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La statuette votive gallo-romaine de Kervénénec en Pont-Croix

Hyacinthe Le Carguet · Archéologie · Pont Croix

Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1904, pages 104 à 120. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.

Daté du 1904. Ajouté le 4 septembre 2026, modifié le 4 septembre 2026, par Loic.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France · https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207669n

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VIII
LA STATUETTE VOTIVE, GALLO-ROMAINE
De KERVENENEC, en Pont-Croix.
Les pluies abondantes de l'hiver dernier ont déterminé,
au camp Gallo-Romain de lívénénec (1), en Pont-Croix, un
phénomène curieux qui a donné lieu à une importante décou-
verte. Sous l'abondance des eaux, la couche arable s'est
tassée, diminuant d'épaisseur: les eaux, filtrant à travers
cette couche, ont fait nappe baignant et désagrégeant les
substructions qui ont leur base dans un sous-sol argileux.
Par suite de cette action, les menus objets: poteries.
pierres, etc., se sont rapprochés de la surface du sol. C'est
ainsi que, dans la partie du camp appelée Toul-Tan (le trou
ou l'emplacement du feu, du bucher), laquelle était livrée
aux culturés depuis nombre d'années sans qu'on y ait rien
découvert, les derniers labours, à la profondeur d'un fer de
bêche, ont mis à jour une statuette.
Cette statuette n'était entourée d'aucun objet servant à la
protéger ; elle était à même la terre qui s'était durcie, en
couche, autour d'elle. A deux mètres au nord de l'endroit ou
gisait la statue, on a seulement déterré une pierre plate, de
Om 90 en tous sens, fruste sur ses
laces, mais portant, sur
l'une des tranches, une moulure en forme de colonne fuselée
en son milieu. Cette pierre portait des traces de feu. Etait-ce
une cippe destinée à recevoir une inscription? Nous n'avons
pu déterminer les relations qui ont pu exister entre la sta-
tuette et cette pierre.
Cette statuette, en terre cuite, de 185 millimètres de hau-
(1) CI. Bulletin de la Société archéologique, 1883.

PINt
•#EAV/oş
Statuette Gallo-Romaine du Camp de Kervénennec

- 105 -
teur, représente une déesse sexuée, les seins entourés d'un
bandage. Au sommet du front les tresses de cheveux semblent
porter l'inscription : « DIVA ». Sur le front, les jambages
de ces quatre lettres sont terminés par quatre petites étoiles.
De chaque côté de la face, à la naissance des cheveux, cinq
étoiles plus grandes, complètent le diadème.
A la base du cou, la diva porte un collier de sept étoiles ;
sous ses pieds se trouve un socle orné de neuf petites étoiles
à cinq branches, entourées de demi-cercles.
La déesse se tient debout, les pieds joints; le bras droit
est replié; la main, posée entre les deux seins, tient un objet
qu'on ne peut déterminer. Le bras gauche est étendu le long
du corps.
L'envers de la statuette donne la composition de la coif-
fure; les cheveux, divisés en trois tresses; s'arrêtent aux
épaules.
A part le bandage des seins, qui ne figure pas de dos, la
nudité est complète.
De chaque côté : à droite, à partir du coude : à ganche, à
partir des doigts, la statuette est munie de deux rebords
plats s'étendant jusqu'au socle. Ces planchettes, sur les-
quelles l'empreinte de la déesse fait saillie, de face et de dos,
sont couverles par une inscription en caractères romains
et par des signes hiéroglyphiques. Lettres et signes sont
en relief.
Inscriptions de face : à droite, à partir du coude replié est
l'inscription votive :
REX . KVN. DEAVVOT .
Les trois mots de l'inscription sont séparés par des points.
Nous traduisons, sous la plus grande réserve, le second
mot KVN (élevé), dont la première et la dernière lettre
nous sont inconnues.
A la suite de l'inscription votive, se trouve un groupe de
quatre étoiles, chacune entourée d'un cercle; l'intervalle

- 106 -
de ces signes disposés en carré, contient deux petites circon-
férences et trois points.
Du côté gauche, entre le bras allongé et le corps, pend un
chapelet de sept disques ou globules, dont le premier se
trouve à la hauteur du sein.
A partir des doigts de la main gauche jusqu'au socle :
d'abord, un groupe de quatre points, chacun entouré d'un
cercle : celte figure est aussi disposée en carré; au centre
du carré, un point isolé.
A la suite, un autre groupe de deux étoiles, chacune for-
mant le centre de trois cercles concentriques ; dans l'inter-
valle, deux petits cercles séparés par trois points en ligne
droite; le petit cercle adjacent à la jambe est accosté de deux
points. Entre la dernière étoile et le socle, autre groupe de
quatre étoiles, chacune entourée d'un cercle, et formant aussi
un carré; cette figure est symétrique au dernier groupe du
côté droit; mais, au centre du carré se trouve un seul point
entouré d'un cercle.
De dos, les bras descendent le long du corps; mais les
mains ne sont pas reproduites. Le corps de la statuette ne
porte aucun ornement.
Inscription du revers : sur le rebord de droite, à partir du
poignet jusqu'au socle, se voient les signes suivants : une
série de cinq étoiles, dont les deux premières sont entourées
d'un cercle; les deux autres, de deux cercles. Cette série
se termine par deux cercles concentriques; dans le cercle
du milieu, un point; entre les deux cercles, des rayons au
nombre de quinze. A partir de la deuxième étoile. toutes les
figures sont séparées par des lignes composées de deux
petits cercles aux extrémités, entre lesquels trois points, le
tout formant une ligne droite.
Le côté gauche est orné de trois étoiles entourées d'un
cercle; un point entouré de deux cercles ; deux étoiles, cha-
cune entourée de deux cercles; un point formant le centre

- 1,07 -
de deux cercles concentriques, l'intervalle entre ces deux
cercles, garni de rayons. A partir de la quatrième, ces figures
sont séparées, comme celles de droite, par des lignes for-
mées de deux pelits cercles extrêmes et trois points intermé-
diaires. Les deux dernières étoiles et les cercles rayonnés
sont symétriques à ceux du côté droit.
Les signes sont au nombre de :
30
Points isolés...
12
Points entourés d'un cercle unique...
3
Points entourés de deux cercles...
....
Points entourés de deux cercles dont l'un rayon-
2
nant ........
Etoiles entourées d'un cercle..........
12
4
Etoiles entourées de deux cercles..
2
Etoiles entourées de trois cercles....
19
Cercles n'ayant pas de figure inscrite au centre.
84
TOTAL.
Ces nombres ne sont qu'approximatifs, le moulage des
rebords de la statuette étant un peu fruste, du côté droit.
Quelle interprétation donner à ces hiéroglyphes ? (1)
Le seul ornement de la statuette est l'Etoile. Celle-ci est
donc l'attribut ou la personnification de la Diva.
Cet attribut se reproduit, de diverses manières, dans les
groupements des signes hiéroglyphiques; il est entouré d'un,
de deux ou de trois cercles. Or, les trois cercles sont l'indi-
cation des croyances druidiques de l'existence.
au tome I de l'Histoire de
D'après les Triades, résumées
France d'Henri Martin, p. 76, les trois cercles de l'exis-
tence sont :
de ces
faire,
(1) Nous n'avons trouvé aucune assimilation possible à
signes, avec les broderies bretonnes, dites bigolennes ; du reste, ces bro-
deries n'ont aucun caractère archaique.

- 108 -
« 1º Le cercle de la Région vide (ou de l'infini), Kylkh y
• Keugant, où, excepté Dieu, il n'y a rien de vivant ni de mort,
et nul être que Dieu ne peut le traverser ;
« 2º Le cercle de Migration, Kylkh y Ab-red, où tout être
animé procède de la mort, et l'homme le traverse ;
« 3º Le cercle de la Félicité. Kylkh y Gwynfyd, où tout
être animé procède de la vie, et l'homme le traversera dans
le ciel.
« Au fond d'Ab-red se trouve l'abime ténébreux, anna/n,
où l'être est créé au moindre degré de toute vie; l'être monte
obscurément les degrés successifs de la matière inorganique,
puis organique. Devenu homme, il commence le grand com-
hat de la liberté contre la nécessité, du bien contre le mal,
qui, là, sont en équilibre; l'homme peut, à sa volonté, s'at-
tacher à l'un ou à l'autre.
« La mort le délivre du mal, mais non de l'effet du
mal. Le mal est une diminution d'être. Qui a diminué
son être retombe, après la mort, dans une vie moindre;
il renaît homme inférieur ou même animal irraisonnable,
et est obligé de recommencer le cours de la transmi-
gration.
« Si, au contraire, l'homme, dans la vie présente, a fait
des progrès vers la connaissance (la science) et vers le hien,
il a augmenté son être, à la mort; il monte les degrés supé-
rieurs d'Ab-red. Lorsqu'enfin, par l'impassibilité (la fermeté
dans la douleur), par l'effort vers la connaissance et par l'at-
tachement au bien, il est parvenu au plus haut point de la
science et de force dont la condition humaine soit suscep-
tible, il quitte le cercle de la transmigration et du mal;
il atteint Gwynfyd, le cercle du bonheur, le monde
lumineux ».
Cet exposé des croyances druidiques permet-il d'inter-
préter les signes qui entourent la statuelle ? Si oui, on trou-
dans les
verait, dans les caractères latins, une dédicace ;

- 109° -
autres signes, une invocation symbolique. On pourrait peut-
être alors supposer :
Que les points isolés représenteraient l'être dans l'attente de
nouvelles transmigrations ;
Les cercles simples, Kylkh y Keugant, qui accompagnent
ces points, seraient Dieu qui crée ;
Le point entouré d'ur cercle, Kylklı y ab-red (la cellule
vivante avec son nucleus), indiquerait la migration faite, la
nouvelle vie commencée: le point entouré de deux cercles,
ces cercles grandissant dans la séric des signes, les perfec-
tionnements obtenus dans la suite des transmigrations; en-
touré de trois cercles, l'homme ayant atteint la perfection qui
la mis au sommet d'Ab-red: près du cercle de la Félicité;
Les globules, en série moniliforme, gouttes de lait tom-
bant de la mamelle gauche de la statuelle au-dessus des
quatre points cerclés qui indiquent de nouvelles existences,
seraient l'emblême de l'assistance de la Diva ;
Les étoiles, entourées de cercles, comme le Kylkh y ab-
red, et accompagnant les points cerclés, indiqueraient que
la déesse assiste l'homme sur la terre dans ses diverses
transmigrations ;
Les points entourés de deux cercles, dont l'un rayonné,
qui terminent la série des signes, indiqueraient que l'homme,
entrer dans le cercle
ayant atteint le sommet d'Ab-red, va
lumineux du bonheur, qu'il a en vue.
Cela admis, l'inscription et les signes pourraient se tra-
duire ainsi :
- « Leroi kun a lait celte invocation :
• O Diva ! Faites couler sur moi le lait de votre sein,
toutes fois que je reprendrai vie. Soyez, sur terre, mon
guide et ma protectrice dans les migrations par lesquelles je
devrai passer pour atteindre le sommet d'Ab-red et entrer
dans le cercle lumineux de l'existence ».

- 110 -
Cette statuette, par sa plastique qui représente la Vénus
impudique, par son inscription en lettres latines et par ses
signes symboliques, procède du polythéisme romain et de la
religion mystique des. Gaulois.
H. LE CARGUET.
Audierne, 21 avril 1904.
-

ANALYSE D'UN COMPTE DE L'ABBAYE DU RELEC (suite).
Dans le cas qui nous occupe nous ne saurions dire si les
présents de gibier et d'argent distribués à Rennes eurent
une décisive influence sur l'issue du procès ; l'arrêt fut rendu
en faveur de J. Torsolis, et le comptable s'empressa de
s'étaient
témoigner sa reconnaissance aux magistrats qui
prononcés en faveur de son maitre et aux hommes de loi qui
l'avaient assisté dans la poursuite de l'affaire :
« Pour ypocras tant audit président, conseillers et suppost
de justicze, que notre conseil, baillé à Jehan Champenoys:
apoticquaire de Rennes, 12 escus d'or (27 livres....
« Pour ung bancquet à notre conseil, procureur, sollici-
teurs dont partie de Messieurs et des amis pour les entrete-
nir ; ledit bancquet faict au logeys de Me Thomas Strossy. ..
• Pour ung présent aux advocatz et à M° Pierre Le Roy,
procureur, après avoir gaigné la cause et aux aultres solli-
citeurs comme Boisbasset et les clers dudit Roy.....
« En ung présent aux maistres d'hostel et gens du rap-
porteur à cause qu'il ne volut rien prendre.... ».
L'arrêt des Grands-Jours que l'on célébrait ainsi avait
ordonné que J. Torsolis serait mis en possession de l'abbaye
et que l'Elu serait conduit en prison à la conciergerie de
Rennes, sans doute à raison des actes de « force et violence »
qu'il avait commis, tels que le vol de la commission de l'abbé
de Beauport et l'expulsion hors de l'abbaye du sieur de la
Boissière et de ses compagnons.
Pierre Chouart, chargé de meltre cet arrêt à exécution,
partit de Rennes le 10 octobre 1544 avec Alain du Jaulnay,
sergent, passa par Saint-Eloy de Montauban, Broons, Lam-
balle, Saint-Brieuc, Lanvollon, Lantréguier, où — le 13 oc-
tobre - il fit « provision de gens pour venir prendre l'Elu :
scavoir... ledit sergent de Jaulnay, ung aultre nommé Guil-

- 112 -
et Jehan le Cuisinier pour disner au Vieux-Marché ». Tout
ce monde soupa et coucha au Guerlesquin ; on y acheta « un
flacon de vin pour porter le lendemain à l'abbaye ». Le 15
octobre, l'Elu fut fait prisonnier. Le retour à Rennes se fit
sans incident notable ; cependant. entre Morlaix et Tréguier,
le complable renforça l'escorte de deux hommes « doubtant
qu'en passant par la maison de l'esleu on n'eust faict force »
et, pour intimider ce qui lui restait de partisans, il fit si«
gnifier ajournement personnel à Pierre Le Dimoygne, sieur
de Kavel, et à Pierre Raison, sieur de lýsenaut « complices
de l'eslu » (1) ; ces précautions n'empêchèrent pas P. Chouart
de perdre en route 27 livres, « scavoir 10 écus d'or au soleil
et deux en monnoie qui lui furent coupés avec la bourse,
avec le sceau d'argent (2) armoyé des armes de Mons" (Tor-
solis; eu et receu de Me Thomas Strossy ». L'emprisonne-
ment de Guillaume Le Roux ne fut pas de très longue durée :
le compte mentionne une dépense pour les frais de l'acco-
modement, dont une des clauses était l'abandon des pour-
suites criminelles intentées contre l'Elu. Nous ne savons
quelles furent les autres conditions de l'accord : dans cer-
tains cas analogues, des abbés élus par les moines renon-
cèrent à leurs droits moyennant une somme d'argent ou une
rente viagère. Le chapitre des dépenses du P. Chouart so
termine par l'inscription « de la somme de 50 livres monnoie
laume Le Blanc, aussy sergent général de Lantréguier, et
troys hommes de vertu avec nous, desquels Olivier Hervé
estoit l'ung quy est chastrenyier, Olivier Martin, pelletier,
• (1) Le Nobiliaire de Bretagne, de P. de Courcy, mentionne la famille Le
Dymoyne ou Le Divanach, s' de Chef du Bois, et la famille Raison, s* de
Kersenant, ou Ploumilliau. Nous ignorons si G. Le Roux appartenait à l'une
des familles nobles du nom de Le Roux qui existaient en Tréguier.
- (2) Nous avons décrit (p. 62), le sceau de la cour d'Oultrellé aux armes
de J. Torsolis. Dans un précédent voyage (août 1543), P. Chouart avait eu
à se plaindre de •• soudards et de lansquenets » qui pillaient le pays de
Tréguier.

= 113 -
baillée par ledit comptable audit eslu en or et monnoie selon
l'accord fait avec lui par ledit Strossy » Cette somme de
50 livres paraît bien modique; il est possible cependant
que G. Le Roux n'ait pu obtenir une indemnité plus con-
sidérable, car il se trouvait à Rennes absolument sans
argent et à la merci de son adversaire. Torsolis prit
à sa charge les frais du procès qui incombaient à son
rival et paya même les solliciteurs employés par celui-
ci pendant sa détention. Les réparations et les « dé-
penses communes » de l'abbaye pendant qu'elle était occupée
par G. Le Roux furent aussi soldées par le vainqueur, ainsi
que nous le verrons plus loin.
Entre les deux concurrents et leurs partisans respectifs,
la réconciliation fut complète: le recteur de Ploésal,
Charles Pommeret, que Chouart avait fait emprisonner.,
fut trois ans plus tard, en qualité de procureur de Jacques
Torsolis, chargé de vérifier les comptes du même P. Chouart,
— y compris les frais occasionnés par son emprisonnement
à la Roche-Derrien. G. Le Roux revint au Relec ; il semble
bien que c'est lui que l'on retrouve, en 1562, prieur de l'ab-
baye et procureur de l'abbé commendataire Loys Le Bou-
teiller, successeur de Jacques Torsolis.
Il.
Nous avons vu que P. Chouart, aussi bon administrateur
que zélé procédurier, s'était empressé pendant une éphémère
occupation de l'abbaye au mois de mai 1543 de faire réparer
l'abbaye et cultiver le jardin. Il reprit ses travaux dès que
les droits de son maître furent définitivement reconnus. Nous
mentionnerons quelques-unes de ces dépenses extraordi-
naires avant de passer à la dépense commune de la maison.
Il fit réparer la prison abbatiale, que pendant leur pater-
nelle administration les représentants de Loys d'Acigné
avaient laissé tomber en ruines ; on y posa un plancher, une
BULLETIN ARCHÉOL. DU FINISTERE. — ToME XXXI (Mémoires) 8

- 114 —
forte serrure, on mura les fenêtres que l'on remplaça par
•d'étroites meurtrières, et l'on paya 6 livres à Merret, serru-
rier à Morlaix, « pour quatre fers, scavoir deux gros pesans
de 40 à 50 livres de fer, et deux aultres pour les mains ».
Il paya 11 livres 5 s. à Thomas Quéméner, vitrier à Morlaix,
« pour accoustrer l'église et chapitre de l'église avec mettre
ung escu des armes de Mons"... ». Les ouvertures de l'église
et de tous les bâtiments de l'abbaye furent visitées et répa-
rées par Mahé Garz et son frère qui reçurent chacun 3 sols
par jour (total 36 livres) Les portes du jardin furent relaites,
les jardins, vergers, prés et étangs de l'abbaye clos et net-
toyés (1). Jehan Igadalen, de Pontmenou, refondit et allon-
gea les conduits de plomb et remaçonna les caniveaux de
pierre qui portaient l'eau à la fontaine construite devant
l'église (67l. 10 sols), et Riou Placzat, peintre de Morlaix,
• meict en blasson les armoyries sur la plombée et fontaine
tant celles de Monsr à présent que celles qui y estoient de
celluy qui fit premièrement ladite fontaine (2) ».
L'abbé Torsolis voulut laisser à l'église un souvenir —
d'ailleurs d'un prix fort modeste — de son abbatiat et fit faire
une lampe de laiton et airain pour « mettre et tenir feu ordi-
nairement à l'église de l'abbaye » avec un contrepoids à ses
armes soutenu de deux anges, le tout peint d'or et d'azur
« ledit erain fait par Jehan de Nantes, seul oupvrier de ce
métier, demeurant à Saint-Renan..... et ledit contrepoids
faict par Riou Placzat » (31 ]. 12 sols, y compris les frais de
la peinture des armoiries placées sur la fontaine). Ce fut
aussi l'abbé qui, pendant un court séjour au Relec, ordonna
l'achat d'une certaine quantité de vaisselle d'étain qui fut
prise chez Vincent David, potier d'étain de Morlaix.
par ordre de
(1) Plusieurs de ces réparations avaient élé commencées
Guillaume Le Roux.
(2) Une fontaine monumentale subsiste encore devant le portail de l'église
du Relee, mais elle ne remonte pas à l'époque de Jacques Torsolis.

- 115 -
Mentionnons encore d'importantes réparations à une mai-
son à Morlaix, aux manoirs du Manachti, de Plufur, de
Locquemeau et aux nombreux moulins de l'abbaye : moulins
de Rest-an-Caro, de l'Etang du Relec, de Manachti, de
Saint-Ryoal, de Plufur, de Saint-Connay ou Saint-Aunay,
de Languen, du Mendy, de « Queuffnellac » (en Plourin).
La chaussée et le pont bâti sur la rivière de « Quefflet » (le
Queffleut) furent rebâtis afin que les sujets pussent être
contraints de venir moudre au moulin de l'abbaye, « ce que
refusoient faire obstant le dangier de passer ladite rivière
sans pont - et fut ordonné par le sénéchal de le faire... ».
D'autres dépenses ordonnées par l'abbé présentent un
caractère de pure générosité; par exemple 17 livres 17 sols
baillées à Frère Simon Cordin « pour une robe et une cuculle
de serge blanche.
Enfin, à peine libéré de son procès contre son compétiteur,
J. Torsolis s'empressa d'entamer plusieurs instances contre
des voisins pour usurpation de terres ou (Pierre de Kercus
de Trofagan) pour non paiement de dimes.
On croyait dans le pays du Relec que, depuis un injuste
litige soutenu contre un client de Saint-Yves, l'abbaye était,
condamnée à ne jamais cesser d'avoir des procès; Jacques
Torsolis semble avoir voulu se conformer à la tradition (1).
Les dépenses ordinaires de la maison étaient à peu près
les mêmes chaque année; nous indiquons à titre d'exemple
celles de l'année commençant à la Saint-Michel 1543 :
30 quartiers de sel. . . . . . . . .
15 livres.
60
• ........
6 bœufs gras. . ....•
96
............
Beurre. . . . . ..
80
20 vaches. . . .
30
"•....
6 porcs gras. .
(1) Abbé Manet, Histoire de la Petite-Bretagne, Saint-Malo, 1834,in-8°,
encore
seize
T. D., p. 272. L'auteur rapporte qu'en 1774 l'abbaye avait
procès au Parlement et deux autres à sa juridiction.

- 116 -
600
40 pipes de vin ......
100
160 moutons et 40 veaux. .
•• .
•• • •
Poissons, aulx, potages, oignons, pois, fèves,
62
« et autres menues aides pour la cuisine ». . .
. « Sept quartiers froment par chaque semaine,
ainsiy que fut ordonné par justice durant la
vacance de M. de Nantes, pour la pitance et
provision ». Total 364 quartiers valant là raison
.... . .
de 15 sols le quartier). . . . .
273 livres.
« Plus pour les charges ordinaires » (1), 42
quartiers valant. . . . . .......
311.10 s.
3 quartiers de seigle par semaine pour la pro-
vision de la maison. Total 166 quartiers valant
83 1 » s.
•••.
(à raison de 10 sols le quartier». .
127 l. » s.
plus 254 quartiers« pourles charges ordinres » (2).
4 1.12s.
. 46i chapons valant, à raison de 2 s. la pièce. .
3 1.4 s.
64 gelines, valant de 11 à 12 deniers pièce. .
11.14 s.
69 poussins, valant 6 deniers pièce. . : .
Le total moyen des dépenses annuelles se trouve ainsi
monter à 1,567 livres. Il y a lieu de remarquer que le nombre
des bœufs, vaches, moutons, etc., consommés à l'abbaye est
extrêmement élevé. Faut-il croire que les moines n'obser-
vaient pas scrupuleusement la règle de saint Bernard qui
leur imposait une abstinence de viande perpétuelle? Ou bien
devons-nous supposer plus charitablement que toutes ces
victuailles étaient consommées par les paysans employés aux
travaux agricoles de la maison ?
Les dépenses en argent, moins considérables que les dé-
penses en nature, s'élevèrent, du 15 mars 1542 au 15 juillet
1546, à 7,369 livres 12 sols ; le compte de P. Chouart est si
prolixe et si confus qu'il est impossible de distinguer avec
• (1) Nous ne savons en quoi consistaient les charges ordinaires.
seigle dit • pour charges
(2) Il semble qu'une partie du produit de ce
ordinaires » devait être employé à payer le « vestière des religieux. »

- 117 -•
précision les diverses dépenses. Nous avons pu constater
cependant que, du 15 mars 1542 au 15 mars 1546, il fut dé-
pensé 1,579 livres 10 sols « pour la maison », c'est-à-dire
pour les vêtements et l'alimentation, les frais occasionnés
par les réparations et surtout par les procès s'élevèrent
à 2,502 livres 13 sols.
III.
Les recettes de l'abbaye sedivisaient en recettes ordinaires,
de beaucoup les plus considérables, et en recettes extra-
ordinaires.
Les recettes ordinaires étaient les produits réguliers des
domaines de l'abbaye, répartis en quatre « pièces », dont
le produit normal (1) était :
1º Pour la pièce du Relec :J
Argent....
620 l. 2 s. 8d.
....
391
15 s.
Froment, 522 quartiers......
-
800
400
Seigle,
84
10 s.
Avoine grosse, 119 quartiers....
-
46
menue, 183
13
Chapons, 134, valant.
-
9 s.
Gelines, 175,
2º Pièce de Languen :
138 1.12 s. 7 d.
Argent..........
(1) Les chiffres indiqués étaient susceptibles de diminution el, en effet,
le comptable mentionne plusieurs articles demeurés impayés par suite de
départ des fermiers, de chômage des moulins, etc. Les quatre « pièces » du
Relec : Languen, Plufur, Manachty et Oultrellé, n'étaient pas seulement
des divisions en quelque sorte administratives, établies par les comptables
de l'abbaye; elles constituaient quatre juridictions et sans doute aussi
quatre seigneuries distinctes. Un compte incomplet de 1537-1538 donne les
noms des ofliciers de ces juridictions; la pièce d'Oultrellé comprenait
quelques terres en Plonéour-Ménez et les biens de l'abbaye situés dans les
paroisses de Gouézec, Châteauneuf, Pleyben, Loqueffret, Collorec, Saint-
Rivoal, c'est-à-dire outre (par rapport au Relec) l'Ellé, petite rivière qui
sa
du Mont-Saint-Michel de Brasparts et
prend
passe i
source au pied
Saint-Herbot.

- 118 -
123
12 s.
Froment, 165 quartiers..........
23
......
46
Seigle,
-
.. . .
84
10 s.
Avoine, 119
3º Pièce de Plufur :
.....
85 1. 1 s.
Argent
119
Froment, 292 quartiers:....
234
....
117
Seigle,
4º Pièce d'Oultrellé :
811. »
Argent..............
6 d.
9
10 s.
Seigle, 19 quartiers....
1
15
Chapons, 4, valant...
8
19d.
Gelines, 15, - ...•
En 1544, le revenu de la « pièce » de Languen monta
brusquement à 618 livres, la pièce de Plufur fut affermée
480 livres: mais les produits en nature disparurent, ayant
été attribués par le bail au fermier.
Les recettes extraordinaires comprennaient dans le compte
de.Chouart les sommes d'argent qu'il reçut des banquiers
de Torsolis, de Christophe Krouzault, recteur de Saint-
Thonan, chargé de la perception des dimes, et enfin de quel-
ques paysans auxquels il bailla certains convenants à titre
de quevaise; il encaissa de ce chef, de 1542 à 1546, 268 liv.
10 sols; les articles qui concernent ces recettes prouvent que
. les droits de l'abbé sur ses quevaisiers étaient rigoureuse-
ment appliqués. On lit, par exemple: « se charge de la somme
de 30 livres qu'il a receu de Jehan Ropartz du villaige de
crist pour le convenant qu'il tient à présent et estoit tombé
en la main de Mons par la mort de son oncle frère de son
père decebdé sans hoir ».
D'après la liquidation du compte de Pierre Chouart, éta-
blie le 23 août 1546, devant Guillaume Contal et Jehan
Rouaud: notaires à Moulins (Jacques Torsolis habitait alors
cette ville), les recettes excédaient les dépenses de 3,394 liv.
7 sols 9 d.; mais sur cette somme, 2,720 liv. 15 sols 5 d.

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restaient à recouvrer; si l'on admet que toutes ces créances
furent soldées, le revenu net de l'abbaye peut être évalué à
1,400 ou 1,600 livres pour chacune des années 1542 à 1546;
c'est un chiffre très faible, inférieur certainement au revenu
normal de l'abbaye. Pendant la période de luttes que nous
avons étudiée, les terres du Relec avaient été mal adminis-
trées, beaucoup de l'ermages étaient demeurés impayés:
d'autre part, le procès contre l'Elu avait absorbé des sommes
considérables. Si nous possédions les comptes des années
postérieures à 1546, nous constaterions vraisemblablement
que J. Torsolis put tirer de son abbaye des bénéfices plus
satisfaisants.
L'un de ses successeurs affermait en 1599 les revenus de
son bénéfice à 3,300 livres. A cette époque, l'abbaye venait
d'être plusieurs fois pillée par les ligueurs ou les Royaux et
ses revenus avaient sans doute beaucoup diminué (1) ; — le
hail ne comprend que les revenus appartenant à l'abbé, il
faut donc ajouter une somme au moins égale qui revenait
aux moines pour obtenir le chiffre exact du produit des biens
du Relec.
Un siècle plus tard, l'abbé de Médavy-Grancey affermait
sa part de revenu 12,000 livres; le fermier devait en outre
payer toutes les charges qui incombaient à l'abbé, telles que
décimes, impôts, portions congrues, etc. En 1739, l'abbé
Charpin de Gennetines obtint un loyer de 14,600 livres ;
mais, en 1741, son successeur dut se contenter de 12,300 liv.;
le revenu du Relec devait encore diminuer, car, en 1768. des
documents ofliciels ne l'estimaient que de 9,300 livres (2).
1) F. M. Luzel, lulage de labbaye du Rele
document inédit publié
ans le Bulletin de la Société archéologique d
Finistère, l. XIX (1802),
p. 39 et suiv.
(2) L. Lecestre. Liste générale des abbayes... dressée d'après les archives
de la commune des réguliers. Paris, 1902, in-8°, p. 2l.

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Nous avons dit que le compte de Pierre Chouart est pres-
que le seul document des archives du Relec qui se rapporte
à la prélature de J. Torsolis. Un rentier, fort bien rédigé par
P. Chouart, concerne les années 1547 à 1549. A cette date,
le « comptable » semble avoir quitté l'abbaye; Jacques
Torsolis mourut en 1550. Il eut pour successeur Loys Le
Bouteiller, qui appartenait peut être à une famille bretonne.
Il ne résida jamais à l'abbaye et continua d'ailleurs, sous
beaucoup de rapports, les errements de ses prédécesseurs ;
il employa comme procureurs ou comme
représentants
plusieurs des personnages que nous avons eu l'occasion de
mentionner : le recteur de Saint-Thonan, A. Pommeret et
Alain Moricze, jadis employés par Loys d'Accigné.
Ce fut pendant la prélature de Loys de Bouteiller qu'éclate
dans le dortoir de l'abbaye un incendie qui détruisit la plus
grande partie des archives (1). Mais par suite des goût pour
les procès que se transmettaient les abbés et les religieux
du Relec un chartrier considérable se reconstitua assez vite.
Et lorsqu'en 1791 les délégués du district de Morlaix visi-
tèrent le couvent, ils y trouvèrent une très grande quantité
de liasses qui furent envoyées aux archives du département
du Finistère. On y trouve peu de renseignements sur les
origines de l'abbaye, mais peut-être étudierons-nous quelque
jour des documents qui fournissent des renseignements
curieux sur la vie intérieure de l'abbaye et sur les conditions
des personnes et des biens dans le centre de la Basse Bre-
tague depuis la fin du xvre siècle jusqu'à la Révolution.
HENRI BOURDE DE LA ROGERIE.
(1) Dans des lettres royales du 7 juin 1552 accordant aux religieux un
délai d'un an pour bailler denombrement, il est dit que toutes les archives
avaient été detruites (Arch. Finistère, H. 50) ; le fond du Relec comprend
cependant quelques documents antérieurs à L. Le Bouteiller,

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