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L’île de Sein aux temps préhistoriques

Hyacinthe Le Carguet · Archéologie · Ile de sein

Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1897, pages 357 à 368. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.

Daté du 1897. Ajouté le 4 septembre 2026, modifié le 4 septembre 2026, par Loic.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France · https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m

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• - 357 -
L'ILE DE SEIN AUX TEMPS PRÉHISTORIQUES
Quelques mots sur le sol géologique et sur l'ancienne
étendue de l'ile de Sein, avant de décrire les traces des
populations qui l'ont, autrefois, occupée.
1. - LE Sous-soL.
L'ile de Sein est composée d'une assise granitique recou-
verte de roches sédimentaires.
Le granit qui forme le sous-sol profond n'est pas homo-
gène. Tantôt, en grosses masses compactes, presque sans fis-
sures, il émerge : tels; les Kornog, roches ou îlots de la chaus-
sée ; ou bien, ces blocs, en avancée sur toutes les pointes de
l'ile, s'opposent à l'action érosive de la mer. Tantôt, il forme les
plateaux sous-marins, appelés Louzouennou, Louzou-Guen-
nou, dans le langage des iliens. Recouvert d'alluvions et de
terre végétale, il compose, surtout, le sous-sol de l'ile.
Ces plateaux, disposés en assises plus ou moins épaisses,
plus ou moins inclinées, au S.-S.-O., parfois à un angle de
45° , sont fissurés ou reliés par des filons quartreux ou mica-
schisteux.
Sous l'action des eaux, les filons de quartz, plus durs,
forment des zones, ou bandes, en saillie ; le mica-schiste, au
contraire, plus friable, laisse des dépressions, des cuvettes,
autrefois utilisées pour recueillir l'eau pluviale; ou le sel
cristallisé de la mer.
L'alluvion qui recouvre le granit se compose, au N.-O., d'un
sédiment brunâtre mélangé d'un sable fin siliceux-micacé.
Un fragment de roche dévonienne contenant des spirifers a
été aussi trouvé, à la grève, du côté de la chaussée. Sa prove-
nance n'est pas bien déterminée.
Au S.-O., elle forme une couche d'argile de 7 à S mètres
d'épaisseur.

- 358 -
A l'E. et à l'O., c'est un poudingue argileux contenant des
galets roulés, inclinés du N.-O. au S-E. A Kilourou, ce
poudingue s'est massé, au N. de l'ilot, contre l'échine gra-
nitique qui en compose le centre.
Le sol de l'ile subit des modifications continuelles en sur-
face et en hauteur.
Son étendue s'amoindrit par suite de l'érosion de la nier.
Là, où le granit, en assises plates, était seulement couvert de
terre végétale (Bré-a-rog: Nivran, Pour-Tôn, Guiveur);
les embruns et les raz-de-marée le dénudent. Partout ou la
roche, émergeant à pic, ne s'est pas opposée à l'action de la
mer, celle-ci a creusé des auses
à fond de sable (Go-ster,
Aber-bras, Aber-bian, Gribinoc-vras, Por-Denver), ou bor-
dés de cailloux roulés, désagrégés de leur gangue et tombés
sur place. A bref délai; si l'on n'y remédie (1): celle action
de la mer fera communiquer ces anses, de l'E. à lO. et con-
pera l'ile, en deux endroits, au Rojou et à Por-Denver:
pour en faire trois ilots, le Dilogod, le Biladoc, et le Nivran.
Un allaissement lent se détermine aussi, par suite de la.
désagrégation des roches du sous-sol, de la corrosion et de
l'entrainement des roches superficielles par les eaux plu-
viales et les embruns surchargés d'acide carbonique. Cette
corrosion est plus active depuis que l'industrie de la soude
s'est développée : l'incinération des varechs exhalant, dans
l'air humide qui entoure l'ile, une plus grande masse de
carbone.
Cet allaissement est remarquable, surtout au Rojou. La
pyramide, construite en 1817: par M. lingénieur Beautemps-
Beaupré, laquelle s'élevait, alors, à 32 mètres, n'a plus
(1) Plantation de tamarix sur les dunes, celte essence est commune sur
les coles de Pouldreuzic et de Plovan, aussi exposées aux vents d'onest que
File de Sein ; 2° Plantation de tiguiers entre les galets, qui seraient main-
tenus ainsi comme à fervily, en Esquibien; 3º Relèvement des pierres de
clôtures renversées par les raz de marée, en les amoncelant du côté de la
iner; lile gagnerail ainsi un tiers en surface cultivable. Ce serait l'ou -
vrage des hommes à faire en hiver.

- 359 —
qu'une vingtaine de mètres de hauteur. De même, à Beg-a-
C'halé, on rencontre des substructions à un niveau inférieur
à celui de la mer, preuves évidentes d'un abaissement du sol.
A Roc'h-Piked, les assises rocheuses se détachent, en
éclis, par suite de la désagrégation des filons mica-schisteux
qui les relient. Ces assises glissent sous le choc des vagues
et sont emportées par la mer.
L'ile de Sein était donc, autrefois, en étendue et en hau-
teur, bien différente de ce qu'elle est aujourd hui.
II. — ANCIENNE EXTENSION DE L'ILE.
Le sol géologique, les découvertes archéologiques, les
noms de lieux; donnent des repères qui permettent d'étendre
le sol de l'ile de Sein, au-delà de ses limites actuelles.
Nous citerons à l'appui de cette assertion :.
à 2 kilomètres de terre, entre Plaç-ar-
A TO. du phare,
Skoul et Por-Cazec, une butte de terre végétale, recouverte
de sable et de pierres détachées, et appelée An-Duchen, le
lumulus ;
Entre
cette butte et la terre, à un kilomètre du phare,
substructions dans lesquelles on a trouvé des meules plates,
des poteries faites à la main, des charbons ;
Plus près de terre, les soubassements de quatre pans de
muraille E.-O. en pierres sèches, appelés Ar-Go-Vogueriou,
les tieilles murailles ;
Le Bré-a-rog, la solline qui avunce : roches plates, au-
jourd'hui dénudées, autrefois couvertes de terre végétale et
formant ilot ;
A l'E. de Bré-a-rog, la roche découverte de l'Isuuly, la
roche un bus des grèves;
Les roches plates du Nivran et du Gador, également
dénudées ;
Des emplacements de maisons à Guiveur, le grand bourg;
A 100 mètres plus à lO., le Guivian, le petit bourg;

- 360 —
Le plateau granitique dénudé de Len-gurn-idoc, le curn uu
milicu des bles;
Des substructions à Bey «-C'halé, affaissées au-dessous du
niveau de la mer : poteries, charbons, ossements, pierres
de filets ;
Des traces de champs à Por-kaïc, Beg-Ac'hulé, Beg-ur-
Groën, appelés Jardinou-ar-Beg;
Mèmes traces au S. de Kilourou ;
A lE. de Roc'h-Pike, des substructions recouvertes par la
mer : pierres taillées utilisées actuellement pour la construc-
tion des maisons de l'ile;
Au N. de la roche du Chat, roche appelée Douarmeurus, la
grande terre haute;
Entre le Nerrot et Roc'h-Piked, un chenal appelé Cunol-
ar-Peulien; une roche y porte aussi le même nom.
Telles sont les découvertes faites au pourtour de File.
Une question se pose : l'ile a-t-elle été, autrefois, reliée
au continent ?
En avant de la pointe du Cap-Sizun, sur la baie d'Al-
dierne, à 3 kilomètres de terre, se trouve une série de
roches, ou basses, en ligne droite parallèle à la terre, allant
des rochers du Chat, jusqu'à la pointe de Lervily.
En dedans de cette ligne, le poudingue de l'ile de Sein
se retrouve, en différents endroits de la côte, sous Plogoft
Primelin et Lervily ;
•L'une de ces basses porte aussi un nom préhistorique.
Bass-ar-C'harn ;
Par ailleurs, dans les éboulis de la côte, on rencontre:
fréquemment, des haches polies, des poteries.
Il est donc probable que l'espace de mer qui se trouve.
aujourd'hui, entre cette ligne de roches et la terre, était
comblée par une terre d'alluvion, s'étendant vers l'ile de
Sein. L'ile devait en ètre séparée par un passage étroit,

- 361 -
encore appelé Canol-Guéor; le chenal du géant, ou mieux,
du Gaulois-
C'est sur cette pentière que les riverains placent la légen-
daire ville dils, dont l'ile de Sein était l'extrémité. Mais
laissons les légendes.
En résumant ces données, on peut admettre que l'ile de
Sein, si elle n'était pas attachée à la terre ferme, s'étendait,
du moins, sur la chaussée, de plusieurs kilomètres, et sur
le Raz-de-Sein de un kilomètre.
Son profil, aussi, était bien différent. Des élévations, au
Guiveur et à Bec-a-C"hale, séparaient le Len, de la mer. Le
Len, partie basse de l'ile, recevait les eaux pluviales des
sommets qui l'entouraient, et formait étang, en hiver. Ces
caux avaient leur éconlement à l'Aber-Bras, le grand es-
tuaire..
Un autre écoulement se laisait du Brearog et du Dilogod,
au N., vers le Rojou, ou collines et l'Aber-Bian.
III. — OCCUPATIONS. — ÉPOQUE NÉOLITHIQUE.
Cette époque a laissé, à l'Ile-de-Sein, les plus nombreux
vestiges.
• Dans les explorations que nous avons failes de tout le
Cap-Sizan, nous avons été amené à émettre cette propo-
sition (1) :
Que toutes les stations néolithiques se composent de
quatre éléments :
1° Le dolmen, ou sépulture ;
2º Le carn, endroit où se préparaient les cérémonies
funèbres ;
3° La pierre levée, indicatrice des endroits consacrés au
culte, ou affectés aux réunions publiques ;
(1) Mémoire lu au Congrès de la Société française d'archéologie, à Brest,
en 1890,

- 362 —
4° Le bul, ou habitations.
Ces quatre éléments sont toujours groupés sur la même
colline, de sorte que si l'on en rencontre un, les autres se
trouvent dans le voisinage. C'est de règle générale. Si l'un
d'eux vient à manquer, c'est qu'il a été détruit; mais, très
souvent, le nom-en est resté.
En appliquant, à l'ile de Sein, ce principe, on y trouve
onze centres de population néolithique qui réunissent un, ou
plusieurs, de ces éléments :
Ce sont :
- 1° A Plaç-ur-Skoul, petite butte de 3 mètres de diamè-
tre non explorée ; autre tumulus ouvert;
Aux environs, Parc-ur-Budum, expression indiquant des
habitațions ;
- 2º En face de Plus-ur-Shoul et de Pors-Cazec, entre les
rochers de Milidou et de Men-a-Broud, an-Duchen, butte
. recouverte par la mer ;
— 3° A Bey-u-Lan, galerie de 15 mètres environ, orientée
E.-O. en face de l'Aber-Bras; quatre pierres seulement
debout :
Petit menhir renversé, à l'extrêmité de la pointe ;
— 4º Au Corijou, l'ancien gué, à gauche de la route du
phare, dolmen détruit : cendres, coquilles de berniques ;
Menhir écrèté, en face, à droite de la route : hauteur
actuelle 1 m. 54, largeur 1 m. 17, épaisseur 0 m. 28 ;
- 5° Galerie, à 10 mètres O. du Rojou, découverte et
fouillée, en 1887 ; poteries fines brunes, charbons, cendres;
- 6º A Menei, dans les sables, plusieurs cist-ven, à
rainures, de 1 mètre à
1 m. 20, détruits vers 1872, par un
ilien qui, d'après la légende, y aurait trouvé un trésor ;
Au point culminant de Menei, butte avec traces de dol-
men ;
Amas de coquillages, débris de cuisine, avec éclats de
silex noirs et os de petits féliens ;

- 363 -
- 7º Menhir de 0 m. S0, penché vers l'est, à moitié
enfoui dans le sol, à Beg-Kaé-Béran;
.. — 8° Tumulus, aveu dolmen détruit, près du Guiveur ;
A coté, le Len-garn-lloc, le carn au milieu des blés;
- 9: Galerie: E.-O. au S.-E. de Kilourou, le Village des
hommes, à 2 m. 60 du relais actuel de la mer; 3 piliers
deboul;
- 10" Ar-Ros, point culminant de Kilourou, dans une
enceinte quadrangulaire de 7 m. 40 de côté, Toul-Corriquet :
galerie détruite, contenant encore 12 pierres debout ou
renversées (piliers et tables) : instrumeit eu silex et coquil-
• les de berniques (1) :
Dans la même enceinte, menhir renversé vers le N.-O.,
hauteur 3 m. 23, largeur 0 m. 65 ;
— 11° A Nioran, groupes de sépultures réunis sous le
tumulus qui surmonte la croix : plusieurs cist-ven isolés on
adossés ; petites galeries aboutissant à des chambres sépul-
crales; dolmen recouvrant un cist-ven; dolmen simple. Rite
de Lincinération dans ces sépultures multiples ; silex en petit
nombre ; poleries brulées, à grains de quart%, faites à la
main, rougeatres sur les deux faces : galets brisés ; cendres;
charbons ;
Habitations au Gudor; un raz de marée a dénudé l'assise
granitique entre le Vivran et ces roches, mais à la base de
celles-ci
se retrouve une partie du sol des huttes : terres
brûlées : poteries grossières, rougeâtres, avec grains de
quartz; éclats de silex ; galets.
Le Pregour-Bilun, le petit causeur menhir de 1 m. 90
sur 1 m. 15, à 60 mètres sud de la croix; le Run qui entou-
rait sa base a été démoli ; à 80 mètres O. les Prégourien-
causeurs, deux menhirs situés dans le
Brus, les grands
même plan, N.-S., à 0 m. 80 de distance; le menhir N. a
(1) Au Cap-Sizun, les coquilles de berniques se sont aussi rencontrées,
principalement dans le tumulus de Kerdugazul, en Primelin.

- 364 -
2 m. 70 de hauteur sur 1 m. 40 de largeur; le menhir S.,
mutilé, a encore 2 m. 30 de hauteur, sur 1 m. 20 à la base.
Ces menhirs sont implantés sur un run, ou butte, entourée .
ue pierres debout, en forme de cromlech; autrefois, ces
menhirs étaient reliés au tumulus de la croix, par un chemin,
sorle de via sacra bordé de mêmes pierres dont quelques-
unes se rencontrent encore.
Aux abords de l'ancien puits de l'ile, se trouve Liu-
C'hurnog, l'endroit où se préparaient les cérémonies funé-
bres, de cette occupation.
Cette station, la plus importante de toutes, a été longtemps
occupée : le nombre, les divers modes de construction de •
ses sépultures en est la preuve.
Vers 1872, après les fouilles qu'un archéologue pratiqua
à Kilourou, les iliens, sous prétexte de trésors cachés, se
ruèrent sur toutes les buttes, tous les dolmens, tous les
menhirs de l'ile, éventrant tout, rasant tout, brisant, disper-
sant tout, en pure perte pour la science et sans profit pour
eux. Un seul ilien, raconte-t-on mystérieusement, aurait
trouvé sa fortune dans les cist-ven de Menei.
En comparant les dires des iliens, après cette destruction,
avec les traces que nous avons rencontrées, et les fouilles
que nous avons achevées, nous pouvons caractériser ainsi
l'occupation néolithique à l'Ile-de-Sein :
La population, au contraire de ce qu'elle est aujourd'hui,
massée au fond du port, vivait, éparse, sur toute l'étendue
de l'île, cantonnée, par familles, ou par groupes, sur les
élévations.
Les habitations étaient établies sous les roches ou à l'abri
des rochers. Les vases grossiers servant à cuire les aliments
et les débris de cuisine indiquent qu'elle vivait misérable-
ment de coquillages et de petits animaux.
Le culte des morts y était très développé et, comme dans
le Cap-Sizun, réduit à sa plus grande simplicité.

- 363 -
La plupart des sépultures sont orientées E.-O.
Des aliments funéraires étaient déposés dans les tombeaux.
Nulle part nous n'avons trouvé mention, ni trace, de
haches polies. Les iliens actuels n'en ont aucune notion, ni
connaissance. Peutêtre la hache polie, comme dans certaines
sépultures du Cap-Sizun, était-elle remplacée par des galets
brisés ?
L'incinération parait avoir été le seul rite usité. Elle était
faite d'une manière complète; les restes d'ossements, avec
les cendres, étaient déposés dans des vases et remis au leu.
Peut-être même ces vases servaient-ils plusieurs fois : les
poteries fortement brûlées ou enduites de suie, trouvées
à Nivran, T'indiqueraient asse.
Tous les genres de sépultures usités à l'époque néoli-
thique se trouvent épars dans l'ile. Le tumulus de Nivran,
les réunit tous. A Poulgangnou, en Plouhinec, M. Grenot a
observé le même lait de sépultures adossées
« C'est une suite de chambres sépulcrales indépendantes,
- dit-il; - « construites au fur et à mesure des besoins à
« côté de celles déjà existantes, auxquelles on adossait les
« nouvelles après avoir détourné pour un instant une partie
« de la terre du tumulus qui les recouvrait. »
La diversité des sépultures renfermées sous le tumulus de
Nivran indique que cette station a été occupée à toutes les
périodes de lépoque néolithique.
La destruction de ce monument a commencé depuis long-
temps. La croix qui le surmonte porte la date de 1776. Les
piliers des dolmens, dénudés et rendus saillants par suite
de cette érection, out été appelés les « chevaux de l'ile ».
Les tables étaient enlevées pour faire les meules des
« Braou » (1), les moulins à bras en usage. Sous la Révolu-
(1) Voir les bulletins de 1893, de la Sociúté archéologique du Finistère,
p. 330 : Meules et molletles préhistoriques du Cap-Sizun — Le Braon de l'ile
de Sein.

- 366 →
tion. l'un des dolmens fut utilisé com ne poudrière. Au mois
d'août dernier, la destruction a été parachevée, pour la
construction d'une citerne, et dans les fouilles on a trouvé
une monnaie de l'an Il de la République.
IV. - OCCUPATIONS DIVERSES.
L'ile de Sein possède encore quelques traces d'occupations
qu'il est utile de signaler :
1° Les runs, amas de cailloux déjetés des champs labourés;
au centre de quelques-uns on remarque des pierres pouvant
appartenir à des dolmens ou à des menhirs; une fouille de
ces buttes serait à faire.
. Ar-Guer-a-Droaë, roche plate dans un carrefour, à
l'angle de la route du phare et de celle de Plaç-ar-Skoul ; cet
endroit serait hanté.
3° Le rojou, des briques à rebords, des tessons d'am-
phores, des monnaies indiquent un établissement romain.
Moyen bronze trouvé le 15 juin 1889 :
Face :
ANTONINVS AVC. PIVS P. P. TR. P. COS. III.
Buste d'Antonin, tête laurée à droite ;
Revers :
•S. C. Divinité drapée, debout, tenant une lance dans la
main droite, la main gauche étendue el sacrifiant sur un autel.
• Les
: sables du Rojou pourraient recouvrir des subs-
tructions.
4º An-Ty-Téol, la maison de brique: située aux abords du
bateau de sauvetage : nombreuses monnaies.
5° Dorgleuen, ou ancienne muraille, à l'ouest de l'école
des garçons.
Tels sont les monuments que nous avons trouvés à l'Ile-
de-Sein.
**
L'ilien actuel remonte-t-il aux époq tes que nous venons de
décrire? Est-il le détenteur de le tradition druidique?

- 367 -
Nous ne le croyons pas: et notre opinion est basée sur
ces deux l'aits :
L'inoccupation de l'ile à différentes époques ; le caractère
anthropologique de la population actuelle.
Après l'ère gallo-romaine, toutes traces archéologiques
disparaissent presque complètement. Seuls, un nom archaï-
que, une occupation bien définie, se rencontrent. Ce n'est
pas assez pour relier douze siècles. Dans la série des ves-
tiges, il y a des lacunes, par conséquent, il y a eu inter-
ruptions d'occupations. La population primitive a disparu,
le Rojou, gallo-romain, s'est couvert de sable, et l'ile est
devenue déserte.
A une époque indéterminée, une nouvelle population'
s'établit au Guiveur. Ce devait être une population maritime
cantonnée aux bords d'une baie existant alors, à la partie
sud de l'ile et comprenant Len-Ganna et Por-Kaïc. Le
nord ne parait pas avoir été habité. Cette occupation du
Guiveur cessa par suite de l'affaissement de Bec-a-C'halé et
la destruction du village par un raz-de-marée qui a laissé à
nu l'assise rocheuse sur laquelle il était établi.
L'occupation actuelle fut créée par des naufragés, des
pêcheurs
Etablis au
et surtout par lès coureurs de mer.
fond d'une anse de l'est, à lO-Meur, cachés par les roches
du Nerrot et de Roch-Piked, leurs cabanes à moitié enfon-
cées dans le sol, invisibles du côté de la mer, ils épiaient
les navires. Cette oscupation est d'origine assez récente.
Tout au plus remonté-t-elle à quelques siècles.
Le caractère anthropologique de ses habitants indique
aussi qu'ils sont de diverses origines. On y rencontre les
grands blonds leptorrhiniens, aussi bien que les petits
bruns trapus mésorrhiniens. On y remarque même l'œil
oblique mongol. Le type dominant, surtout chez la femme;
est le type latin, ou méridional, qui n'a rien de celtiqué.

- 368 —
Les légendes druidiques que l'on trouve à l'ile de Sein,
sont donc toutes, d'importation, aussi bien que de fiction
Lilien actuel, intelligent, observateur, est volontiers can-
seur, quand on sait bien le prendre. Le fond de ses légendes,
il les prend dans le roman d'Hippolyte Violeau « Amice de
(ruermeur », quil a lu dix fois et dont les meilleurs com-
mentateurs
sont Pauline Menou et l'ami Pon-Coq, un rude
marin qui en sait long sur l'histoire des Druides.
Le mot Nivran, mal compris, a été aussi le point de départ
de fausses interprétations. Une légende en donne l'expli-
cation :
• .
Deux corbeaux avaient l'habitude de se poser sur une
roche du Gador. Ils firent leur nid dans celles qui avoisinent
le tumulus de la croix, et cela, durant de nombreuses années.
Les iliens frappés du retour des oiseaux aux mêmes lieux,
en firent des esprits préposés à la garde de l'île. La roche
du Gador fut appelée : Carrek-ar-Vran, la roche du corbeau;
l'endroit où ils nichaient, an Nioran (alias nith-vran), le nill
du corbeau.
Le mot Nivran, par assonnance, est devenu l'offrande, la
délivrande, et l'on a bientôt trouvé l'église où les Druides
pratiquaient leur culte, l'autel sur lequel, au temps de leurs
Pâques, ils immolaient des victimes humaines.
Ainsi se créent les légendes.
LE CARGUET.
Audierne, le 26 Août 1897.
NOTA. — Des spécimens des objets trouves, i l'ile de Sein, ont ele depo-
sés, au Musée de Quimper, vitrine C, a cité des pierres creusées, qui ont
servi aux anciens moulins & bras du Cap-Sizun.

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