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Mégalithes du Soc’h, en Plouhinec

Hyacinthe Le Carguet · Archéologie · Plouhinec

Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1890, pages 107 à 113. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.

Daté du 1890. Ajouté le 4 septembre 2026, modifié le 4 septembre 2026, par Loic.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France · https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207610h

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- 107 -
XI
LES MÉGALITHES DU SOCH
EN PLOUHINEC (FINISTERE).
L'une des plus belles stations néolithiques du départe-
ment, celle du Soc'h, en Plouhinec, est destinée à dispa-
raitre, dans un délai assez rapproché. Le partage des
communaux de Poulhan, sur lesquels elle se trouve, est
provoqué en justice. Le morcellement et la mise en culture
des terres détruiront impitoyablement les monuments qui
font l'admiration de tous ceux qui les connaissent.
Quelques mots sur l'ensemble de la station, avant qu'elle
ait cessé d'exister !
Elle se divise en
deux parties
1° Au sud, sur la commune de Plozévet., Ménez-Gorred ;
2° Au nord, sur Plouhinec, le plateau de Poulhan et du
Soch.
I. - Ménes-Gorred.
Les monuments de cette partie occupent la base de la
colline. Ce sont :
Une galerie sur le bord de l'anse de Poulhan ;
Un menhir de 2 mètres, abattu, près de cette galerie :
Une butte, à 60 mètres N.-Q. :
Un menhir de 3 m. 50 c., la « Galoche », à 150 mèties au
N.. dans le vallon de Stang-Pors. Les Corriquets jouaient
aux palets, sur cette pierre, avec les dolmens de Poulhan.
Sous ce menhir, est un trésor gardé par un coq rouge. Un
dimanche des Rameaux (c'est le jour où les trésors cachés
viennent surtout s'étaler au soleil, aux derniers mots de
l'Évangile); un pâtre gardait ses moutons en cet endroit.
Tout à coup: quelque chose lui sauta sur les épaules. C'était
le cog, gardien du trésor, battant des ailes et se préparant à

- 108 -
chanler. Le patre, effrayé, le saisit et le jeta loin de lui.
Aussitôt le coq se prit à parler: « Si tu m'avais laissé
« chanter sur toi, tu aurais possédé le trésor que je garde.
« Tu m'en as empêché ; malheur à toi ! » Depuis ce jour, le
« pâtre commença à dépérir, et mourut avant la fin de
« l'année. »
II. - Plateau de Poulhan et du Such.
Le plateau du Soch forme une plaine ondulée, inclinée
vers la mer. Il mesure, de l'anse de Poulhan à la gorge et
au ruisseau de St-They, de 600 à 800 mètres: sa largeur, de
la mer, aux défrichements, est d'environ 400 mètres.
Il comprend trois centres principaux d'occupation :
1º Ménez-Créoc ou Ménez-Poulhan;
2° Kergangnou, mamelon isolé, au centre du plateau :
3° Le Soe'h, à l'extrémité.
Les défrichements ont beaucoup empiété sur la station.
Leurs clôtures, faites des ruines de mégalithes, méritent
aussi description.
Nous passerons successivement en revue ces divisions du
plateau de Poulhan.
Ménez-Créoc. — Cette partie, plane: borde. à louest, le
port de Poulhan:
On y trouve:
1° Un tumulus de 15 à 20 mètres de diamètre, vers la mer.
Il recouvrait autrefois une petite galerie de dolmens et quel-
ques sépultures isolées. Les pierres du monument ont été
brisées rèz-terre et ont servi à faire une fosse pour l'inciné-
ration du goëmon :
2° La grande galerie de Poulhan, orientée E.-O.. à 50 mè-
tres; N.. de la butte précédente. Celte galerie. l'une des plus
belles constructions mégalithiques du Finistère, a été repro-
duite plusieurs fois par la gravure, notamment par N. de

- 10! —
Fréminville et dans les « Epoques préhistoriques et gau-
loises » de N. du Chatellier.
Mais qu'elle diffère aujourd'hui de ce qu'elle était même
il y a quelques années! Ses pierres, que tant de siècles ont
respectés, tombent, en quelques instants, sous le marteau du
maçon.
Actuellement, elle comprend : au S.-O., 8 piliers debout.
dont six adjacents et deux isolés par l'enlèvement d'une ou
deux pierres; au V.-E. 4 supports debout, 2 brisés au raz du
sol ; un septième git, au centre du monument, renversé par
l'énorme table qu'il était destiné à soutenir. Deux tables
seules existent : la plus grande, à l'Est, à moitié renversée,
figure un demi-dolmen : à lOuest, une autre table, moins
forte, encore en place, servait récemment d'abri à une voi-
ture. La galerie forme deux chambres : la plus grande, à
l'Ouest, l'autre, à l'Est ; la pierre de séparation, bien que
diminuée de hauteur, se trouve encore en place. Le monu-
ment devait autrefois se prolonger vers l'Est ; on voit, à
2 mètres en avant de la paroi Sud, une pierre, à fleur du
sol, qui semble avoir été la continuation de ce côté.
Deux dispositions des supports du monument sont à noter :
l'inclinaison des piliers vers l'intérieur; est-ce fait inten-
tionnellement ou par le poids des tables ? L'agencement de
ces mêmes piliers par imbrication, au lieu d'être par juxta-
position; genre de construction qui rend les côtés du monu-
ment hermétiquement clos.
Au dire des habitants de Poulhan, les dolmens de cette
galerie étaient des autels de sacrifice. Chaque année, au
mois d'août, on y immolait un homme afin d'obtenir un
temps favorable pour la récolte. Les dépressions de la pierre
à la surface du dolmen renversé auraient été faites pour rece-
voir le corps de la victime et laisser couler son sang. Cette
légende est propre à la grande galerie de Poulhan. Nous ne
stations
l'avons trouvée nulle part parmi les nombreuses

- 110 —
néolithiques de la baie d'Audierne et du Cap-Sizun que
nous avons visitées ou explorées.
Kergangnou. — A mi-chemin de Poulhan, au Soch, se
trouve le mamelon isolé de Kergangnou, déterminé par deux
plis de terrain, qui descendent vers la mer, à Pouldon et à
Poul-Ch'angnou.
On y remarque:
1° Sur la butte, un groupe de sépultures, ou petites galeries.
aux piliers rez-terre :
Des sépultures isolées, de la forme des Kist-Vean :
Un coffret, fait de » pierres, et mesurant, dans neuvre.
0 m. 45 c. en tous sens ;
Un petit tumulus ouvert :
2º Au N. du mamelon et dans les deux vallonnements,
des substructions en lignes droites, ou courbes, dont l'une.
bordée d'une douve; elles paraissent former une enceinte
dans laquelle se remarquent des dépressions du sol ou tra-
ces d'habitations ;
3° Sur le sol, des percuteurs, des pierres à aiguiser, de
nombreux silex taillés, dont les uns, en petite quantité, cou-
verts de dendrites et de cacholong (1) sont d'une haute anti-
quité; les autres, à brisure vitrée, aux arêtes aigües, sont
de facture récente. Les silex de Poulhan étaient autrefois
très renommés comme pierres à briquet. On venait les cher-
cher de loin, et l'habitude était de les tailler sur les méga-
lithes même. Aussi faut-il se méfier des cailloux ramassés
sur le sol. L'année dernière on nous a présenté, à Poulhan,
un plein sac d'éclats de silex; nous y avons à peine trouvé
quelques uns de forme classique, nucléi, pointes, etc., encore
étaient-ils sans patine.
Le Soch. — Le promontoire du Soc'l, est séparé de Ker-
gangnou, par le vallon de Poullobos. Il s'élève, au-dessus
(1) Patine blanche des silex enterrés.

de la mer, d'une hauteur de 32 mètres et domine toute la
baie, de Penmarch, à la Pointe-du-Raz. Il forme une colline
arrondie sur laquelle était autrefois le corps-de-garde des
douaniers, aujourd lui remplacé par une maison d'habila-
tion.
On y voit :
1° Allant du mamelon, vers le N., une substruction.
en ligne droite, à lO. de laquelle, à une distance de 10
mètres, se rencontrent, à fleur de terre, des poteries one-
tueuses :
2° Sur les flanes de la butte, les sépultures les plus nom-
breuses et les plus importantes de la station.
M. Grenol les divise en deux groupes que sépare la mai-
son d'habitation :
Au N., le groupe principal, seul décrit dans sa notice, se
développe sur une longueur totale de 38 mètres, et forme
une série de 5 chambres. Il est resté tel qu'il était après les
fouilles pratiquées en 1871. Sa notice en mains, ou peut
encore aujourd'hui suivre, pas à pas, les travaux qu'il a
exécutés et reproduire, par la pensée, les scènes qu'il a si
bien décrites : l'exploration de la « Salle de danse », et l'ex-
position, sur le dolmen, de la « Tète de mort », caillou, aux
formes bizarres, qui attirait le rire et les commentaires bre-
tons des travailleurs, « avec lesquels, entrainé par l'exemple,
« M. Grenot riait lui-même de bon cour, sans comprendre
« un traitre mot aux belles choses qu'il entendait débiter à
« propos du Pen-maro. »
Le groupe S, d'une longueur de 14 à 15 mètres, est com-
posé d'une série de petites sépultures rapprochées, ressem-
blant parfois à des Kist-Vean. Une seule chambre, contre la
maison d'habitation, est recouverte de sa table et sert de
soue à pores. Sur la pente du mamelon, vers la mer, se re-
marquent quelques sépultures isolées, et une ou deux pierres
à plat, paraissant être des tables de dolmens.

-
- 112 -
Tels sont les monuments que l'on rencontre, en parcourant
la lande, de Poulhan an Soch..
Les clôtures. - En revenant du Soch, vers Poulhan. le
long des clôtures qui bordent les défrichements, on trouve :
1° En face du Soc'lı, à 100 mètres de distance, les Carnou-
Bras, grande galerie détruite, dont les pierres et quelques-
uns des dolmens sont englobés dans les murs des fossés ;
2º Les Carnou-Bian, à 100 mètres S.-S.-L. des précédents :
on y voit deux buttes
3° Le Créoc, en face de Poulgangnou. Quelques dépres-
sions du sol el deux pelites buttes. ou Torgen, paraissent
des traces d'habitations.
III. — Détermination des mégalithes.
M. de Fréminville considère le principal monument du
Soch comme un sanctuaire druidique.
Les riverains de Poulhan disent que toute cette station
était un village de Corrils. Un jour les Corrigans enlevèrent
• un enfant d'un village voisin, du Drégan, et lui substituèrent.
dans son berceau, un de leurs pelits nains. La substitution
ne fut pas remarquée. Ces enfants grandirent. Les Corrigans
s'étonnaient de voir le leur prendre de la taille. Ceux du
Drégan, plus étonnés encore de ce que l'enfant qu'ils élevaient
se retirait toujours, comme par instinct, lorsqu'il était laissé
seul, au village des Corriks. Cependant, avec l'age, il finit
par perdre cette habitude.
Pour M. Grenot, ces monuments sont « une suite de
« chambres sépulcrales indépendantes, construites au fur et
« et à mesure des besoins à côté de celles dejà existantes,
« auxquelles on adossait les nouvelles après avoir détourné
« pour un instant une partie de la terre du tumulus qui les
« recouvrait. »
Ces sépultures sont de différentes sortes :
1° Galeries simples :

- 113 -
2º Galeries adjacentes :
3° Tumuli avec chambre unique ;
4° Tumuli avec galerie :
5° Kist-Vean :
6° Coffret, diminutif des Kist-Vean.
L'incinération était le rite usité de ces sépultures. Cepen
dant on y constate aussi l'inhumation directe : dans le groupe
midi du Soch, d'après la notice de M. Grenot, et à Ménez-
Corret, oi, racontent les habitants de Poulhan, s'est trouvé,
sous un dolmen, un squelette replié sur lui-même.
Ils est probable que les sépultures appartiennent à diffé-
rentes époques.
Cependant, des fouilles de M. Grenot, ressortent ces
caractères :
Que certaines chambres avaient un dallage ;
Qu'elles avaient contenu un revêtement en bois ;
Que les décorations des vases sont circulaires et en relief :
Qu'il y a trouvé des ornements métalliques, 8 pièces.
Ces traits suflisent, malgré les 2,500 silex (1) recueillis
par M. Grenot dans les sépultures mêmes, pour rattacher
principalement à l'âge du bronze les mégalithes du Soch et
de Poulhan.
H. LE CARGUET.
Audierne, 23 avril 1890.
NOTA. - Les monuments du Soc'lı et de Poulhan ont été
fait à la Société académique de Brest.
Le music de Kernuz possède toute la collection des objets
recueillis par M. Grenot.
tumulus
Vers 1882, M. du Châtellier a lui-même exploré un
de Kergangnou.
Le musée de Quimper ne possède que deux objets de cette
station : la hache n° 20 de la vitrine C, trouvée en 1884 à Ménez-
Gorred et le couteau en silex, n° 26 (étiquette clamois) de la
vitrine B, provenant du Loc'lı.
(1) Lettre inédite de M. Grenot, du 20 juin 1871, à l'un de ses travail-
leurs du Cap-Sizun.

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