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Les Chapelles du Cap-Sizun (suite). - Saint Rumon ou Ronan d’Audierne

Hyacinthe Le Carguet · Chapelles · Audierne

Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1902, pages 190 à 192. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.

Daté du 1902. Ajouté le 4 septembre 2026, modifié le 4 septembre 2026, par Loic.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France · https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207661m

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- 190 —
• 4
XI
LES CHAPELLES DU CAP-SIZUN (suite) (*)
-
• V. - Saint Rumon, ou RONAN d'Audierne.
Au cours de nos recherches hagiographiques sur le Cap-
Sizun, cette question s'est souvent posée devaut nous :
- « Saint Rumon d'Audierne n'est-il pas le même que
« saint Ronan de Locronan ? ».
Voici les faits qui ont arrêté notre attention :
I
Dans la topographie d'Esquibien, dont Audierne était la
trève, on trouve ces désignations :
Lès-Ongar, la cour, Aula du prince Ongar, et Kérénec.
village : entre les deux, Ker-Tyern, la demeure du chef. En
Plouhinec, à quatre kilomètres de là, se trouve aussi Lès-
Congar et Kervénec.
Le rapprochement de ces deux désignations locales du
nom du comte breton Congar-Cherænoc, ne donnerait-il pas
une indication ?
M. de Kerdanet, dans la Vie de saint Ronan, en note,
page 289, dit que Alain Caignart, comte de Cornouaille, fut
l'un des principaux bienfaiteurs de l'église de Saint-Ronan.
En citant ce fait. l'auteur nomme les ancêtres d'Alain Cai-
gnart: jusqu'à Congar-Cheranoc, et il ajoute que le prince
avait hérité de leurs vertus.
(1) c. t. — Bulletin de la Société archéologique du Finistère (juillet 1891,
février, avril et juillei, 1899).

- 191 -
Alors rien d'impossible qu'un prince breton, habitant cette
région, n'ait établi, près de sa demeure, un vocable de saint
Ronan, le saint si vénéré des comtes bretons, depuis Gradlon-
Mur, jusqu'à Congar-Cheronoc et Alain Caignart.
Les communautés d'habitants, comme les individualités.
ont, parfois. des blasons qui servent à les caractériser.
Ces blasons sont dus, le plus souvent, à des habitudes,
des mœurs spéciales, des travers même. Quelquefois, cepen-
dant, ils présentent un caractère ethnique, bien défini, ayant
trait à l'origine d'une population, ou au lerritoire qu'elle
occupe
De ce nombre est le blason des habitants de Plogolf.
- « Plogoniz-Coz, - dit-on, — oud a ben a gornog da
sant « Ronan ! ».
- « Les anciens habitants de Plogoff, dont le Plo est à
« l'ouest du territoire de saint Ronan ! ».
Il y a là une relation de voisinage bien déterminé.
Il ne peut être question de saint Ronan de Locronan qui
est distant de Plogolf de quinze lieues et séparé par de
• nombreuses paroisses, mais bien d'un territoire proche, aux
cunfins de la pointe Ouest du Cap. Or, Audierne possède une
colline du nom de Cornic-Plogon, le petit coin de Plogoff.
Le saint Ronan du blason de Plogoff peut donc être iden-
tifié avec saint Rumon d'Audierne.
Dans le Cap-Sizun, les noms de Ronan et Rumen (Rumon);
sont quelquefois pris l'un pour l'autre ; nous l'avons constaté
plusieurs fois.
Voici un dicton qui fait la confusion entre les deux noms:
Les ménagères du Cap, avant de baratter le beurre, tracent
le signe de la croix sur les bords du ribot : puis fouettent

- 192.-
leur crême en faisant cette invocation dont les paroles
marquent les coups à donner :
-- « Sant lau.....
« A gas an dien da aman !
« Mar a mefe teir skuellad,
« Me gaso onan d'ar Vech-Vad ;
« Ac eun al da sant Ronan ;
« Ac an deir d'iu va unan ! ».
- « Saint Jean, change la crême en beurre ! — Si j'ob-
« tenais trois écuellées, j'en enverrais une à N. D. de Bon-
« Voyage ; — une autre à șaint Ronan; la troisième serait
• pour moi seule ! ».
Ce dicton, usité surtout à Plogolf, nous reporte aux der-
nières années du XVIe siècle, la première messe ayant été
dite, dans la chapelle de N. D. de Bon-Voyage, le 13 juillet
1698, alors que le nom de Rumon n'avait pas entièrement
cédé la place à celui de Raymond, dans les actes paroissiaux
d'Audierne. Dans cette invocation le nom de Ronan est
quelquefois remplacé par celui de Rumen, bien que la rime.
n'existe pas. Mais cela se fait uniquement pour préciser
T'intention qui, loujours est, quel que soit le nom employé,
Rumen ou Ronan, de faire l'offrande à l'église d'Audierne.
La tradition, quand on peut la dégager des souvenirs de
la vie écrite de saint Raymond-Nonnat, aujourd'hui titulaire
de l'église d'Andierne, confond toujours saint Rumon avec
saint Ronan. Il est donc probable qu'anciennement c'était
le même vocable, peut-être est-ce aussi le même saint.

H. LE CARGUET.
Audierne, le 27 octobre 1902.

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