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L’île de Sein ou de Sizun

Histoire Locale · Ile de sein

Article paru dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1882, pages 14 à 25. Fac-similé numérisé par la Bibliothèque nationale de France.

Daté du 1882. Ajouté le 4 septembre 2026, modifié le 4 septembre 2026, par Loic.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France · https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207573d

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- 14 -
L'ILE DE SEINS OU DE SIZUN (1)
I
Si deux jours seulement que je viens de passer dans cette
ile ne me permettent pas de vous en donner une monographie
complète, je veux au moins, par cette courte notice, vous
•faire part de mes impressions; heureux, si je puis amener
quelques-uns d'entre vous à entreprendre ce voyage.
L'ile de Seins est située en face du département du
Finistère, à 3 lieues 1/2 environ de la pointe de Plogoff, et
à peu près
au milleu d'une digue ou série d'écueils qui
s'avancent jusqu'à 6 lieues au large, jusqu'au rocher dit
Ar-Men, sur lequel, après avoir vaincu des difficultés sans
nombre, après un travail incessant de plus de douze ans,
l'Administration des ponts et chaussées vient d'ériger un
phare de premier ordre.
Quoique rapprochée du continent, elle est peu visitée,
parce qu'elle en est séparée par un mauvais passage que
nul, dit un proverbe breton, ne passe sans peur sinon sans
douleur.
La plupart des auteurs qui ont écrit sur cette ile, l'ont
identifiée avec l'insula Sena dont parle Pomponius Mela.
C'est, je crois, à tort, ainsi que je vais essayer de vous le
démontrer. Le géographe du Ier siècle, au 3e livre de
description des pays alors connus, parle des iles et, dans
la mer de Bretagne, il cite l'Insula Sena (2), dans laquelle
(1) Voir le Procès-verbal de la Séance du 3 décembre 1881; page 204.
(2) Sena
in Britannico Mari, Ossismis adversa littoribus, oraculo
est ; cujus antistites
perpetua
virginitate sancta, numero
novem esse traduntur....
Galli senas vocant.
(Pomp. Mela. De situ orbis. Lib. III).
On trouve dans-les manuscrits : Gallizenas, Galligenas, Galligenaz,
Barrigenas, el d'autres variantes plus ou moins corrompues. (Malte-
Brun, Géographie univ., édition de 1832, tome III, livre 51.

~ 15 -
il place l'oracle de la divinité des Gaules: neuf prêtresses
gardant une virginité perpétuelle; elles étaient souvent
consultées, car elles avaient, croyait-on, pouvoir sur le
beau temps et les tempètes; elles guérissaient toutes es-
pèces de maladies et elles quittaient, quand elles le vou-
laient, leur figure humaine : on les appelait Sènes.
Mais, dans la mer de Bretagne, il y a d'abord Belle-Ile,
Groix, Seins, Béniguet et Ouessant; comment choisir entre
toutes ces iles ?
Ptolemée; d'Alexandrie, parle aussi de l'Insula Sena,
mais il place cette ile en face du Promontorium Gobœum.
Ce cap, situé au pays des Ossismii, ne me parait pas devoir
être la pointe du Raz, qui ne se trouve au pays des Ossis-
miens qu'en mettant leur capitale à Carhaix; si, au con-
traire, nous transportons Vorganium dans le nord du
Finistère, le cap Saint-Mathieu est bien le Promontorium
Gobœum (Gobaion acron); et, en face, nous trouvons l'ile
d'Ouessant, qui serait l'ancienne Sena.
Je sais bien que cette opinion est contestée; plusieurs
érudits : MM. de la Monneraye el Kerviler mettent le
Promontorium Gobœum à la pointe du Raz, M. A. de la
Borderie est aussi de cet avis ; mais, il me semble difficile
d'admettre que le géographe ait parlé de la plus petite des
¡les de la mer de Bretagne, et du moins important des pro-
montoires, sans parler de l'ile d'Ouessant et du cap Saint-
Mathieu (1).
L'illustre chantre des Martyrs a placé à l'ile de Seins
l'épisode de la prètresse Velleda, dernière des neuf vierges
de Teutates; mais, cette autorité tombera, lorsque je vous
(1) Ou peut consulter à ce sujet les procès-verbaux du Congrès de
"Association bretonne de Ouimper
co Kervier, Lui aussi, plat le Promon oum cer Seur la paine
Saint-Mathieu, et l'Insula Sena, à Ouessánt, mais sous une forme dubi-
. ative.

- 16 -
aurai fait connaitre. l'absence de monuments druidiques
dans l'ile.
Le chevalier de Fréminville voyait dans le mot de Sena
la désignation d'un collège d'hommes anciens, de druides,
et dans le nom de l'ile de Groix (Morbihan), celui d'un
collége de druidesses.
Les étymologistres, trouvant une certaine ressemblance
entre Sena et Sein, ont admis une seule ile pour ces deux
noms, mais n'est-ce pas le cas de leur appliquer cette
épigramme un peu modifiée :
Sein nous vient de Sena ; sans doute,
Mais il faut avouer aussi
Qu'en venant de la jusgu'ici
l a bien changé sur la route
Au surplus, la désignation de ile de Seins ou des Saints
est toute moderne. M. Le Men, dans ses Etudes historiques
sur le Finistère (page 42), dit que l'ancien nom de l'ile est
Enes Seun, qu'il a toujours entendu prononcer par les
Bretons de l'ilé en une seule syllabe Sun, avec le n nasal.
Un auteur auquel je vais faire de larges emprunts, le
Père Antoine de Saint-André, en écrivant, en 1666, La Vie
de Michel Le Nobletz, prêtre et missionnaire de Bretagne,
donne à notre ile le nom de l'ile de Sizun.
Le nom de ile des Saints, que lui attribue Ogée, n'appa-
raît qu'au xvıne siècle, et ne peut avoir été donné aux insu-
laires qu'à cause de leur grande piété.
Le nom de ile de Seins, donné aujourd'hui et conservé
par l'administration civile et religieuse, et qui est constaté
sur la tombe d'un des derniers pasteurs de l'ile : Sinuum in-
sulœ parrochus, ne peut être qu'une ironie, car les seins de
l'ile ne peuvent donner à ses enfants. qu'un lait bien amer.
D'ailleurs, ce n'est pas de nos jours que l'embarras sur
la façon d'écrire le nom de l'ile existe. En 1741, Pierre
Kersaudy, recteur chargé de la tenue des registres de

- 19 —
l'état-civil, inscrivait, en tête de son cahier: Baptềmés,
sépultures et mariages de l'isle des Saints ou de Sizün;
en 1783, le curé écrit : Isle des Seins.
Je crois donc qu'il convient de restituer à notre fle son
nom de Sizin, que d'autres que moi voudront bien expli-
quer, et qui lui vient de sa position en face du cap
Sizun (1).
II.
Avant de passer à l'histoire proprement dite de l'ile, je
veux vous entretenir un instant, et pour en finir avec les
fables, des monuments druidiques ou mégalitiques qu'elle
renferme. (J'emploie à dessein ces deux mots, car il mè
semble ditficile de faire ici une distinction.)
Il m'a été dit, dans l'ile, qu'au dernier siècle, il y existait un
dolmen qui servait de magasin à poudre et qui avait été
détruit par les Anglais,lors d'une descente sur l'ile, au com-
mencement de ce siécle; je ne puis en dire davantage.
Il y a la fameuse chaise Er-Kador; ce n'est qu'un rocher
qui, par une bizarrerie de la nature, représente un fauteuil.
Reste cependant un monument qui mérite une description
spéciale. A cent mètres environ du bourg, et près la croix
aux marins en mer l'entrée
de granit qui annonce au loin
du port, deux menhirs debout, à environ quarante centi-
mètres de distance, l'un de l'autre, l'un, le plus au nord, d'une
Scisun, Sizun et Susun, nom de lisle de Sain adjacente à la basse
Cornonaille; on la nomme vulgairement et mal l'isle des Saints. Ce nom
est écrit, dans l'ancien cartulaire de Landévenneo, qui est d'environ le
Seidhun, Insula Seidhun, et dans la vie bretoune de saint
Guénolé, Enez Cap Seizun, ce qui veut dire isle du cap Seizun.
(Dictionnaire de la langue bretonne de Dom Louis Le Pelletier (p. 804).
Ússa, Quessant, isle adjacente au Bas Leon, fort connue des navits.
teurs, qui disent Ussan. Dom Alexis Lobineau écrit Ouessant, Alias i
met Ad Gallicum littus Osissimis, sive Britanniæ Armoricœ
prejacel Axantos Plinii, que nomine integro étiamnum UsHANT voca-'
tur. (Dom Le Pelletier, p. 926.)
BULLETIN DE LA SOC. ARCHÉOL, DU FINISTÈRE. - Tome IX.

= 18 -
hauteur moyenne de 3 mètres, d'une largeur, à la base, de
1 m. 50 et d'une épaisseur de 25 centimètres; l'autre, un peu
moins élevé, présente à sa base les mêmes dimensions; tous
deux sont élevés sur un amas de cailloux roulés d'environ
1 m. 20 de hauteur au-dessus du sol. A 35 mètres, au nord de
ces deux menhirs, qu'on appelle dans le pays les Deux Cau-
seurs, une grande pierre à bassins, d'une hauteur moyenne
de 1 m. 80 et d'une circonférence de 12 mètres : la plate-
forme supérieure présente sept cuvettes avec trois rigoles :
l'une au nord; l'autre, la plus importante, au sud-ouest,
et la troisième, au sud. A l'ouest, une autre pierre à bassins,
d'une circonférence de 10 mètres : la surface présente deux
bassins principaux, l'un a sa rigole à l'ouest, l'autre, au
nord. A l'est de cette deuxième pierre, une réunion de
trois pierres à bassins, semblables aux précédentes, et enfin,
à 65 mètres au sud-est et à 50 mètres des deux premiers,
un autre menhir plus petit ayant de haut environ 2 mètres.
Peut-on voir dans ces pierres les restes d'un temple
païen? Je ne le crois pas. Tout a été dit sur les pierres à
avait autrefois cru voir des
bassins, dans lesquelles on
autels sur lesquels les prètres gaulois faisaient des sacri-
fices humains; la science démontre aujourd'hui que ces
bassins et ces rigoles se forment naturellement sur les
grandes roches granitiques; que les eaux pluviales qui
séjournent dans ces bassins tendent à les augmenter en
désagrégeant insensiblement la roche et que la surface de
l'eau continuellement agitée par les vents s'échappe par les
rigoles.
J'ai fini avec les temps passés, j'arrive à l'histoire vraie
de l'ile.
III.
J'emprunte à l'ouvrage du Père de Saint-André la des-
cription qu'il fit de l'ile, au commencement du XVIIe sièc e,

-19 —
et je terminerai par les changements apportés depuis, et
tels que je les ai constatés (1).
« Cette isle souffre toutes les disgraces de la nature.
« Il n'y croist aucun arbre, et si l'on veut se chauffer
« pendant l'hyver, il faut le faire avec du goëmon, et ce
« feu incommode bien plus par la puanteur de sa fumée
« qu'il ne soulage par la faiblesse de sa chaleur. Le ter-
« roir ne porte que de l'orge, qui suffit à peine à nourrir
« les habitants de l'isle pendant trois mois, et la plupart
« ne vivent, le reste de l'année,que de racines qu'ils mangent
« au lieu de pain, avec un peu de poisson sans beurre,
«'sans huile et sans aucun autre assaisonnement. Ils ne
« boivent jamais de vin que quand la mer leur en porte avee
« les débris de quelque naufrage, et ils se contentent de
« l'eau d'un puits que le voisinage de la mer rend presque
« aussi salée que la mer mesme, et bien loin d'en estre
« incommodez, ils sont plus robustes et vivent plus long-
« temps que ceux de la terre ferme. »
« Les hommes, dès l'âge de huit ans, passent les jours
« et les nuits à la pêche, n'ayant pour abri que les voiles
« du navire.» Les femmes labourent la terre, récoltent
l'orge, et, comme elles n'ont ni moulin ni four, elles font
moudre leur orge « à force de bras, dans un petit moulin
« semblable à ceux dont on se sert pour écraser la mou-
« tarde, et en font ensuite du pain, qu'elles mettent cuire
« sous la cendre de goëmon. »
« Le naturel et les mœurs des habitants répondaient
« assez à la barbarie du lieu, aussi les appelait-on: Les
« démons de la mer. Loin de porter secours aux nau-
« fragés, ils les pillaient et volaient; et vers le commen-
« cement du XVII• siècle, l'évêque de Quimper, daus une
(1) La Vie de M. Le Nobletz, prestre et missionnatre de Bretagne.
(Edition 1666; P. 190 et 191.)

- 20 -
• de ses visites pastorales, ayant mandé sur la terre ferme
« le recteur de l'isle, pour rendre compte de sa conduite,
« ce dernier fut accompagné par les insulaires, qui le récla-
« mèrent avec insolence à l'évêque qu'ils menacèrent des
.« grands couteaux dont ils se servaient pour ourir les
« poissons, et le prélat ne crut sa vie en súreté que lorsqu'il
-
« les vit s'embarquer pour repasser dans l'isle..»
Telle était la situation de l'ile de Sizun lorsqu'en 1613,
Michel Le Nobletz entreprit d'en évangéliser les habitants.
Il fut reçu par les pauvres pêcheurs comme un ange qui
devait bannir tous leurs maux. Jamais le saint mission-
naire ne trouva plus de docilité et plus de dispositions à
profiter de ses soins. Après les avoir préchez et cathéchisez
quelque temps, deux fois par jour il leur fit faire à tous
des confessions générales, qui furent suivies de changements
si merveilleux qu'il n'y avxit personne qui n'eust pris ce
peuple ponr un autre que celui qui habitait autrefois
• l'isle (1).
Le Père de Saint-André signale ensuite les fruits de sa
mission : On n'y connait presque plus la haine, ni l'envie,
ni la médisance, ni les querelles et les procès, qui sont les
suites ordinaires de ces passions furieuses. Toute la vertu
et la ferveur des chrétiens de la primitive Eglise y fleu-
rissent et les exercices de piété s'y pratiquent avec plus
d'exactitude et d'assiduité que partout ailleurs (2).
Pendant son séjour dans l'ile, le saint missionnaire avait
remarqué un pécheur nommé François Le Su, qui parais-
sait y avoir plus de crédit que les autres et qui fut, en effet,
plus tard, nommé capitaine de l'ile. Il prit soin de le former
à la piété, et il y réussit si bien que, dans les vingt-huit
années qui suivirent, les prètres successivement nommés
(1) La Vie de M. Le Noblets, page 192.
1d.
(2)
page 193.

- 21 —
recteurs de l'ile n'y firent qu'un court séjour, parce qu'il
était difficile de trouver un ecclésiastique qui voulût se con-
tenter, pour tout honoraire, de prélever un poisson sur
chaque bateau et d'habiter une petite cellule plus semblable
à un sépulere qu'a une maison, et dont encore il ne pouvait
sortir, à cause des pluies et des orages continuels (1) ; et,
en cet état, le capitaine sut y suppléer.
Chaque dimanche, il réunissait les habitants ; il leur
faisait faire une dévote procession où l'on portait la croix
et la bannière en chantant les litanies de la Vierge ; il leur
annonçait les fètes de la semaine et les jours d'abstinence
et de jeûne. L'après-midi ne se passait pas moins dévote-
ment, et après les Vèpres chantées en commun, le capitaine
faisait une lecture, dans un des livres que lui avait laissés
Michel Le Nobletz.
Aussi, lorsqu'en 1641 (vingt-huit ans après la mission)
deux Pères Jésuites vinrent dans l'ile, ils n'eurent qu'à admi-
nistrer les sacrements à ces véritables chrétiens qui atten-
daient ce bonheur avec impatience (2).
Cette mission terminée, les Pères Jésuites prièrent
l'évêque de Cornouaille de vouloir bien désigner un pasteur
à nos insulaires; mais quelque pressantes que fussent les
instances du prélat, il ne put trouver aucun ecclésiastique
pour un labeur aussi ingrat.
On songea alors à conférer la prêtrise à François Le Su•
Il serait trop long de vous raconter ici les péripéties de ce
noviciat, chez les Bénédictins de Landévennec, mais je ne
puis passer sous silence les circonstances qui ont trait à
son examen.
François Le Su se présenta au chapitre cathédral, en
costume de pêcheur; les chanoines rirent beaucoup de cet
(1) La Vie de M. Le Nobletz, pago 195.
Id.
(2)
page 197.

- 22 -
•. homme illettré, presque sexagénaire, et qui demandait
l'administration d'une paroisse ; ils l'éconduirent,sans vou-
loir l'interroger.
A la sortie, notre pècheur fit la rencontre du Père Yves
Pinsart, théologal de Cornouaille et prieur des Domini-
cains de Quimperlé, qui, informé de ce qui venait de se
passer, fit rentrer François Le Su, et, sur sa demande; les
chanoines consentirent à l'examiner; les résultats furent
favorables au candidat, qui obtint sa nomination. •
IV.
Les registres de l'état-civil remontent à 1718 seulement.
Je les ai compulsés avec soin, et j'ai relevé avec attention
les noms de douze ou quinze familles qui formaient, il y a
environ cent cinquante ans, la population de l'ile : Les
PoRsMoGuer, qui rappellent le nom de l'illustre amiral de
La Cordelière, et qui, comme lui, peuvent prendre pour
devise : Var mor a var douar; car si l'un d'eux commande
le bateau qui fait le passage, d'autres membres de sa
famille sont pourvus de charges municipales; les THy-
MEUR (1), les MILINER, également pourvus de charges mu-
nicipales; PIToN, SALAUN, GUILCHER, COQUET, COUILLANDRE,
GLOAGUEN, FoUQuET, et autres (2).
J'ai également relevé le nom de quelques-uns des suc-
cesseurs de François Le Su :
1718. - H. Gonidec, curé.
1723. — Michel Le Gall.
(1) En l'an VII de la République (1800) F. Thymeur est juge de paix
de l'ile, et un autre Thymeur, commissaire du Pouvoir exécutif.
(2) 1850. - Salaun, maire; Miliner, adjoint.
1874. — Guilcher, maire; Porsmoguer, adjoint.
1878, — Miliner, maire; Menou, adjoint.

- 23 -
1724. - Joachim-René Le Gall.
1741. — Pierre Kersaudy.
1744. - Pierre Kerogel.
1750. - J. Arhan.
Les deux églises de Saint-Guénolé et de Saint-Corentin
sont de petits édifices du XVII• siècle, dans lesquels il n'y a
rien à signaler. Notons, cependant, dans le cimetiëre de la
première église paroissiale, un beau calvaire en Kersanton
élevé, il y a peu d'années, et qui sort des ateliers de
M. Larc'hantec, sculpteur à Landerneau.
La fabrique ne possède aucun titre antérieur à 1800.
Une délibération des administrateurs de l'ile (8 thermidor
an III) nous apprend que les églises de Saint-Guénolé et de
Saint-Corentin possèdent entre elles trois quarts de corde
de terre couverte tous les ans par la mer et provenant de
testaments faits, à l'article de la mort..
Une troisième église, celle du Rosaire, existait avant la
Révolution (les anciens registres en font mention), mais
personne dans l'ile n'a pu m'en donner la situation.
Il ne m'a pas été non plus possible de me renseigner,
d'une manière exacte, sur la population de l'ile, avant ce
siècle.
Le recensement de 1800 donne. . . .
349 habitants (1)
-
437
de 1821 -
-
465
de 1825
-
-
466
de 1831
-
468
de 1835
440
En 1851 la population s'élève à. . .
482
-
--
à.
En 1855
-
509
En 1859
à....
a....
En 1864
611.
(1) Voir les Recherches statistiques
sur le département du Finistère;
par A. du Chatellier. Nantes, Mellinet (1835) et les Annuaires du dépar-

- 24 -
… •
654 habitants.
En 1867 la population s'élève à. .
650
En 1876
à....
En 1880, elle est de 727 habitants, auxquels il convient
d'ajouter environ 350 Paimpolais, qui y viennent, dans la
belle saison, faire la pêche.
Aujourd'hui,la position des habitants s'est beaucoup amé-
liorée; les maisons, toutes groupées autour de l'église,
comme si elles réunissaient leurs efforts pour lutter
contre les tempêtes, ne sont séparées que par d'étroits pas-
sages que l'on appelle rues; les plus larges ont 2 mètres,
d'autres 1 m. 50, si ce n'est sur le port, ou des quais ont
été faits par les soins de l'administration des ponts et
chaussées, dont un conducteur réside dans l'ile.
La quantité de. blé récolté, chaque année, n'a pas été
augmentée; elle ne peut encore suffire aux besoins des insu-
laires, obligés d'en faire venir du continent; mais, ils cul-
tivent aujourd'hui la pomme de terre, qui y réussit très-
bien, et les met pour toujours à l'abri de la famine.
Ils ont des vaches, qui leur fournissent suffisamment de
lait, et chaque fois que le passage ne peut se faire, l'une
d'elles est sacrifiée pour l'alimentation des habitants.
Il y a environ trois ans,le maire, M. Miliner, a fait cons-
truire un moulin à vent; il existe un four, et de nom-
breuses citernes fournissent à chaque habitation l'eau
potable.
Le Gouvernement y entretient un médecin de la marine
et deux sœurs du Saint-Esprit chargées de l'école et de la
pharmacie. Le personnel administratif de l'ile est complété
par un gendarme de la marine représentant la force armée.
Les habitants trouvent encore un revenu dans la pêche
des congres, qu'ils font sécher au soleil avant de les expé-
dier en Espagne, et dans l'excédant de leur récolte de
goëmon, qu'ils font brûler. Joignez à cela qu'ils ne paient
aucun impôt, ni foncier, ni mobilier, ni de patentes ; les

- 25 -.
prestations sont inconnues, et la seule contribution réçlamée
des habitants et inscrite au budget de la commune; c'est
la taxe municipale des chiens.
En résumé, aujourd'hui, l'ile est habitable. Vous pouvez
y aller, dans la belle saison; les insulaires vous feront bon
accueil et vous édifieront par leur piété, qui est restée la
mème qu'au temps du saint missionnaire, il y a 250 ans;
mais gardez-vous d'y aller l'hiver, votre séjour dans l'ile
pourrait, par suite du mauvais temps, se prolonger d'une
manière peu agréable.

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