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Les sépultures préhistoriques de Keroullou (Esquibien)

Hyacinthe Le Carguet · Archéologie · Esquibien

Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1888, pages 331 à 334. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.

Daté du 1888. Ajouté le 4 septembre 2026, modifié le 4 septembre 2026, par Loic.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France · https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2081934

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- 331 -
XXII.
LES SEPULTURES PRÉHISTORIQUES
DE KEROULLOU, EN ESQUIBIEN.
Le Cap-Sizun, dans toute son étendue, de la rivière d'Au-
dierne à l'exırémité de la pointe du Raz, sur toutes les pointes,
oi la pêche pouvait suffire aux besoins de la vie, semble
avoir été occupé par une nombreuse population néolithique.
Chaque jour, la culture y fait découvrir des stations et des
monuments de cette époque. Mais les labours, qui occasionnent
les découvertes, les font aussitôt anéantir. Que de documents
sont ainsi perdus pour l'étude des peuples prébistoriques !
Une des occupations les plus importantes se trouve à la
pointe de Lervily, qui borne, à l'ouest, la baie d'Audierne. La
se voyaient, il n'y a pas encore un demi-siècle, le gaigal de
Bec-ar-Radennec, le peulvan de Créach, haut de 7 mètres,
et les deux dolmens de Keriapoc, à Porspéré, dont les tables,
malgré leurs dimensions énormes de 4 mètres de côté, ser-
vaient, d'après les légendes, aux Korriquets, à jouer aux palets,
par le travers de la baie, sur les dolmens et les menhirs du
Soc'h, en Plouhinec.
Mais, sans contredit, le monument le plus important de
Lervily était le cimetière de Keroullou, malheureusement
détruit, il y a vingt-cinq ou trente ans. Cependant les souve-
nirs des personnes qui en ont fait la démolition et les vestiges
que j'ai recuillis sur place m'ont permis de le caractériser et
d'en douner une description assez précise.
Voici le résultat de mes recherches :
Ce cimetière, appelé les « Karniguellou », occupait le point
le plus pittoresque de tout le Cap-Sizun. Placé sur une colline
élevée de 50 mètres, entre la baie d'Audierne, à l'est, et l'anse
du Cabestan, à l'ouest, il dominait la mer, de la pointe de

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Penmarch à celle du Raz. De là la vue s'étend partout sur
l'Océan et l'on y est frappé du contraste que forment les eaux,
relativement calmes et abritées. de la baie d'Audierne, avec les
remous et les courants du Raz-de-Sein.
Lors de sa destruction, ce cimetière se composait de deux
tumuli, dont l'on, t' du plan, avait environ 5 mètres de
diamètre et était englobé dans la clôture d'un champ.
L'autre T, large de 25 à 30 mètres, avait été entaillé au
nord, et se trouvait, en parlie, sous culture. La ligne angu-
leuse du plan indique le fossé qui le traversait. Ce tertre
avait été nivelé et ne présentait plus que 2m50 environ de
hauteur. A son sommet, quatre pierres debout, orientées aux
quatre points carrinaux, mesurant 1m95 de hauteur et ressor-
tant de la butte d'environ Om50, formaient un carré de 4 mètres
de côté. Entre ces pierres, mais entièrement recouverte de
terre, se trouvait une table renversée, mesurant 2 mètres. Ces
pierres indiquaient-elles une galerie démolie? Je n'ai pu le
déterminer.
Tel était l'aspect extérieur du monument.
Voici ses dispositions intérieures :
Les deux tertres étaient faits de pierrailles recouvrant des
terres fines rapportées.
Au centre T de la grande butte, se trouvait un kiste fait de
quatre pierres et recouvert d'une dalle qui débordait le coffre
d'environ 0m15 de chaque côté. Ses dimensions mesuraient
1m50 sur Om85, et Om80 de profondeur. La dalle qui formait
l'extrémité sud du cercueil pouvait s'enlever, mais elle s'adap-
tait hermétiquement aux autres parois, par des raînures. l|
. contenait un squelette de forte taille, reposant sur un lit de
sable, la tête vers l'ouest, dans le décubitus latéral droit, avec
les membres pelviens repliés, faute d'espace. La lète étair
coiffée d'une espèce de calotte brune, qui est tombée en pous-
sière au premier contact. Pareil fait a été remarqué dans une
autre sépulture de Lervily ouverte en 1882,

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A peu de distance de cette sépulture, vers l'ouest, se trouvait
un autre cercueil, plus petit, renfermant dix ou douze crânes
et des ossements, rangés sur une couche de sable.
Le tumulus renfermait encore plusieurs autres sépultures
ayant les mêmes caractères.
Tous ces kistes étaient orientés N.-O. S.-E. et ne contenaient
pas de terre. Ils étaient formés de quatre pierres, posées, de
champ, sur le sol même, et étançonnées par des cailloux.
Autour du grand tumulus, et rangés en cercle, se trouvaient
plus de quatre-vingts coffrets, parfois contigus, parfois situés
à des distances inégales, mais ne dépassant pas 1 mètre. Au
contraire des cercueils du tumulus, ils étaient enfoncés en
lerre de 0'25, mais, conune eux, ils étaient formés de quatre
pierres et recouverts d'une dalle. Les pierres des extrémités
étaient
par frottement ; quelyues-unes
avaient été polies
creusées en forme de chevet, comme dans la sépulture de
Roscriben, à Audierne. Les coffrets de l'est et du nord étaient
les plus grands et mesuraient environ Omg), sur ()m35. Ceux
de l'ouest étaient de moindres dimensions. Le plan reproduit
le plus petit, qui existe encore, et montre la pose oblique des
deux extrémités.
Toutes ces sépultures étaient orientées N.-O. et S.-E. Elles
contenaient surtout des ossements d'enfants déposés sur un
lit de sable et avaient été comblées par une terre fine et noire.
Une seule sépulture, indiquée au plan par la lettre V, élait
vide. Au fond était disposée une couche de sable sur laquelle
se trouvaient trois galets. Celle sépulture était faite avec plus
de soin que les autres et semblait préparée pour une prochaine

inhumation.
Les clôtures des champs environnants recouvraient aussi
des coffrets semblables qui sont indiqués au plan par la lettre S.
Les ossements ont tté recueillis par feu M. Stanguennec,
recteur d'Esquibien, et déposés dans le cimetière du bourg.

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Voici
maintenant la liste des objets que j'ai trouvés aux
Karniguellou :
1° Plus de cent dalles et supports ayant fait partie des kistes
et dolmens et qui m'ont servi à déterminer les dimensions des
sépultures ;
2º Des galets brisés et des pierres brûlées ;
3° Fragment de hache en diorite (n° 1 du plan), en forme
de bourrelet aplati, présentant en X Y une coupe elliptique
dont les axes sont 0m040 et Om065 ;
4º Hache entière en diorite (n° 2) dont les axes de la coupe
mesurent 0m050 et Om075 ;
5º Fragment de hache en diorite (n° 3) à bords fortement
équarris ;
6° Pointe de silex triangulaire, retouchée sur une seule face ;
l'autre face faite par le plan d'éclatement; la base amincie et
quelque peu évidée;
7º Fragment de vase sans rebord, orné d'impressions au
doigt, au pourtour de l'ouverture ;
8º Fragment de meule (M), creusée de Om05 à son centre par
le mouvement de va-et-vient, en ligne droite de la molette ;
9º Meule (P) usée sur toute sa surface et presque plane.
Tous ces objets appartiennent à la période néolithique. Mais
bien que l'on m'ait affirmé l'absence de métal dans le monu-
ment, suffisent-ils pour raltacher entièrement, à celte époque,
le cimetière des Karniguellou avec ses nombreuses sépultures ?
Je ne le pense pas, car la forme des kistes et l'inhumation du
mort habillé rappellent l'âge de bronze.
Une légende des plus intéressantes que j'ai recueillie sur le
monument même, en rappelant le serment des frères d'armes,
des Soldures, le rattacherait encore à une époque plus récente.
Voici le résumé de cette légende: " Quand le maître mourait,
« on tuait le serviteur pour être son consort dans l'autre
« monde. »
LE CARGUET.
Audierne, le 22 Novembre 1888.

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