G. Fischer · Archéologie
Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1883, pages 33 à 51. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France · https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2075789
Lire la transcription
- 33 —
NOTES ARCHÉOLOGIQUES SUR LE CAP-SIZUN AVEC INDICA-
TION DES ENDROITS A EXPLORER, PAR M. LE CARGUET,
PERCEPTEUR DU CANTON D'AUDIERNE.
Commune de Goulien. - 1º Pare-Douar-dû, à 100 mètres
nord-ouest de Kerguerriec, substructions; fusaiolle en os
et poteries brunes ;
2º An Dale'h, nom donné par une ancienne déclaration
au camp signalé par M. Flagelle, au bourg. Contre le re-
tranchement nord, à l'intérieur, le propriétaire a trouvé de
grandes pierres et des poteries blanches.
Commune de Cléden-Cap-Sizun. — 1º A Parc-Cos, à l'ouest
de Penharn, dolmen à demi renversé ;
2º Chapelle détruite de saint Guénolé, à Lanzulien, ayant,
dit-on , appartenu aux Templiers (Manach'ed-R.ú). La
fontaine du saint existe encore ;
3º Au mème lieu, Pare-an-Id-dû, champ ainsi appelé,
non parce que l'on y semait du blé noir ou sarrazin, mais
parce que le blé qu'il produisait, maudit, à cause des crimes
des Templiers, devenait noir, roussi ;
4º Oppidum de Troguer, à la pointe de Saint-They. -
Le Moguer-Greghi, muraille en petit appareil, démontre
l'occupation romaine. Les clôtures des champs, faites avec
les mêmes matériaux, leurs parallélogrammes réguliers,
occupant une vaste étendue, les mouvements des terres,
la position
même du camp, ou aboutissent deux voies
romaines, indiquent l'importance de cet établissement.
Objets trouvés au pied du Moguer-Greghi : tuiles à
rebords ; poteries fines provenant de plusieurs vases diffé-
rents et mèlées à une grande quantité de valves d'huitres
une fibule en or, offerte a MI. l'abbé Yven, de Plogoll, e
disparue; deux statuettes en bronze, dont l'une se trouve
BULLETIN DE
LA SOC, ARCHÉOL. DU FINISTÈRE. — TOME Ý.
- 31 —
au musée de Cluny, et l'autro entre les mains de M. l'abbé
Marchant, à Cléden. Récemment, on en a trouvé une autre,
brisée, qui a été donnée à M. Sauvé (1) ;
5º Dans la chapelle de Saint-They, statue en albatre avec
bas-reliets représentant des personnages du moyen-age,
trouvée dans les filets d'un pècheur, au passage du Raz. On
en a fait récemment un saint Sébastien.
Commune de Plogoff. - 1° A Pare-an-Heiek, entre Ker-
poterie
herneau et l'étang des Trépassés, débris de vase en
rouge, s'effritant.
2º Petite motte détruitc, à 100 mètres au sud du séma-
phore de la pointe du Raz;
3º Trois villages détruits, entre Kerherneau et Feunteun-
Aot : kermeur, au sud-est du moulin de. Kerherneau et à
50 mètres du chemin de grande communication; Cotiez
Coõ-Tiez? au sud-ouest de Pendreff, au bord de la mer;
Kereign, à 200 mètres au nord-ouest de Cotiez.
NoTA. — La plupart des tumulus signalés par M. Fla-
gelle, à Plogoff, paraissent intacts.
Commune d'Esquibien. - 1º A Trèaz-Goarem, voûte en
cintre surbaissé et petit appareil allongé, abritant la fon-
taine de saint Onneau, ensablée de près de 4 mètres et de
construction plus ancienne que cette fontaine ;
2º Voie et occupation romaines, dans la partie nord du
Trèaz-Goarem, entre le Kannaële et le moulin de Custrein,
visibles seulement après qu'une tempête en a déblayé les
sables. - Poterie samienne (?), avec le cachet du faber
d'amphore; poterie onc-
CINVSMI• M) ; tenon
tueuse grisâtre et monnaie du moyen-âge ;
3° Au Cannaëk, carrière du Tréaz-Goarem, sépultures de
l'époque mégalithique, en maçonnerie; cercueils en pier-
(1) Premier commis à la direction des douanes, à Brest.
- 35 -
res el squelettes, occupant un mème espace et formant une
suite de tertres. L'un de ces tumulus, de 4 mètres, exploré
le 7 mars 1882, a donné, pour la partic sud-ouest: osse-
ments; poteries sans caractère; pierres entaillées pour
filets; monnaie du moyen-age; tige cannelée en fer ; pierres
brûlées; galets brisés; cendres; percuteurs; molettes; un
fragment de bronze; un squelette d'adulte, couché sur le
flanc droit, direction nord-ouest-sud-est, la tête à l'ouest.
Ces objets se trouvaient dans la mème couche de sable,
mélée de terre.
Dans la partie nord-est, à un niveau inférieur, se trouvait
une tombelle fermée de quatre pierres taillées, dont l'al-
sence du couvercle indiquait la violation.
Direction est-ouest: Longueur intérieure. 1 m. 12 c.
60
Largeur, bout ouest . »
-
bout est.
50
Profondeur. . . . . .
65
Cette sépulture contenait pèle-mèle : des cendres, des
galets fragmentés, des pierres brulées, des poteries onc-
tueuses, etc.
(Dans une lande, à 500 mètres sud-ouest du bourg de
trouve plusieurs cercueils semblables, d
Plouhinec, on
fleur du sol).
A 60 mètres au sud du précédent, les carriers ont décou-
vert et détruit, en mai 1882, un tombeau en grossière
maçonnerie, renfermant de la terre noire avec traces de
phosphates, des ossements, une meule brisée, une molette,
des pierres brisées, des galets fragmentés, une pierre plate,
ayant 0m. 25 de large, ayant au milieu un sillon creusé par
usure, comme pour l'affutage des celto, une hache en
diorite.
Les fouilles commencées par M. Grenot, au Kannaëk, il
à
serait bien important de les continuer, vu les objets mis
nu tous les jours et perdus par les carriers ;
— 36 —_м
4º Au Sugensou, substructions d'un chateau dominant le
Goyen. La légende. y cache une barrique d'or et deux
barriques d'argent. Dans un fossé avoisinant, l'on a trouvé
un grand vase rempli de feuilles de chène et recouvert
d'une pierre.
Commune de Pont-Croix. — A Kervénennee, à 300 mètres
au nord-ouest de Sugensou, camp avec douve de 2 mètres,
traversé par l'ancienne route d'Audierne. Nombreux débris
de briques, poteries, tuiles à rebords, verres irisés, etc.,
couvrant le so!. Des substructions entravent les labours
dans la partie ouest. C'est un établissement romain consi-
dérable, attribué, par les riverains, aux Templiers et,
d'après la tradition, détruit par le feu. Deux des nombreuses
parcelles qu'il occupe s'appellent Toul-Tan (Trou de feu)
(section A, nos 175 et 176) et peuvent ainsi justifier cette
tradition.
Dans un champ voisin, trois gros gallets disposés en
triangle.
Commune d'Audierne. — 1º Toul-Korriqued, sur la mon-
tagne de Roz-Criben, à 150 mètres au nord du moulin qui
domine la ville et le port, tumulus de 15 à 20 mètres de
diamètre, rasé, et contenant, dans la partie sud, une allée
couverte, composée de 4 grands dolmens, nord-est-sud-
ouest, dont 3 tables de 2 m. 10 à 3 mètres existent. Les
soutiens de ces dolmens, ayant de 1 m. 50 à 1 m. 70 de
hauteur, sont rejointoyés par une maçonnerie. Dans la par-
, tie nord du tumulus se trouvent deux lignes de maçonnerie.
parallèles à la galerie, soutenant, au bout ouest, une table
de 3 m. 10 et se terminant, à l'est, par un tertre. Entre ce
tertre et le premier dolmen de la galerie, l'on voit un peul-
ven brisé.
• L'exploration de l'allée couverte faite, par M. du Cha-
tellier, en mai 1882, a donné quelques cristaux de quartz,
- 37 —
des molettes brisées, deux meules dont l'une amincie à
l'usage et un vase ornementé à l'angle.
Le dolmen isolé contenait quelques poteries onctueuses,
un fragment de meule, un percuteur et une grande quantité
de petits cailloux roulés, bruns, de 0 m. 02 à 0 m. 05. La
couche incinérée de ce dolmen semble se continuer jus-
qu'au tertre non exploré.
A 100 mètres sud-est, les défrichements ont fait décou-
vrir des cercueils en pierres, avec ossements et poteries;
2º Au Môle, ruines romaines, recouvertes par les déblais
de l'usine de MM. Louarn et Herpe. Elles ont été plusieurs
fois signalées, principalement par M. Le Men.
3º A Kergadec, village situé à 400 mètres il l'ouest du
môle, sépulture en maçonneric de 1 m. 80 sur 1 m. 20, ren-
fermant des ossements d'hommes et d'animaux, des poteries
rouges onctueuses, des percuteurs, des quartz blanes rou-
lés, des galets brisés ; la couche incinérée contenait des
charbons, des traces de fer et des écailles de poissons, en
un lit assez épais et une meule en granit taillé, quadran-
gulaire. Les quatre côtés de cette pierre présentaient, au
milieu, un sillon vertical et les arêtes, arrondies, étaient
rendues saillantes par des encoches. Les deux faces étaient
percées d'un trou rond, large de 0 m. 12 à 0 m. 15 et pro-
fond de 0 m. 06, pour recevoir la molette. Cette molette en
granit, de 0 m. 40 de longueur, s'y adaptait exactement.
A 8 mètres à l'est de cette sépulture, cuvette creusée
perpendiculairement dans le tuf et contenant de la terre
noire et des valves de patelles. Elle avait un diamètre
supérieur de 0 m. 60, inférieurement elle mesurait 0 m. 25
et sa profondeur était de 1 m. 10;
4º A 120 mètres nord-est de Kermabon, lec'h régulière-
ment taillé, trouvê en avril 1882, à la profondeur d'un fer
de bèche, au milieu d'un champ lahouré. Ce lec'h repré-
sente un tronc de pyramide octogonale de 1 m. 40) de hau-
- 38 --
téur, dont quatre faces latérales sont de dimensions moitié
moindres que les quatre autres et alternant avee elles. Le
polygone qui en forme la base présente les dimensions
suivantes:
0m. 20 c.
Les quatre petits cotés.
0
40
Les grands côtés. ...
0
Les diamètres . . . . .
73 et 0 m. 68.
Le polygone du sommet a pour diamètre 0 m. 40 et pour
cotés 0 m. 22 et 0 m. 11.
Ce monument était isolé, sans soubassement, et couché
dans la direction nord-est-sud-ouest.
En somme, toute cette région est curieuse à explorer et
la terre y doit recéler des trésors archéologiques d'une im-
portance réelle.
- 30 --
Réception d'un Sénéchal, en 1754.
« Vu par les gens tenants le siège prèsidial de Quimper
la requête prèsentée par Mr Hervé Le Coat, sieur de Ker-
véguen, avocat à la Cour, tendante par icelle à ce qu'il
plait au Siège voir y joint le mandat des états et offices de
sénéchal, alloué et lieutenant de la juridiction et chatol-
lenie de Daoulas, en date du dix-neuff de ce mois luy octroyé
par Louis-Marie-Bretagne-Dominique de Rohan-Chabot,
duc de Rohan, pair de France, seigneur de ladite jurisdic-
tion, et y ayant égard recevoir ledit Le Coat à faire infor-
mation de ses vie et mœurs, en conséquence le recevoir à
faire et exercer les fonctions de sénéchal, alloué, et lieute-
nant de la juridiction et chatellenie de Daoulas, confort
mément audit mandat, offrant de préter serment, ladite
requête signée Kervéguen Le Coat, avocat, et Le Bris,
procureur. Répondue le vingt-neuff du mois qu'on fasse
information de vie et mœurs, l'information faite en consé-
quence, le même jour, composée de trois témoins, ce soit
communiqué au procureur du Roy au Pied; vu aussi ledit
mandat signé : Louis M. B. D. de Rohan-Chabot, duc de
Rohan, et plus bas par Monseigneur signé Bolle, scellé du
sceau des armes dudit seigneur duc de Rohan, Et Sur le
tout les conclusions du procureur du Roy, de ce jour
meurement considéré,
LE: SIÈGE, après que ledit Le Coat de Kervéguen a été
interrogé en la Chambre du Conseil, par maitres Livec et
Legoazre, conseillers, l'a reçu et admis dans l'exercice de
l'office de sénéchal de la juridiction et chatellenie de
Daoulas, conformement à son mandat, ordonne qu'il se
présentera à l'audiance publique de ce jour pour prèter
serment en ladite qualité et que son mandat sera enregistré
au greffe, pour y avoir recours au besoin. Fait et arrété en
. - 40 -
la Chambre du Conseil, au rapport du Sénéchal et premier
Magistrat de Cornouaille, ce jour trante Mars mil sept cent
cinquante-quatre.
GUESDON
HERVIEU.
G. DE SILGUY,
Sénéchal.
Juge criminel.
LEGOAZRE.
Jean-François LEFORESTIER.
LE DALL.
G. LE LIVEC.
FROLLO.
DE LÉCLUSE.
A cette pièce sont jointes deux autres :
1º Une « information de bonne vie et mœurs, de catholi-
« cité et apostolicité et de capacité », faite par Gabriel de
Silguy, sénéchal au siège présidial de Quimper, et dans
laquelle ont été entendus trois témoins, qui sont : Louis
Caugant, prêtre, curé d'office de Saint-Julien ; maitre
Le Cocq, sieur de Maisonmeur, avocat au Parlement, et
Yves-Marie Royou, sieur de Kerliézec, avocat à la Cour.
2º La supplique du postulant, demandant à Messieurs les
juges présidiaux de Quimper de vouloir bien le recevoir à
faire et exercer les fonctions de sénéchal, alloué et lieu-
tenant de la juridiction et chatellenie de Daoulas, confor-
mément au mandat à lui décerné par le duc de Rohan-
Chabot.
Le procureur du Roy, Blanchard, conclut à la réception
du candidat et à l'enregistrement de son mandat au Greffe.
(Extrait des Archives du Finistère).
-
- 41. -
SÉANCE DU 17 FÉVRIER 1883
Présidence de M. le Vicomte HERSART DE LA VILLEMARQUÉ
MEMBRE DE L'INSTITUT
Assistaient à la réunion : MM. Fougeray, Vesco,
Le Maigre, Fischer, Faty, Serret, Malen, Bourassin,
Le Carguet, Maillot, Trévédy, Le Covec, Luzel, All-
dran et de Blois.
Depuis la dernière réunion, M. le Président a reçu
une lettre du Ministère de l'Instruction publique, qui
annonce la prochaine ouverture du congrès annuel de
la Sorbonne pour 1883 et invite chaque société savante
à lui faire connaître, sans retard, les noms des mem-
bres qui se proposent de venir à
• Paris prendre part
aux travaux du congrès.
Sont délégués : MM. Audran, Serret, Vesco et Har-
douin.
Hommage et envoi de divers ouvrages qui seront
deposés dans la bibliothèque de la Société :
Bulletin de la Société bretonne de geographie de Lorient;
Repertoire des Travaux historiques et Bulletin du
Comité des travaux historiques;
Journal des Savants;
Histoire des religions, publication du musée Guimet,
de Lyon.
Présentation et admission de nouveaux sociétaires:
MM. Auguste Chancerelle, à Douarnenez, par MM. Ser-
ret et de Blois ; Paul Bolloré, capitaine-commandant,
par MM. Faty et Alexandre Bolloré ; Le Jollec, maire
de Lothey, par MM. Malen et Luzel ; Quellenec, ingé-
4
BULLETIN DE LA SOC. ARCHÉOL, DU FINISTÈRE. — TOME X.
- 42 — C
nieur des ponts et chaussées, par MM. Vesco et Luzel ;
le vicomte Jégou du Laz, par MM. Trévédy et Fénoux ;
Emile De Lécluse, à Audierne, par MM. Trévédy et
Du Perray•
M. Le Maigre, trésorier, expose la situation finan-
cière de la Société, durant le dernier exercice, et annonce
avec une satisfaction unanimement partagée que l'ex-
cédant des recettes sur les dépenses laisse en caisse
un reliquat de 2,105 fr. 17 c.
• Mais pour arriver à ce chiffre, il a fallu porter en
recette un mandat de 500 francs délivré par le Minis-
tère de l'Instruction publique. Or, la commission du
musée ethnographique revendique cette somme qu'elle
regarde comme destinée à subvenir aux frais de la
galerie des costumes bretons.
Il est donné lecture de la lettre ministérielle, du 7 juil-
let 1882, à notre Président, portant textuellement:
« J'ai l'honneur de vous annoncer que je viens de pres-
« crire, au nom de la Société archéologique du Finis-
« tère, l'ordonnancement d'une somme de 500 francs,
« à titre d'encouragement pour ses travaux. »
Après cette lecture, les membres présents à cette
réunion votent à l'unanimité l'inscription de la somme
• de 500 francs au budget de la Société archéologique.
Une commission chargée du rapport sur les comptes
du Trésorier, et composée de MM. le major Faty, Malen
et Trévedy est d'ailleurs nommée; elle aura occasion
de revenir à la question en litige.
M. Le Carguet signale dans les environs d'Audierne
plusieurs vestiges d'établissements anciens remontant
probablement à la période gallo-romaine ou même an-
-43 -
térieure ; une exploration plus méthodique que celle
commencée jadis par M. Grenot mènerait probable-
ment à de curieuses découvertes. M. Vesco propose de
consacrer à ces fouilles et à d'autres encore les fonds
libres de la caisse de la Société. On décide que la
question sera examinée avec plus de maturité, à la
prochaine séance.
M. Audran s'est occupé du Catalogue du Musée.
Mlle Le Men, qui en a entrepris la rédaction, a presque
terminé son œuvre. Dans le courant du mois de mars,
le manuscrit sera livré à l'imprimeur. Il est peut-être
regrettable qu'au lieu de décrire les objets par vitrine,
Mile Le Men les ait disposés par époque. Ce mode de
classification, beaucoup plus savant, a l'inconvénient de
rendre les recherches difficiles dans le Musée et de
faire ainsi perdre aux visiteurs un temps souvent fort
limité.
M. Trévedy demande des nouvelles d'un Recueil de
fac-simile héliographiques de documents tirés des
Archives des départements, auquel le Conseil général
a souscrit pour le Musée, et qui ne s'y trouve pas ;
il serait désirable qu'il y rentrât, le plus tôt possible.
M. le Président, reprenant la suite de l'ordre du jour
de la séance, donne successivement la parole à
M. Trévédy pour achever la lecture de son mémoire
sur le fief de Pratanras,
Puis à M. Fischer, pour la lecture d'un travail intitulé
Recherches sur l'origine de certains caractères laissés
par une influence étrangère à Cap-Caval (Penmarc'h).
Ces deux mémoires seront imprimés au Bulletin de la
Société.
La séance est levée à 5 heures.
Le Secrétaire,
Vte DE BLOIS.
- 44 —
RECHERCHES SUR L'ORIGINE DE CARACTÈRES LAISSÉS PAR
UNE INFLUENCE ÉTRANGÈRE DANS LA RÉGION DU CAP-CAVAL
(PENMARC'H).
Tous les étrangers doués de quelque pénétration ou
tant soit peu observateurs, sont frappés de l'homogé-
néité conservée en Bretagne, dans certains milieux s'éten-
dant à plusieurs bourgs. On sait que ce n'est pas seule-
ment par le costume, relativement moderne, que ces divers
groupes se distinguent les uns des autres, mais plus encore
par la physionomie des individus : leur caractère physique,
la construction anatomique dominante dans des régions
très-déterminées, font naître la pensée que ces mêmes
individus semblent provenir d'agglomérations point ou peu
altérées par les mélanges. Ces caractères sont quelquefois
tellement tranchés, que l'on parait être en présence d'une
famille ou même d'une race qui se serait développée sur un
territoire limité, ou seulement groupée dans un intérêt
commun de sécurité, par des causes faciles encore à recon-
naitre, soit de position géographique ou autres, et sur des
limites duquel on trouve encore la trace des hostilités
souvent très violentes que l'on sait avoir existé entre les
habitants de notre territoire ayant une origine différente.
Il y a dans le Finistère plusieurs de ces agglomérations
qui méritent, à mes yeux, une attention et une étude spé-
ciales comme noyau ou influence étrangère. Je ne veux
m'occuper que d'une seule, ici, qui frappe particulière-
ment l'observateur par sa physionomie tranchée, (les
gens de la région de Penmarc'h), au point, que l'on peut
se demander, à première vue, si on n'est pas en présence
d'un fragment de race étrangère à l'Europe, qui ne serait
point venue par la voie de terre, comme ces migrations
primitives poussées les unes par les autres, mais par la voie
de mer, et s'y serait fixée. Toujours est-il, qu'après des
observations plus attentives de différents genres, les im-
- 45 -
pressions premières se confirment et prennent plus de con-
sistance. L'attention est presque toujours attirée par les
chosesde l'intérieur, dans le sens des études que l'on poursuit:
viennent ensuite les remarques psychologiques comparées
sur le caractère général et particulier, qui amènent alors
à rechercher des appuis historiques solides.
Je ne sais si je fais erreur; mais, d'après les savants les
plus compétents et leur réserve à cet égard, il semble que,
plus on avance dans les découvertes et l'étude des monu-
ments dits celtiques, moins on parait assuré de l'époque
où a commencé, en Bretagne comme ailleurs, cet état de
civilisation; mais on est bien près de savoir quand il a pris
fin, nos contrées étant attaquées, dans certaines parties, par
des colonies commerçantes, venues par mer, originaires
du bassin de la Mediterranée, Etrusques et Pelages (1),
Phéniciens et Carthaginois (2), et enfin la conquète et
l'occupation romaines.
Il est moins facile d'attribuer une date précise à l'arri-
vée de ces colons étrangers; cependant, on sait qu'il en
a été envoyé en Espagne et dans
la Celtique. Sans que
soit désignée l'époque précise où le sénat de Carthage
avait décidé l'envoi de 30,000 colons pour fonder des
comptoirs et des relations commerciales, il est naturel de
penser que ces derniers n'ont pu venir qu'antérieurement
à la fin des guerres puniques, par conséquent avant la
perte et la ruine des positions phéniciennes, dans la pé-
ninsule ibérique. Leurs traces sont nombreuses, en Es-
pagne, elles le sont moins en remontant l'Océan, mais en-
core paraissent-elles indiquées (3).
(1) Origines de l'histoire romaine (Michelet).
(2) Origines de l'histoire romaine (Michelet).
(3) Expedition d'Himilcon sur les cotes occidentales de l'Europe,
500 ans avant notre ère:
_ 46 —
En ne s'occupant que des colons carthaginois venus par
la voie de mer à une époque antérieure à notre ère, ils ont
dû se trouver en contact avec des peuples celtiques. Leur
intrusion n'ayant point eu un caractère de conquête militaire,
ils n'ont dû prendre que les positions que l'on a bien voulu
leur laisser, ou, appuyés par leurs vaisseaux, ils n'ont pris
pied, comme partout, que sur les rivages de la mer propres
au commerce. A ce point de vue, les résistances ne pou-
vaient pas 'être très-grandes à des groupes de colons qui
venaient apporter les instruments d'une civilisation plus
avancée, en échange des produits indigènes. On sait com-
bien le trafiquant est souple, lors de son apparition en pays
etranger.
Acceptés ou imposés, ils s'y seraient accommodés et déve-
loppés par l'industrie, la richesse et la ruse. La chúte de
leur patrie d'origine a pu être une des causes qui ne leur a
pas permis de s'étendre au-delà du cap, limité par la rivière
d'Audierne, l'Odet et la mer. Le Cap-Caval a pu ètre la po-
sition primitive de leur établissement maritime, à cause
du havre naturel, le port de Kérity, qui, aujourd'hui désa-
grégé, était défendu, à cette époque reculée, par une longue
bande de rochers contre les vents d'ouest. Ils y ont laissé des
traces qui attestent que cette région fut la mieux cultivée,jus-
qu'au IV° siècle, en Bretagne (1) ; ils ont même dù se déve-
lopper un peu vers l'intérieur, en apportant avec eux leurs
connaissances agricoles, acceptées par le vainqueur
même. Leur influence a pu durer plusieurs siècles, jus-
qu'à la conquête romaine. Il est vraisemblable que les
Romains, à leur arrivée au cap Caval, en se retrouvant
en présence d'un fragment d'une race qui n'avait cessé
(1) L'ouvrage d'un magistrat carthaginois, du nom de Magon, en
• Varius, Pline et agriculture, aurail été connu en tout ou en partie, par
autres auteurs anciens qui en font le plus grand éloge.
il etait conserve, longtemps encore après la chûte de Carthage, dans l'in-
- 47 -
d'ètre leur ennemie acharnée, pendant plus d'un siècle, se
soient livrés à la destruction de leur principale cité ou
station maritime, comme ils l'ont fait en Espagne.
M. Le Men, dans son mémoire sur les fouilles de Tronoën,
indépendamment d'un grand poste romain, a pu constater
le voisinage d'occupants stationnaires antérieurs, par des
objets trouvés et ayant appartenu à chacun des deux occu-
pants; un four a été découvert avec une fournée entière de
statuettes en terre blanche, de petite dimension, intention-
nellement toutes brisées, dit M. Le Mey, « ces sortes d'ex-
« voto, comme dit encore M. Le Men, représentant des
« déesses mères » ne semblent-elles pas appartenir aux
cultes des Phéniciens, plutôt qu'à tout autre (1), des Vénus
Anadyomènes (2), de même dimension, de même provenance,
traitées par les mêmes procédés et avec le mème art que
les statues ou figurine: provenant des découvertes faites
en Phénicie ou à Chypre ; s'il en était ainsi, ce serait bien
là une fabrication destinée à. l'usage d'un peuple ayant
un établissement fixe, qui n'était point Celte et point davan-
tage postérieur à l'occupation romaine.
Le type des paysans de cette région est particulièrement
caractéristique, leur position sur ce cap pourrait les avoir
protégés longtemps contre des mélanges avec les habitants
de l'intérieur, aussi semblent-ils avoir conservé un carac-
tère d'ensemble original et dominant.
Ce n'est cependant qu'avéc la plus grande réserve que
l'on peut s'aventurer dans une question ayant une
portée historique, sur une époque où les documents sont
rares ou font défaut; de notre temps surtout, où This-
toire se reconstitue, se complète sur des faits ou d'après
des documents qui en ont toute la valeur. Cependant il
rentle, lests morard auss les ople, (Nich Cybele, principe
(2) Astaroth. - Michelet.
- 48 —
n'est pas interdit, je pense, de chercher à porter quelque
lumière sur ces époques reculées, par des procédés qui sont
à notredisposition, ou simplement d'appeler dessus l'attention
• des gens compétents. Comme moyens d'investigation, il nous
reste des types encore assez bien conservés et groupés;
c'est donc sur des formes observées, comparées et quel-
ques appuis provenant des découvertes modernes de l'ar-
chéologie, autant que par les recherches historiques plus
étendues de notre temps, que l'on peut tenter d'assigner
une origine ou une influence étrangère aux habitants de
cette région.
Le costume breton, que notre savant confrère et regretté
ami M. Le Men, considérait comme ne devant pas remon-
ter à une date très-reculée, quoique l'on en ait dit dans un
autre temps, permet de reconnaitre que, tel qu'il est
arrivé jusqu'a nous, il esi difficile de le faire remonter,
d'une manière générale, dans ce qui constitue son ensem-
ble, au-delà de trois siècles, et encore pas sans modifica-
tions. Il est bien évident qu'il a dû, comme toute chose de
cet ordre, avoir été soumis au régime des modes, subir des
. transformations, aux époques de grands mouvements, de
quelque part qu'ils soient venus, ou quelles qu'aient été
les relations de la Bretagne avec l'intérieur. M. Le Men
avait trouvé des appuis d'une autorité certaine dans la for-
mation des noms de chaque partie du vètement, noms em-
pruntés à la langue française de différentes époques,
el appropriés à la langue bretonne. Ce point parait établi,
moins quelques nuances, et les influences variées des
modes des diverses époques paraissent n'avoir pas effacé
les traces anciennes reconnaissables, sensibles, dans divers
groupes si distincts les uns des autres, encore aujourd'hui.
Frappé, à un premier voyage, par les choses de l'exté-
rieur, comme le costume des gens de Pont-l'Abbé, je vou-
drais expliquer comment, en poursuivant mes études, j'ai
— 49 —
eu l'occasion de remarquer combien le type humain était dif
férent dans cette région, de celui des autres groupes ou pagi,
pour employer une désignation ancienne qui se rapporte
à l'époque et au sujet en question. Mon attention fut at-
tirée par des apparences de caractère oriental. J'avais, à
cette époque, un camarade de voyage qui connaissait l'O-
rient; il eut les mêmes impressions que moi; ayant eu
l'occasion de le connaître par la suite, j'ai été confirmé
dans l'opinion qu'il pouvait bien y avoir là des traces d'o-
rigine étrangère. Cela me conduisit à observer : les mœurs,
les tendances et les goûts, la forme du visage, la construc-
tion de la tête, la charpente en général. Tous de peau
bleuâtre unie, grande bouche, lèvres épaisses, sensuelles,
point l'oeil bleu des Celtes, mais noir ou de ton neutre,
cheveux noirs de corbeau, quelques-uns, d'un roux douteux.
J'appris enfin que des mœurs faciles correspondaient à l'o-
rigine que je leur supposais (1).
Js reviens au costume, tel qu'il nous reste, ou mieux,
comme il était encore il y a trente ans (2). Il est bien évi-
dent qu'à considérer le costume breton dans son ensem-
ble, il a un caractère particulier bien déterminé; que par
exemple, la coiffe des femmes soit plus ou moins grande,
allongée ou carrée, c'est toujours le mème morceau d'é-
toffe originel, orné, plissé d'une manière ou d'une autre
sur la tête. Il en est de même pour toutes les autres par-
ties du costume, façonnées de manières variées, sous les in-
fluences des modes, tant pour les hommes que pour les
femmes. Mais ce qui distingue particulièrement à mes yeux
le costume de Pont-l'Abbé, c'est son ornementation, cer-
faines formes particulières, le choix et la distribution des
couleurs, aussi bien que le dessin des broderies (3).
(1) Semites, pcuple dur, triste,sensuel, cupide, aventureux, sans hé-
roisme. (Michelet, Histoire romaine).
(2) Les modifications ont été très-grandes depuis.
(3) Disposition identique à ce qu'était l'art en Phénicie.
- 50 —
Je n'entrerai pas dans les détails de l'échafaudage par-
ticulier de la coiffure des femmes, malgré l'étrangeté de
l'appropriation qu'elles en ont faite, bien que je pusse, dans
ces détails, trouver des appuis à ma thèse, mais il est une
disposition propre qui
semble particulière à influence
d'origine que je leur attribue : c'est la distribution des
couleurs, le choix, l'assemblage du dessin des broderies,
c'est-à-dire une harmonie particulière aux orientaux, dans
l'agencement des couleurs, qui jamais ne se heurtent de
façon inharmonique, ce qui est le privilège instinctif des
peuples dont l'iris de l'œil est noir ou neutre, concurremment
avec la qualité du pigment répandu dans cet organe, qui
forme chambre noire, et y condense les rayons lumineux co-
lorants. On voit justement le contraire se produire pour les
individus dont l'œil est bleu ou clair, chez lesquels la diffu-
sion de la lumière ne permet point de percevoir les colora-
tions d'une manière aussi précise.
Le caractère du dessin des broderies de leur vêtement,
qui semble avoir été conservé ou importé du licu d'origine,
est indentique avec l'art d'ornement égyptien et phénicien.
Il n'est pas jusqu'aux lettres brodées au bas du chuppen ou
veste des hommes, qui ne semblent ètre le souvenir d'une
écriture dont le sens est perdu, mais que la force de l'usage
a conservée, par des lettres
assemblées, inintelligibles,
incohérentes, où l'on remarque que les consonnes dominent.
Cela semblerait indiquer que cette écriture est de prove-.
nance orientale, comme, d'ailleurs, certains petits crochets
en forme de croissant (1), dans les différentes parties du
costume. A la veste des femmes, ce qui a gagné jusqu'a
celles de Quimper, mais pas au-delà, ce petit bout d'étoffe
ou de broderie de fil est aussi érigé (2) droit sur leur
(1) Une des formes du culte de la Lune, Astarté.
(2) Autre forme de culte. Principe de génération.
- 51 —
petite coiffe ; le même ornement existait au bas 'et en
haut de la guêtre des hommes, dans l'ancien costume; enfin.
la forme du sabot, l'ornement des chaussons, les plus
menus détails dans l'assemblage des couleurs sont carac-
téristiques.
Je dois ajouter que la plupart des observations signalées
ci-dessus ont été faites, il y a une trentaine d'années,
et que depuis lors, à une des dernières foires d'avril, à
Quimper, et l'an dernier à Pont-l'Abbé, même, j'ai constaté
la disparition d'une très-grande partie des détails observés
précédemment, mais dont j'ai entre les mains des preuves,
dans d'anciens costumes achetés anciennement.
G. FISCHER.
Professeur de. dessin,
à bord du vaisseau école, à Brest.
Texte reconnu automatiquement sur les images : il peut comporter des erreurs de lecture. Le document reste la reference.