçait sous le seuil de l'étable,
dans le puits, les pâturages et surtout les landes.
• Pour les récoltes à l'entrée des champs cultivés.
Quand la personne visée par le maléfice passait par-dessus
ces vases, le maléfice opérait: sa santé était compromise,
ou ses biens atteints.
Les animaux, piétinant la terre au-dessus de ces vases,
étaient aussi maléficiés.
•Outre la ligature de verveine qui est la panacée de tous
charmes magiques, nous n'avons trouvé que ces deux usages
pour préserver des maléfices. les bêtes et les récoltes
- • Lorsqu'un étranger franchit le seuil de l'écurie dans
laquelle vient de naître un poulain, il doit murmurer : « Sant
" Alar ! » sous peine de jeter un sort à l'animal.
-« Avant de commencer à labourer un champ, le maître
à genoux et tête nue et les travailleurs de même disent, à
haule voix une prière : pater, are et de profondis, pour tous
ceux qui ont travaillé le champ avant les hommes ici présents. »
Les découvertes de vases magiques dans le Cap-Sizun,
sont nombreuses. Nous nous contenterons de citer les prin-
cipales :
A Audierne, celles de Kvréach et Kidreuff ;
A Cléden, celles de Théolen, Kiolet, Brouzoulous, Lezan-
quel ;
Esquibien, celles. de Brignéoch. Lervily. Khoul,
Gorréquer :
d Goulien, celles de Coste-Goalarn, Knon et Kvrial
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A Plogoff, celles de Pennéach, Liors-Cutren et Laoual;
A Primelin, celles de Lorziès, etc.
La principale distinction entre les découvertes préhisto-
riques et les vases magiques, consiste en ceci : ces derniers
sont de facture récente, souvent en poteries faites au tour et
jamais entourés de pierres pour les protéger.
Le contenu des vases magiques ne donne aucune indica-
tion de rite. On y trouve des cendres, des charbons, des osse-
ments quand le rite magique comportait l'emploi du feu; une
terre noire, grasse ou desséchée, quand la chair des animaux
rituels a été simplement déposée dans le vase, après l'in-
cantation par les paroles.
Un feutrage de radicelles herbacées, à l'intérieur des vases,
est souvent une indication que ces vases n'ont pas été
protégés par un galgal de pierres, et une présomption que
l'on se trouve en présence d'une découverte d'objet magique.
Si les radicelles ont conservé leur contexture, même sans.
traces de végétation actuelle, on peut conclure à un enfouis-
sement relativement récent du vase.
Le feutrage, plus ou moins serré, indique aussi que le
vase a contenu des matières propres à exciter une luxuriante
végétation : substances azotées, animales.
Comme particularités, nous citerons les vases de Kidreuff
qui contenaient des. feuilles de chêne ; celui de xiolet, des
ossements avec un couteau ; celui de Théolen, enfoui à 1m50
dans le sous-sol d'une maison et contenant une matière
noirâtre desséchée; à l'analyse faite par un pharmacien
d'Audierne, cette matière a révélé des globules graisseux
provenant de parties animales.
VIL
Les nombreuses poteries magiques découvertes dans le
Cap-Sizun indiquent combien les pratiques de sorcellerie y
étaient autrefois communes.
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Les missions du P. Maunoir et de ses successeurs ont
fait disparaître ces pratiques. Mais durant une longue suite
d'années, des vases enfouis ont été oubliés Les derniers enter-
rés ont été abandonnés après l'action des'missionnaires, par
les sorciers convertis, qui se trouvaient devant ces deux faits :
— « Enlever les vases enfouis, c'était reconnaître la puis-
sance magique et retomber dans l'ancienne superstition, et
ils ne le voulaient plus ;
- « Ne pas les enlever, c'était déclarer qu'ils avaient
cessé de croire au pouvoir magique des vases ».
Il s'en suit que, fréquemment, ces poteries sont mises au
jour, à la grande déception des Capistes d'aujourd'hui
ces
s'attendent à y trouver des trésors. Hélas,
trésors se changent toujours en cendres ou en feuilles sèches.
parce que les Capistes sont pris au dépourvu. Cependant il
existe dans le Cap un procédé infaillible pour garder, aux tré-
sors cachés, leur forme réelle. Nous livrons ce procédé à nos
lecteurs, persuadé qu'ils en feront un excellent lisage.
Le voici : - « Quand on pratique des fouilles, il faut
soi un objet béni, ou autre chose
« toujours avoir, sur
« qui ait été sur vous, à la grand'messe, le dimanche des
« Rameaux. Aussitôt qu'une poterie est découverte, jeter
« dedans et sur son contenu l'objet béni, et le trésor appa-
• raîtra en beaux écus blanc d'argent, en louis d'or brillants,
« au lieu de cendres et de feuilles sèches ».
H. LE CARGUET.
Audierne, 18 lévrier 1906
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