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La légende de la sirène du Cap-Sizun

Hyacinthe Le Carguet · Légendes

Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1888, pages 81 à 82. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.

Daté du 1888. Ajouté le 4 septembre 2026, modifié le 4 septembre 2026, par Loic.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France · https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2081934

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- 81 -
LA LÉGENDE DE LA SIRÈNE DU CAP-SIZUN.
--
Dans le Cap-Sizun, on croit à l'existence des Sirènes. Sous
Saint-They, en Cléden, à l'extrême pointe du Van, existe
même un îlot du nom de « Mary-Morgant ». C'est un rocher
noirâtre, dont la tête, ceinte d'une couronne desséchée de
capitules d'armérias, surplombe les flots, d'une hauteur de 30
mètres, et dont la base est entourée d'une double ceinture de
laminaires et d'anatifes. Que cette demeure de la fée du Cap .
contraste avec celle de la « Morgen de l'Insula pomorum »
dont parle Geoffrois de Montmouth, au XIIe siècle !
Mais la pauvreté de leur demeure n'empêche pas les Sirènes
de visiter quelquefois la Baie des Trépassés. Depuis quatre
ans, elles y sont venues deux fois. La derniare fois, l'une
d'elles y est restée plusieurs jours. Voici la description qui
m'en a été faite par un pêcheur :
« Du haut des falaises de Kerbuskulien, on la voyait s'é-
• battre dans la mer, paraitre, disparaître et s'approcher des
« rochers; mais elle ne quittait pas son élément. Sa figure
« était celle d'une belle jeune fille. Elle laissait flotter sur son
• dos sa longue chevelure blonde (eur pennad bras bleo
a melen). Ses cheveux la gênaient pour nager; alors elle
• sortait de l'eau ses bras terminés par des nageoires, et les
• arrangeait. De temps en temps, elle émettait un sifflement,
• plutôt qu'un chant; mais sa voix était douce. A cause de
a l'éloignement, on ne pouvait comprendre son langage.
• On la vit ainsi pendant deux jours, puis elle disparut vers
« la « Basse-Jaune », après avoir longé les rochers, de la
« pointe de Brézellec à celle du Van.
• Les Sirènes vivent dans les pays chauds et y viennent
« souvent chanter autour des navires. Que la navigation doit
« être belle, dans leurs parages ! »
BULLETIN ARCHÉOL. DU FINISTÈRE: — TOME XV. (Némoires). 6

- 82 -
Voilà la légende qui m'a été racontée, samedi dernier, par
un habitant de Cléden-Cap-Sizun.
Voici le fait qui lui a donné naissance.
Il y a deux ans, une bouée surmontée d'un signal de brume
avait rompu sa chaine et flottait, en épave, dans le Raz-de-
Sein. Drossée par le courant, elle dût entrer dans la baie de
Douarnenez et être prise par le retour du flot, qui se fait dans
ces parages, à trois heures de montée. La conque du signal de
brume, fonctionnant par intervalle, était la voix de la Sirène,
et les fucus attachés à l'épave représentaient sa chevelure.
Cette explication n'a pas satisfait mon interlocuteur. Lui et
beancoup d'autres croiront encore longtemps, dans le Cap, à
l'apparition de la Sirène.
El c'est ainsi que se forment, souvent, les légendes. Si tout
ceci ne démontre pas l'existence réelle des Sirènes, il prouve
du moins qu'on y croit, à la pointe du Raz-de-Sein et dans
tout le Cap-Sizun.
LE CARGUET.
Aulierne, le 28 Mars 1888.
V.
UN SCEAU
DE L'ORDRE HOSPITALIER DE SAINT-ANTOINE.
Avant de nous occuper du sceau que nous présentons à
l'examen de notre Société, nous croyons intéressant de donner
quelques renseignements sur l'origine de l'Ordre hospitalier de
Saint-Antoine, sous la règle de Saint-Augustin.
Josselin ou Gozzelin, un seigneur du Dauphiné, en revenant
d'un pélerinage, apporta de Constantinople les reliques de

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