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Exploration d’une chambre souterraine à Pont-Croix

Abbé Jean-Marie Abgrall · Archéologie · Pont Croix

Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1884, pages 44 à 49. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.

Daté du 1884. Ajouté le 4 septembre 2026, modifié le 4 septembre 2026, par Loic.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France · https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2075844

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- 44 —
N° !!.
EXPLORATION
D'UNE CHAMBRE SOUTERRAINE, A PONT-CROIX (1)
Par M. l'Abbé ABGRALL.
Cette chambre est située à 300 mètres environ au nord de
l'église de Pont-Croix, exactement dans l'axe du clocher, a
40 mètres de l'angle sud-ouest du nouveau cimetière, dans
un champ appartenant à M. Jean-Yves Trévidic, et portant
le n° 33, section B du plan cadastral, et la dénomination de
Pare-al-Leur, c'est-à-dire Champ de l'Aire.
L'existence de ce monument, que personne ne soupçon-
nait, fut révélée par un éboulement qui se produisit sous le
passage d'une charrette, le mercredi 28 novembre 1883. Les
enfants informés de l'apparition de ce trou, agrandirent
l'orifice, et, par un passage très-étroit, descendant jusqu'à
trois mètres de profondeur dans la direction nord-est; ils arri-
vèrent dans une chambre circulaire creusée dans le tuf ou
gneiss désagrégé, mesurant 1 m. 85 c. de diamètre et re-
couverte par un plafond en calotte ou en voûte hémisphé-
rique, creusée également dans le tut.
Informé de cette découverte, j'allai en reconnaissance; et
le lundi suivant, 3 décembre, muni de l'autorisation du
propriétaire, je commençai les fouilles. Au bout de deux
jours, d'autres uccupations plus pressantes m'obligérent à
les interrompre pendant un mois et je ne pus les reprendre
• que le 4 janvier. Aujourd'hui 7 janvier, elles sout terminées,
et, pour mieux en rendre compte, j'ai dressé un plan et une
coupe du monument tel qu'il se présente après l'exploration.
Ce souterrain, une fois dégagé, se compose d'abord d'une
entrée A où s'est produit l'éboulement, d'un couloir B, d'une
porte étroite et basse C, d'une chambre circulaire et entiè-
(1) Mémoire lu à la séance du 26 janvier 1884. V. 1re partie, p. 15.

- 45 -
rement couverte D, d'une seconde issue E un peu plus
haute et plus large, et enfin d'un puits carré F dont les
parois montent verticalement. Dans tout cet ensemble, il
n'y a pas une seule trace de maçonnerie, tout est creusé
dans le sol du champ. Lors de la découverte, l'entrée A et
' le passage B étaient obstrués de terres rapportées; une
couche de 30 ou 40 centimètres d'épaisseur couvrait aussi le
sol de la chambre; quant au puits F, il en était compléte- •
ment rempli. (Voir le PLAN qui accompagnait par erreur la
2e lioraison.)
Quelques coups de bêche donnés dans ces terres m'y
firent reconnaitre des débris de poterie, des traces de cen-
dres et de charbon. Je résolus alors de les enlever entière-
ment, et je commençai par le puits F.
• A 70 centimètres de profondeur, on rencontra un frag-
ment de vase en terre samienne noire, puis à 10 ou 15 cen-
timètres plus bas, une large couche de cendres, dé charbon
et de terre brulée, reposant sur un lit de pierres noircies et
calcinées. Descendant toujours nous trouvions éparpillés
sans ordre, des morceaux de poterie et de tuiles, des cail-
loux ayant passé au feu, de petits dépôts de cendres; à
2 mètres de profondeur, au-dessus de l'issue E, un second.
foyer assez considérable, puis toujours jusqu'au fond la
mêmé répétition de poteries fragmentées, trois ou quatre
morceaux d'amphore.
•Le déblaiement de l'entrée A et du couloir B donna le
mème résultat: débris de vases, cendres, charbons. A
1 m. 50 c. de profondeur, un morceau de mâchoire de cheval
dont une autre partie se trouva à deux mètres plus loin et
à un niveau plus bas; les dents au nombre de six ou sept
étaient parfaitement conservées. Ce sont les seuls osse-
ments qu'on ait pu rencontrer
dans cette fouille. Mème
parmi les cendres qu'on aurait pu croire provenir d'une in-
cinération de cadavre, je n'ai pu en trouver la moindre

- 46 —
trace. La couche de terre rapportée qui couvrait le sol de la
chambre circulaire sur une épaisseur d'environ 40 centi-
mètres, et dans laquelle j'espérais trouver quelque vase
intact, n'a fourni que trois ou quatre petits fragments de
poterie. Immédiatement sur le tuf qui formait le sol naturel,
se trouvait une couche très-légère de terre fine, ou plutôt de
cendre selon toute apparence, et d'après le dire même des
fouilleurs que j'employais.
Cette chambre était-elle réellement une sépulture, et les
cendres déposées sur le sol étaient-elles les cendres du .
bücher sur lequel avait été incinéré le défunt? - Nous
reviendrons sur cette question; mais auparavant ilimporte,
je crois, de faire une énumération aussi exacte que possible
de tous les objets recueillis dans la fouille :
1° Cendres et charbons, à différentes hauteurs.
2º Pierres brûlées ou ayant passé au feu, dont quelques frag-
'ments ont même subi un commencement de vitrification.
3º Une dizaine de galets, soit intacts, soit fragmentés :
deux d'entre eux proviennent de la côte de Plouhinec.
4° Plusieurs pierres roulées provenant du vallon, de
Pont-Croix.
5º Un morceau de grés quartzeux, oblong, usé à plat sur
une de ses faces et parfaitement poli comme une pierre à
rasoir.
6º Un percuteur en grés, long de 13 centimètres, large de
4 centimètres et demi et épais de 2 centimètres, portant des
traces de percussion sur les deux bouts et sur les deux
côtés, et offrant beaucoup d'analogie avec les instruments
de même nature qu'on trouve dans les sépultures de
• l'époque du bronze.
yo Un rognon de silex noir.
8º Un morceau de fer tout oxydé et dont on ne peut plus
déterminer la forme ancienne.
gº Deux ou trois quartiers de granit d'asseż belle dimen-

- 47 -
șion dont l'un est taillé et poli sur deux faces, et l'autre
sur une •seulement ; ce dernier, poli un peu en creux, et
fragmenté sur leş bords, semblerait avoir été une meule à
concasser le blé
• 10° Un morceau de molette.
•11° Une mâchoire de cheval.
12° Deux morceaux de tuiles à rebord.
13° Cinq ou six morceaux de tuiles plates, sans rebord,
et de différentes épaisseurs.
11° Un petit disque percé ou fusaïole, formé d'un frag-
ment de vase en terre rougeâtre.
15° Le fond d'une amphore, trois morceaux de la panse,
et l'amorce d'une anse du même vase.
• 16° Une anse en terre rouge, de 14 centimètres, de, lon-
gueur, 6 centimètres de largeur et 2 centimètres et demi
d'épaisseur, portant sur sa surface extérieure une canne-
lure avec ornementation feuillagée faite à l'ébauchoir.
17° Environ 160 fragments de poterie appartenant pres-
que tous à des vases différents.
Deux ou trois seulement sont faits à la main, sans le
secours du tour, tous les autres sont de facture romaine.
Six ou sept appartiennent à des vases samiens, deux sont
ornementés. La plupart des autres sont en terre grise,
quelques-uns ont une couverte très fine et lustrée; plu-
sieurs portent, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, des tra-
ces de fumée ou de suie.
Si on compare la disposition et le mobilier de ce monument
avec la forme et le mobilier de celui de Rugéré, en Plouvorn,
(Voir la relation faite par M. Amaury de Kerdrel, tome Ior

du Bulletin de la Société archéologique du Finistère,
séance du 14 février 1874, page 111), on sera frappé des
rapports qui existent entre ces chambres et galeries sou-
terraines, situées à si
grandes distances l'une de l'autre.
M. de Kerdrel arrive à cette conclusion que le monument

- 48 :
qu'il a exploré est une sépulture; M. Le Men, il me semble,
affirme la même chose à propos du souterrain de la Tourelle,
sur le mont Frugy, à Quimper.
A la première inspection de la chambre souterraine qui
nous occupe, j'avais pensé que ce pouvait être un ancien
refuge; mais après l'exploration, il me semble qu'il ne reste
plus de doute sur sa destination et que c'est réellement une
• chambre sépulcrale. Singulière sépulture, dira-t-on ; rites
bien extraordinaires, qui consistent à fermer la tombe du
défunt au moyen de terres rapportées en y jetant pêle-
mêle des débris de vases cassés. Et cependant, si l'on y
réfléchit bien, cette sépulture de l'époque gallo-romaine "
• n'est qu'une continuation et une dérivation des sépultures
gauloises, des dolmens et des tumulus. Les terres qui rem-
plissent les chambres dolméniques sont, le plus souvent,
mélées de fragments de vases et de débris de cuisine, restes
renferme
d'un repas funéraire; l'enveloppe des tumulus
également des poteries fragmentées et de petits dépôts de
cendres et de charbon. Ici, dans les terres qui ont servi à
fermer la chambre sépulcrale et à la préserver de toute
violation, on retrouve les mèmes usages, les mémes rites.
Du reste, j'ai pu le constater dans une autre sépulture
de la même époque, sépulture gallo-romaine aussi, quoique
faite dans un dolmen, et ne renfermant que des débris
romains, vases, statuette de Vénus Anadyomène, monnaie
de Tétricus, et cela à côté d'autres chambres et de galeries
absolument gauloises.
Pour terminer, il est bon de signaler les chambres sou-
terraines connues dans le département et'offrant des rap- •
ports avec celle de Pont-Croix :
1º Ferme de Rugéré, près de Kerusoret, en Plouvorn.
2º Souterrain de la Tourelle, sur le mont Frugy.
3º Lande de Dinéault, à 200 mètres du village de Keré-
dan

. - 49 -
4° A Peumerit, dans le bois de Penguilly, galerie
éboulée.
5° A Landivisiau, souterrain avec tuiles et ossements près
de Kerlouët.
6° A Mahalon, souterrain, substructions et tuiles, au nord
de Lésivy.
7º A Trégourez, on signale aussi de longues galeries sou-
terraines, connues sous le nom de Toul-ar-C'horriket ou
Trou des Nains.
Il est probable que ces sortes de monuments sont nom-
breux, mais plusieurs resteront inconnus. Une exploration
sérieuse de ceux qui ne le sont pas pourrait donner lieu à
des découvertes intéressantes et instructives.
ABGRALL,
Professeur au Petit-Séminaire de Pont-Croix.
4
FINISTÈRE. — Tome XI. (Mémoires).
BOLLeTIN ARCHÉOL. DU

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